Ecrit en septembre 2020: dans leur tête 3

Et si vous étiez dans la tête d’un de ces personnages de Sempé, que nous raconteriez vous ?

 

LD

Elle est toujours là : la balançoire de mon ancienne école primaire. Je n’étais pas revenu dans cette cour depuis l’obtention de mon certificat d’études, voilà 40 ans de cela. Pourquoi y être revenu spécialement aujourd’hui, un vendredi soir à la sortie du travail, alors même que les écoliers l’ont désertée, bien heureux d’être en week-end ? Me voilà assis là, ma mallette de notaire dans une main, la chaîne de la balançoire dans l’autre. J’ai conscience que je fais un peu dépareillé dans ce décor mais je m’en fiche. Une sensation de bien-être m’a envahi, je souris tout en balayant la cour d’école du regard. Je repense à mes anciens camarades, à nos jeux sous l’ombre de ces grands platanes ; combien de classes d’écoliers ont-ils vu depuis ? Je reste assis là longtemps, une demi-heure peut-être. Je réalise que tout débute ici : la vie de garçonnet que je menais, ce que j’apprenais, jusqu’à devenir au fil des années et des décennies un homme accompli, avec une femme, deux enfants et un travail. Le balancement de cette balançoire a cela de magique : il permet de faire un bilan de ma vie, en me remémorant tout le chemin parcouru pour en arriver là.

SR

Dans cinq minutes, si elle n’est pas là, je la balance!

Ecrit en septembre 2020 : dans leur tête 2

Et si vous étiez dans la tête d’un de ces personnages de Sempé, que nous raconteriez vous ?

SD

Que c’est bon de les laisser tous ! Cette réunion était vide ! Je n’en peux plus de les entendre s’écharper sur des décisions qui pèsent tant de millions, ce putain de langage technique des business man, ça me gave…Comment j’ai fait pour finir dans ce merdier ? Pire, comment j’ai fait pour avoir ce poste si important où on ne me laisse plus respirer ? Je lâche tout, bonjour la forêt, le chemin des écoliers, j’ai encore le cartable, mais je voudrais jeter tous ces dossiers ! Passer par ce bois au lieu de monter comme d’habitude dans ma voiture connectée, c’est un fabuleux bol d’air, je me sens aspiré vers un grand ZUT , et MERDE !, je défais veste et cravate, que c’est bon !, partir, tout lâcher, Oh oui, je ne peux plus jouer cette comédie ! On verra demain…Là je respire !

SR

Adieu bureau,adieu la cravate, adieu le veston, je me casse…

DDor

 
J’ai réussi ! J’ai réussi à inviter Violette à boire un café à la terrasse du « P ‘tit Pays ».

On dirait qu’elle est contente ma Violette, ma Violette sans voilette, Violette mon alouette !

Mardi prochain… C’est loin, c’est près. Je n’en suis plus à trois ou quatre jours.

Mardi, c’est fou… Te rends tu compte Violette ?

Je suis le plus heureux des hommes. Je n’ai pas vu passer la journée de travail, les piques du chef sont passées au dessus de ma tête.

Le monde est à moi… J’exulte. Le parc me fait la fête avec ses feuilles tendres, toute fraîches et ses tapis de violettes. Je respire… je suis libre… je plane.

Je vais m’attabler à la terrasse du bistrot du coin de la rue pour regarder passer les gens. J’aime les gens. J’ai tout mon temps !

A Mardi, Violette…

 

Ecrit en septembre 2020: dans leur tête 1

Et si vous étiez dans la tête d’un de ces personnages de Sempé, que nous raconteriez vous ?

HGT

Je te salue Nature , pleine de grâce , d’harmonie et de charme .

 » Que ta maison demeure  » , que les hommes t’accompagnent , te préservent et soignent les blessures qu’ils t’infligent !

Je te bénis et maudis les inconscients qui négligent et bafouent tes attraits .

Sainte Nature , mère terrestre  pardonne nos fautes et renais vierge !

SR

Dans cinq minutes, si elle n’est pas là, je plonge!

