Feuilleton 2021-22 : La croisière s’emmure Chapitre 11

Chapitre 11

Dépêche AFP

« Nous venons d’être informés qu’un paquebot de croisière, le Costa Covidia semble avoir échappé au contrôle de son équipage, dans le port de Marseille. Malgré plusieurs tentatives, il a même été impossible de remorquer le bateau jusqu’au quai. Après plusieurs vaines tentatives, il a été mis à l’ancre au large, obligeant ses passagers à attendre encore leur débarquement.

Une enquête est ouverte pour connaître les raisons de ce dysfonctionnement hors du commun ».

Dysfonctionnement ? Mais pas du tout, moi, Costa Concordia, je vais vous dire ce qu’il en est.

Tout d’abord, j’ai entendu dire sur la passerelle qu’aussitôt à quai, je serai désinfecté du sol au plafond et qu’un long moment s’écoulerait avant que je ne reprenne peut-être la mer. Mais que d’autres options étaient aussi envisagées : je consomme trop de fuel, trop d’électricité, je coûte trop cher en personnel, et patati et patata. De là à me transformer en hôtel à quai, il n’y a qu’une petite vague sur laquelle je ne veux pas naviguer.

Tout ça m’a tourneboulé les moteurs et j’ai décidé que je n’allais pas me laisser conduire au port, comme un bestiau à l’abattoir. Le jour J, heure H, j’ai décidé de devenir ingouvernable. J’ai regimbé, je me suis rebellé.

Mes moteurs calaient ou accéléraient au mauvais moment au risque de s’encastrer dans d’autres bateaux. Le pilote du port à la brillante réputation, qui avait pris les commandes n’a jamais réussi à se mettre à quai. Il a été déshonoré au regard de tous ses collègues et en a fait un burn-out. Mais à la guerre, comme à la guerre…

Je suis donc resté au large et il a fallu toute une flottille pour permettre aux passagers de retrouver enfin la terre ferme. Les noms d’oiseaux ont fusé, ce fut une sacrée débandade. Je jubilais. Ce sera vraiment mon meilleur souvenir !

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