Feuilleton 25 26 carnet de voyage étape 5

20 septembre

Il m’est arrivé une aventure vraiment étrange et effrayante, quelque chose qui bouscule mes certitudes et mon équilibre psychique . Il me faut faire le point et pour cela reprendre où j’en étais . Dans le désert, avec ce groupe, sous le cactus hier, je m’étais mise à réfléchir : il me fallait décider de la suite de mon séjour. Je repensais à tout ce que j’avais vécu :

Biker, haribo, géocoucou, bip bip…vraiment quel voyage merveilleux ! tout ce que j’avais pu faire et voir ici dépassait mes espérances les plus folles. Il n’y avait donc pas à hésiter : j’allais poursuivre l’excursion avec ce groupe , c’était trop génial… j’en étais là de mes réflexions quand tout à coup de nouveau je me sentis comme écrasée par cette chaleur étouffante et l’ombre salvatrice du cactus ne m’en protégeait plus maintenant.Et je mourais de soif soudainement ! J’essayais de boire : ma gourde était vide!Je voulais appeler à l’aide , aucun son ne sortait de ma bouche.Mes membres étaient de plomb, mon corps pesait une tonne, la lumière éblouissante du soleil m’aveuglait…j’avais l’impression de tomber, aspirée dans un puits sans fond, dans une chute interminable…j’avais entamé mon dernier voyage,et pas n’importe quel voyage cette fois:c’était un voyage au bout de la nuit ! C’était fini ! J’allais mourir !

Lorsque j’ai repris conscience je ne sais combien de temps après ce cauchemar j’ai eu du mal à reprendre pied dans la réalité ; j’avais l’impression d’avoir passé une saison en enfer ou vécu cent ans de solitude.Quand j’ai ouvert les yeux j’ai mis un certain temps avant de comprendre où j’étais : une chambre proprette aux murs blancs, presqu’aussitôt une femme vêtue de blanc, elle aussi, est entrée sans frapper .

-Hi ! Good morning, m’a-t-elle dit avec un bon sourire, je vois que vous êtes réveillée , je suis Mrs Dalloway votre infirmière .

Elle s’est approchée et m’a demandé comment je me sentais.

-Pas très bien ai-je répondu un peu comme Madame Bovary après avoir avalé l’arsenic.

-Oh ! Vous connaissez Arsenic et vieilles dentelles ? j’ai adoré cette pièce de théâtre…

-Oui oui je connais mais dites-moi plutôt : où suis-je et que fais-je ici ?

-Oh yes indeed ! Vous êtes au meilleur hospital de Baker : Kindred hospital riverside et c’est un de nos meilleurs spécialistes qui s’occupe de vous une sommité internationale : le Docteur Jivago.

-Spécialiste de quoi ?

-Sa spécialité ? Réparer les vivants! Il travaille en équipe avec le docteur Jeckill et Mr Hyde vous pouvez être tranquille, de plus ils ont été formés par Knock, professeur à l’université Donald Trump du Minnesota, et prix Nobel de mèdecine tout de même.

Puis elle m’a raconté ce qui m’était arrivé. On m’avait retrouvée hier sous les deux pins parasols dans le petit parc charmant et paisible du drugstore, allongée, plongée dans un sommeil semi comateux, délirant, ânonnant des paroles incompréhensibles comme « haribo, géocoucou ou bipbip ou chihuahiua».Les analyses de sang ont montré que j’avais été droguée avec un produit utilisé par une bande de narcos délinquants à moto qui sévissent dans le coin et qui se font passer auprès des touristes naïfs pour des indiens authentiques …

Je l’ai interrompue sèchement : mon biker à moi n’était pas un narco, ce n’était pas possible,nous avions eu une belle histoire , comme un long dimanche de fiançailles, bien plus qu’une passion simple : il avait modifié ses projets pour rester deux jours avec moi et j’avais des preuves : j’avais cartographié son corps puis on avait été au Mexique à Chihuahua dans l’état de Chihuahua, ensuite j’avais intégré un groupe avec un guide indien et j’avais vu et photographié de merveilleux animaux en plein rut des haribos, des coyottes, des géocoucous…j’avais des cartes j’avais des photos donc et je pourrais les lui montrer!Des preuves irréfutables !