Ecrit en septembre 2020: si on me demandait 5

– Soit vous proposez une réponse à une des questions existentielles du professeur Froeppel puisées dans le texte de Tardieu et « les œuvres posthumes du professeur Froeppel » (1978, Gallimard)

5 Comment faites-vous pour surprendre les personnages indésirables qui se glissent dans vos pensées ? Énumérez divers procédés »


SD

Une vraie lutte, des télescopages incessants jaillissent dans mes pensées ! Je réfléchis à ce qui me parle tant dans le dernier livre de Muriel Barbery, « Une Rose seule », et puis les poules , « tu as fermé les poules ? », et les clefs pour rentrer chez ma mère, où sont-elles ? Et la dame des impôts, elle m’a dit quoi ? Un truc compliqué à faire seul sur internet pour mettre à jour je sais plus quoi….

Le problème c’est que je n’ai toujours pas trouvé de méthode, il faudrait bâtir dans mon cerveau des murets pour canaliser les connexions, mais ça aurait un sacré effet secondaire : trop de rigidité ! Alors il me faut tenter autre chose, et me voilà à l’affût comme si je venais observer un vol de grues ou la danse des libellules, je vais observer mes pensées, les voir se détacher du bruit qui vient les perturber, et les dévier de leur chemin…Les poules, les clefs, la dame des impôts….CASSEROLES ! Il me faut prendre le temps, il me faut de l’air, une respiration souple et fluide pour ne plus permette d’intrusion dans mon pauvre cerveau passoire, garder une continuité vitale à mes pensées, comme quand on s’ennuie, là un vide les protège, elles se suivent enfin…Oui réinventer l’ennui et son silence, peut-être serait-ce plus utile que de lutter, toutes ces intrusions sont des fissures ou des bulles explosées là où ça bouillonne bien trop ! Baisser la température de mon cerveau, respirer !!! Continuer la lecture de « Ecrit en septembre 2020: si on me demandait 5 »

Ecrit en septembre 2020: si on me demandait…je répondrais 4

Si on me demandait… je répondrais

– Soit vous proposez une réponse à une des questions existentielles du professeur Froeppel puisées dans le texte de Tardieu et « les œuvres

4 Où la Seine se jetterait-elle si elle prenant sa source dans les Pyrénées ?


SR

Elle irait vite vite se jeter du côté espagnol, elle grossirait l’Ebre et finirait en Méditerranée.

FV

Si la Seine prenait sa source dans les Pyrénées ? Ben c’est pas compliqué : elle serait tellement désespérée qu’elle se saoulerait avec une bonbonne de liqueur jaune et ensuite elle se jetterait dans le premier fleuve venu : la Garonne ou bien le Rhône. Auquel cas elle prétendrait s’appeler la Saône et en profiterait pour vider au passage les caves de ce délicieux vin jaune du Jura avant de s’attaquer à la route des vins de Bourgogne et continuer par les côtes du Rhône pas seulement les côtes d’ailleurs ouais elle s’installerait carrément dans le lit du Rhône la coquine jusqu’à la côte où elle finirait vomissant tripes et boyaux dans la Méditerranée qu’est déjà bien trop dégueulasse… quand on sait tout ça on comprend mieux pourquoi les géographes disent qu’elle prend sa source au mont Gerber des Jaunes. Hic !.. Patron ! Y a Paulot qu’arrête pas de me poser des questions idiotes ce matin ça donne soif ! Remettez-nous ça ! Ben oui la même chose : deux beaujolpifs, Paulot prétend que le Beaujolais a un petit goût de piment d’Espelette cette année, il faut qu’on tire ça au clair…

Ecrit en septembre 2020: si on me demandait…je répondrais3

Jeu 1 Si on me demandait… je répondrais

– Soit vous proposez une réponse à une des questions existentielles du professeur Froeppel puisées dans le texte de Tardieu et « les œuvres posthumes du professeur Froeppel » (1978, Gallimard)

3 Prenez un mot usuel. Posez le sur une table, bien en évidence et décrivez- le : de face, de dos et de profil.

soit vous posez un autre problème existentiel sur ce modèle et lui apportez une réponse


FV

Sur la table, le mot chien ne mord pas, de même, posé sur la table, on me murmure que le mot mur mure rien et que de plus il rapporte quasiment rien au scrabble

SR

Soleil

– De face, il m’éblouit.
– De dos, il me crame la peau.
– De profil, il me fait de l’ombre Continuer la lecture de « Ecrit en septembre 2020: si on me demandait…je répondrais3 »

Ecrit en septembre 2020 Si on me demandait…je répondrais 2

Jeu 1 Si on me demandait… je répondrais

– Soit vous proposez une réponse à une des questions existentielles du professeur Froeppel puisées dans le texte de Tardieu et « les œuvres posthumes du professeur Froeppel » (1978, Gallimard)

2 Prolongez une ligne droite à l’infinie : qu’est-ce que vous trouverez au bout ?


LD

Que trouverais-je si je prolongeais une ligne droite à l’infini ?

