Feuilleton 2020 2021, un secret de famille, témoignage 8

Témoignage 8

Annette et Françoise, l’amie de Madeleine

En rassemblant les pièces du puzzle, je croyais commencer à cerner la silhouette de Madeleine malgré le manque de détails, les non dits . Finalement, j’étais la seule de la famille à avoir autant d’éléments en ma possession.

C’est alors qu’est venue la lettre de Colette , et à nouveau toutes les pièces se dispersent…

Angèle et Madeleine ont du mal à coïncider. Colette parle d’une enfant « déposée » à l’hôpital psychiatrique de Cahors, or, si l’on en croie la photo qui, sans aucun doute, a été prise avant Madeleine/ Angèle entre dans l’adolescence… Peut on « déposer » une adolescente, le terme me heurte. D’autre part, aucun signe de dérèglement sur la photo, pas plus que dans les témoignages familiaux , d’ailleurs… Il faut une totale omerta familiale pour que les récits de son départ à Paris coïncident ainsi, et pourquoi, pour se protéger ? Me protéger ? Je n’arrive pas à y croire. Et enfin, comment Colette, qui a dû finir ses études autour de 22 ans a-t-elle pu rencontrer à l’hôpital une sœur « adolescente » de six ans son aînée. Mais elle semble sincèrement troublée, la ressemblance doit être forte. Il faut qu’on se rencontre . Mais pas tout de suite. Je ne me sens pas prête.

En reprenant tout depuis le début, je suis frappée par un évènement que j’avais occulté, et dont Julien est le seul à parler : la possibilité que Madeleine soit enceinte quand elle a quitté la maison.Cet enfant pourrait être, aujourd’hui un adolescent.Existe-t-il seulement. La seule susceptible de m’en parler serait son amie Françoise que je ne connais pas. Tentons le coup pour le coup.

Je suis arrivée à paris par le premier train pour rencontrer Françoise à l’entrée du jardin du Luxembourg. C’est elle qui m’a reconnue, à un air de famille… quant à elle, elle ne ressemble plus à l’adolescente dégingandée dont Grand Père a conservé une photo dans un livre. Nous sommes embarrassées

 – Que cherches-tu à savoir sur ta sœur ? Ce n’est que maintenant que tu t’y intéresses ?

Continuer la lecture de « Feuilleton 2020 2021, un secret de famille, témoignage 8 »

feuilleton 2020-2021, un secret de famille, témoignage 7

témoignage 7

Colette, la sœur fâchée

Chère Annette ,

Quelle surprise et quelle joie de recevoir ta lettre ! Cela fait longtemps , j’en ai parlé récemment à maman , que j’aimerais te retrouver et oublier nos erreurs de jeunesse . J’ habite Cahors , à deux pas de la cathédrale et du pont Valentré . Il fait bon vivre dans cette bourgade et je m’y plais beaucoup . Eugène partage ma vie . Il est pharmacien à l’hôpital . Nous nous sommes rencontrés lors d’un séminaire. Ce séminaire a été déterminant , un vrai virage dans ma vie . Tout d’abord , comme je l’ai dit précédemment , parce que j’ai rencontré l’homme de ma vie et puis , ensuite , parce que s’est enclenché un premier tour de serrure qui a permis d’ouvrir la porte tenue fermée depuis tant d’années , sur le secret de notre famille . Puisque tu sembles désireuse de lever le mystère , je vais te révéler ce que j’ai découvert sur notre sœur qui se nomme Angèle .

Donc , ce séminaire concernait la psychiatrie et je voulais me spécialiser dans ce domaine . La psychiatrie est une science qui a beaucoup évolué . Les premiers patients ont subi des traitements inhumains mais quelques esprits éclairés ont fait évoluer les pratiques . Très vite , j’ai compris que ma voie était celle-là et je me suis donc embarquée dans cette discipline . J’ai suivi de nombreux stages et ai passé les diplômes nécessaires .