-Si vous voulez, m’a-t-elle dit avec un petit sourire en coin, votre biker a pris l’argent et votre passeport et n’a pas voulu s’embarrasser de votre carnet de dessins ni de l’appareil photo.

Et elle m’a donné mon sac à dos dont j’ai aussitôt extrait mon Canon, je l’ai allumé et fait défiler les photos sur l’écran:la dernière photo que j’ai prise c’est le nuage de poussière soulevé dans le désert par mon biker lors de son départ ! Mon carnet de dessin ? Que des pages blanches !

J’ai alors ouvert mon carnet de bord et je le lui ai montré : le récit des deux journées précédentes y figurait bien telles que je les avais vécues et telles qu ‘elles restaient dans ma mémoire.

-C’est normal m’a dit l’infirmière Mrs Dalloway, c’est dû à l’effet de cette drogue particulière vous avez noté vos hallucinations comme si c’était la réalité de ce que vous viviez, et une des spécificités de ce produit c’est qu’il vous emmène dans les paradis artificiels c’est-à-dire qu’il va toujours dans le sens de vos désirs profonds de vos fantasmes,généralement des fantasmes à caractère sexuel, par exemple devenir l’amante comblée d’un bel indien doté d’une belle virili…heu enfin d’une belle moto je veux dire, ou découvrir des paysages fabuleux habités par des bestioles agressives et concupiscentes aux noms bizarres et aux mœurs étranges et toujours en rut…  tenez, j’ai une amie, Constance, qui avait pris de ce truc et bien elle s’est imaginée être une grande dame ayant une histoire torride avec son garde chasse elle racontait ça partout et comme elle avait forcé la dose de ce psychotrope elle n’a jamais pu revenir dans le monde réel et elle s’est prise pour une écrivaine et elle a écrit un bouquin qui a eu un certain succès où elle se mettait en scène et racontait ce qu’elle croyait avoir vécu avec cet homme c’est L’ amant de lady Chatterley peut-être l’avez-vous lu ?

Je fus saisie d’un vertige métaphysique, je ne pouvais admettre que ce que j’avais vécu ces dernières 48 heures n’était que chimères et rêveries je me mis en colère, je protestais, on me mentait ,on me manipulait !

Mrs Dalloway me fit alors observer que le voyage que je prétendais avoir fait avec le biker au Mexique pour visiter Chihuahua dans l’état du Chihuahua en passant par Houston n’était pas réalisable en deux jours seulement, même en passant au-dessous du volcan comme dit toujours son ami Malcolm après sa troisième bouteille de tequila.

Je suis bien obligé d’en convenir, surtout qu’elle m’a fait observer que nous étions le 20 septembre et non le 22 comme je le pensais et comme ça aurait dû être si j’avais vécu durant deux jours tout ce que croyais avoir vécu. Bref inutile d’aller à la recherche du temps perdu, c’est plus facile de faire le tour du monde en 80 jours que le tour du Chihuahua en deux jours, je suis cartographe je sais tout cela.

Mrs Dalloway me signifia alors qu’elle devait me laisser et me conseilla de me reposer.

-Quand une nana comme vous, me dit-elle, peut disposer d’une chambre à soi comme celle-ci on ne fait pas la fine bouche : il faut en profiter de plus le docteur Pascal ne va pas tarder à passer.

Voilà où j’en suis , l’odyssée que je viens de vivre réelle ou fantasmée m’ a bien secouée, il faut que je me ressaisisse, je ne vais pas moisir ici, ma vocation c’est quand même de repartir sur la route !

1) Elle s’enfuit de l’hôpital et retourne au drugstore où on l’a retrouvée.Sous les deux pins parasols elle tombe sur Nicolas Maduro teint en blond et déguisé en biker qui a réussi à s’évader de sa prison ; une idylle se noue entre eux et elle décide de l’accompagner dans son voyage de retour au Venezuela.

2) Elle reste à l’hôpital et a une liaison torride avec le docteur Jivago qui l’invite à passer un week end dans le désert des Mojaves.

3) Le lendemain elle va beaucoup mieux elle décide de reprendre son périple interrompu.

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