Cette question m’a pris, un jour que je regardais attentivement mon globe terrestre, faisant office de lampe. Comme il n’était pas assez précis, j’ai décidé d’investir dans un planisphère. Mon point de départ serait Terrasson. Plus précisément la Départementale 6089, depuis le parking de la Place de la Libération. J’irai en direction de l’Ouest, toujours. J’ai ensuite pensé que j’aurai besoin des cartes IGN de tous les endroits où je passerai. Celles du Monde entier. Car il est absolument certain que je rencontrerai des obstacles : immeubles, étendues d’eau, terrains privés, autoroutes et j’en passe. À 13€ la carte IGN, j’ai pensé qu’il était préférable d’économiser, le plus tôt possible. Comment j’irai, me demanderez-vous ? À pied, à vélo ou en voiture, tous les moyens sont bons, du moment que je ne m’éloigne pas trop de cette ligne droite à l’infini. J’expliquerai mon projet aux personnes que je croiserai sur mon chemin, et elles auront la gentillesse de me prêter ces moyens de locomotion lorsque j’en aurai besoin. Jusque-là, aucune difficulté. Cela va se corser lorsque j’arriverai en Gironde, dans la ville de Blaye, d’après mon tracé. Il va me falloir d’abord franchir l’estuaire de la Gironde avant d’atteindre la ville de Saint-Laurent-Médoc, puis traverser encore de l’eau : le Lac d’Hourtin. Arrivé au bord de l’Atlantique, ma ligne imaginaire doit me mener en Nouvelle-Écosse. Moi qui étais persuadé d’atterrir aux États-Unis ! Je réalise que Terrasson est sur la même ligne que le Canada, quelle aventure ! Mais il y a un couac : les grands bateaux reliant l’Europe à l’Amérique n’ont pas des tracés qui me permettent de respecter les consignes de mon défi… J’ai pensé louer un canoë, ou un pédalo ? Mais je risque de me fatiguer, un bateau à moteur me semble plus judicieux ; je ferai des réserves de carburant. Je m’arrête là pour la réflexion sur mon parcours : je vous raconterai la suite lorsque je serai en Nouvelle-Écosse !

SR

Rien, juste ma tête qui tourne et mon poignet qui attrape une tendinite à tracer cette ligne. Continuer la lecture de « Ecrit en septembre 2020 Si on me demandait…je répondrais 2 »

Ecrit en septembre 2020 Si on me demandait..je répondrais 1

Jeu 1 Si on me demandait… je répondrais

– Soit vous proposez une réponse à une des questions existentielles du professeur Froeppel puisées dans le texte de Tardieu et « les œuvres posthumes du professeur Froeppel » (1978, Gallimard)

1 Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ?


JZ:

Voilà une question bien banale, sans grand intérêt car derrière un mur il ne se passe rien, ou pas grand-chose .Pourtant, à la réflexion au cours des millénaires les hommes ont élevé d’innombrables murs et les innombrables riens ont formé un tout, une sorte de puzzle dont les facettes permettent de suivre l’évolution de notre humanité.

Lorsque  » homo sapiens  » a remplacé la chasse et la cueillette par l’élevage et l’agriculture il s’est sédentarisé .Pour protéger les membres de son clan des bêtes sauvages extérieures il s’est enfermé avec son bétail dans des enclos, c’est-à-dire qu’il a élevé des palissades puis des murs.

Peu à peu ces murs ont séparé les clans, les villages et les villes, puis les régions, des territoires.et enfin des nations. De chaque côté de ces murs les hommes se sont posé la même question : que se passe-t-il de l’autre côté ?