Continuer la lecture de « feuilleton 2020-2021, un secret de famille, témoignage 7 »

Feuilleton 2020 -2021, un secret de famille, témoignage 6

Témoignage 6

Jean, le plus grand frère

Petite Soeur,

Pardonne-moi de ne pas t’avoir répondu plus tôt, mon entreprise de cartonnage me prend énormément, et, je peux te le dire, j’ai été très remué par tes questions sur Madeleine…

Tu sais, jusqu’à la maladie de maman et la décision de tante Léonie de la prendre avec elle à Bourganeuf, on était très proches, Madeleine et moi. J’étais timide et sérieux, je suis d’ailleurs resté plutôt « taiseux » comme me l’a reproché Violette, mon ex femme…On était trop différents, elle et moi, elle a attendu que Fabien et Mireille aient fini leurs études, pour vider sur moi un énorme sac de reproches et me quitter…

Mais avec Madeleine, on se comprenait d’un regard, d’un geste, on partageait le même amour de la nature, la même curiosité, le même goût de la découverte…Je me souviens des heures que l’on passait ensemble à pêcher le vairon dans le ruisseau près de la maison, sous le pont de bois. Tu n’étais pas encore née…Jamais je n’aurais pensé qu’elle allait rester si longtemps chez tante Léonie, ni qu’elle l’emploierait dans sa mercerie en lui faisant vivre l’enfer tellement elle la harcelait et lui interdisait tout ce qu’elle désirait  …

Je me sens encore lâche, elle me manquait, j’aurais voulu aller la voir et rentrer avec elle, mais les parents ne semblaient pas le vouloir, ils n’en parlaient jamais, tout ce qu’on savait c’est qu’elle se conduisait mal, qu’il fallait qu’elle travaille… Le jour où elle a plaqué tante Léonie et où elle est revenue, elle n’était plus la même, je n’ai plus senti la connivence d’autrefois. Elle semblait révoltée, elle était belle et avide de liberté, moi je me sentais mal dans ma peau, j’étais boutonneux, trop sérieux, incapable de lui parler, de la retrouver…C’est avec Julien qu’elle a finalement eu le plus d’échanges, lui, avec son humour il la faisait beaucoup rire…Le jour où elle est sortie avec Jacques, accompagnée de Julien, j’étais à un camp de scouts…Bref, il s’est passé bien des choses dont je n’ai rien su… En fait, beaucoup de choses se sont éclairées il y a peu. Je te raconterai.

A l’époque, je faisais tout pour travailler bien au collège puis après au lycée, mais au fond de moi j’éprouvais un grand vide, j’avais perdu confiance en elle, et confiance en moi. Quand, il y a cinq ans, Julien m’a avoué l’avoir revue lors d’un voyage en Ethiopie, devenue ethnologue, c’était juste après mon divorce, je me suis senti doublement cassé….

Tu vois, tu me demandes qui est cette sœur dont on ne t’a jamais parlé, je crois, après tout le travail qu’il m’a fallu faire pour sortir de la dépression, qu’elle est au centre de tout ce qui m’a dépossédé de moi-même, sans en être la cause..Je ne sais comment te dire…C’est fou le poids que représente l’attitude des parents à son égard. Elle me fascinait par sa vivacité, ils semblaient s’en méfier.Si elle était restée avec nous je suis sûr que j’aurais su grandir et devenir fort comme elle.

Continuer la lecture de « Feuilleton 2020 -2021, un secret de famille, témoignage 6 »

feuilleton 2020- 2021, un secret de famille, témoignage 5

Témoignage 5

L’ Oncle Paul





Paul et Annette sur le seuil de la porte

« Ah ! Bonjour Annette. Tu es déjà là et tu as apporté la photo. »

Paul entre dans la pièce qui lui sert de salon et tous deux s’assoient

Paul fronce les sourcils en regardant l’image ; il hésite puis commence à raconter. 

« La famille est au grand complet et ce sera la dernière fois. Je ne me souviens plus très bien à quelle occasion elle a été prise. Il me semble que c’est le Grand-Père Marcellin qui avait demandé au photographe de Saint Paul de venir photographier la famille. Eh ! bien je ne suis pas gâté par la nature là-dessus : des oreilles en chou-fleur, une coupe au bol et un air niais et empoté.