C’est à coup de trompettes que selon Josué les prêtres avaient résolu ce problème à Jéricho. Mais en général les murs étaient défensifs et plus résistants. Celui d’Hadrien interdisait l’accès des Bri gantes (anglais actuels) sur le territoire romain de l’époque qui s’étendait jusqu’au nord de l’Angleterre. La grande muraille interdisait l’avancée des barbares (mongols) en Chine, partout dans le monde des châteaux forts s’élevaient sur des pics rocheux, et partout des hommes cherchaient des moyens pour savoir ce qui se passait à l’intérieur de l’autre côté des murs et vice versa ceux qui de l’intérieur cherchaient à s’échapper et voulaient savoir ce qui se passait à l’extérieur de leurs murs.

Ces recherches sont toujours d’actualité. Nous avons connu le mur de l’Atlantique, le mur de Berlin, le mur d’Israël et tout récemment le mur de Trump entre les Etats – Unis et le Mexique et de chaque côté de ces murs chacun surveillait l’autre en se posant toujours la même question.

Un jour ou l’autre tous ces murs sont tombés ou tomberont, seuls deux résistent encore aux recherches des hommes : le mur du le bing bang (ce qui s’est passé avant le point zéro de l’espace-temps) et le mur de Planck (ce qui se passe en deçà de l’infiniment petit dans l’espace-temps quantique) Deux murs qu’il est aujourd’hui impossible de traverser afin de connaitre ce qui se passe de l’autre côté.

FV

 Derrière le mur, on croit toujours que de l’autre coté ce sera mieux, que l’herbe y est plus verte : on sera libre, en démocratie, on boira du Coca Cola, ou bien on échappera à la vie misérable sans espoir dans laquelle ceux qui ont construit le mur veulent nous maintenir. Alors on tente de faire le mur ou on attend la chute du mur ou bien on affrète à prix d’or une coquille de noix sur laquelle on s’embarque pour traverser le mur méditerranée par exemple. Derrière le mur, cette balafre sur le visage autrefois avenant d’une planète de moins en moins bleue, beaucoup s’indignent,s’inquiètent, alertent, disant qu’on est au pied du mur cette fois, quand d’autres, toutes trompes hurlantes, accélèrent et foncent droit dans le mur !

SR

Rien, une immense plage de sable blanc s’étire jusqu’à l’horizon, battue par les roulis des vagues océanes

Feuilleton 2020-21: Un secret de famille : préambule

Un secret de famille

Préambule

Je suis allée chez mes parents un dimanche, il y a un peu plus d’un mois. En triant des papiers, avec maman, nous sommes tombés sur une vieille photo sur laquelle je ne dois pas avoir tout à fait un an.

Une photo de la famille rassemblée, c’est exceptionnel : c’était à l’occasion des 60 ans du Grand père Marcellin qui, pour l’occasion avait revêtu son vieil uniforme qu’il tient ordinairement dans la grande armoire sous une housse de nylon transparent pour le protéger de la poussière et des mites C’était il y a donc trente quatre ans. Continuer la lecture de « Feuilleton 2020-21: Un secret de famille : préambule »

Atelier d’écriture 16 octobre 2020 amorce du feuilleton

Secret de famille

Préambule

Je suis allée chez mes parents un dimanche, il y a un peu plus d’un mois. En triant des papiers, avec maman, nous sommes tombés sur une vieille photo sur laquelle je ne dois pas avoir tout à fait un an.

Une photo de la famille rassemblée, c’est exceptionnel : c’était à l’occasion des 60 ans du Grand père Marcellin qui, pour l’occasion avait revêtu son vieil uniforme qu’il tient ordinairement dans la grande armoire sous une housse de nylon transparent pour le protéger de la poussière et des mites C’était il y a donc trente quatre ans.

Mes parents, Joseph et Yvonne l’encadrent.Je suis dans les bras de maman, je n’ai pas tout à fait un an. Maman porte un tablier. L’évènement a dû être célébré à la maison et la photo a été prise devant le bois du Père Martin. Mon père dans son costume et sa cravate des grands jours a son air sévère. A gauche de maman, Tante Adèle qui vient d’épouser l’oncle Albert. C’est la fille unique du garagiste chez lequel il a fait son apprentissage. Maintenant, ils tiennent le garage du village et leur fils a juste deux ans de moins que moi. Quant au dernier de la ligne, l’oncle Paul, il a 17 ou 18 ans sur la photo. C’est lui qui a repris la ferme familiale et non mon père qui a passé le concours des Postes juste après le certificat et fait son chemin dans l’Administration comme il aime l’affirmer. Continuer la lecture de « Atelier d’écriture 16 octobre 2020 amorce du feuilleton »