Si je suis aussi peu à mon avantage, c‘est que je ne voulais pas y être sur cette photo et je le fais bien voir. Je n’avais pas d’habits corrects. Adèle et ma mère avait donc fouillé dans les armoires et trouvé un veston aux manches trop courtes que j’ai dû revêtir bon gré mal gré. Les enfants ne discutaient pas les ordres des parents à l’époque. Mais si j’ai bien compris ce que tu m’as dit l’autre soir, au téléphone, ce n’est pas de moi dont tu souhaites que je te parle.

Justement, à propos de parler, Elle, toute la famille n’en parle qu’ainsi quand on en parle, à voix basse et très rarement. Les parents n’ont plus voulu entendre son nom après l’épisode Françoise. Le Grand-Père Marcellin avait beaucoup d’affection pour elle et aussi pour son amie. Grâce à elles, il avait découvert sur le tard le bonheur de la lecture mais n’avait pas eu le courage de l’avouer au reste de la famille. Il lisait en cachette quand il le pouvait. C’était leur secret. Si Beauvoir était trop féministe et trop intellectuelle pour lui, il avait découvert avec Saint-Exupéry un horizon viril et merveilleux.

Continuer la lecture de « feuilleton 2020- 2021, un secret de famille, témoignage 5 »

Feuilleton 2020 2021, un secret de famille, témoignage 4

Témoignage 4

Julien le frère cadet

Carùpano, Vénézuela, le 25 octobre 2020,

Ma chère Annette,

Cette fois-ci, petite sœur, une carte postale ne suffira pas et je ne parlerai pas de ma lente remontée dans l’embouchure de l’Orénoque pour aller chercher une cargaison de bois précieux ni du retour où nous avons failli nous faire prendre par les bancs de sables des hauts-fonds, dans la touffeur moite équatoriale, entre le bruit régulier et rassurant des moteurs et les cris des oiseaux et des singes hurleurs…C’est de Madeleine que je te parlerai, à ta demande… que j’attendais depuis quelques années.

Tante Adèle t’a beaucoup appris, je rajouterai quelques éléments qui lui ont sans doute échappé car peu de choses sortent de la maison.

Quelques mois après cette photo, maman est tombée malade et elle a du rester plusieurs semaines à l’hôpital. L’oncle Albert et la Tante Adèle vous ont pris, Colette et toi avec eux , mais tu ne t’en souviens sans doute pas. Martha avait la charge de tout le reste de la famille, car il n’était pas question pour notre père de s’adonner à des taches ménagères. La famille a été soulagée quand la sœur de papa, Tante Léonie a proposé de prendre Madeleine chez elle, à Bourganeuf, où elle tient une mercerie. Madeleine faisait petite mine, elle n’avait jamais quitté la maison ni la tribu… et elle ne savait pas ce qui l’attendait. Son absence a duré plusieurs mois (maman était rentée depuis longtemps). Nous recevions de brèves cartes postales anodines toujours contresignées par la tante. Un jour, elles sont arrivées sans préavis à la maison . Tante Léonie avait la tête des mauvais jours, et Madeleine n’en menait pas large, sa petite valise à la main. Léonie a explosé contre cette mioche rétive au moindre effort, sournoise, qui avait dérobé trois francs dans sa caisse pour « un achat personnel !!! » rendez vous compte, un achat personnel. Elle ne l’accepterait pas pas une minute de plus sous son toit. Papa lui assena une gifle qui laissa des marques sur ses joues et Madeleine se mura dans un lourd silence . Elle semblait nous en vouloir.

Les choses n’étaient sans doute pas si simples car les parents coupèrent tous les ponts avec la tante à compter de ce jour. Mais une punition donnée n’admettait aucune remise en cause ni aucun remord.

Longtemps après Madeleine m’a confié à quel point son retour l’avait libérée .

Elle avait vécu l’enfer chez tante Léonie. Elle devait faire le ménage à la maison et au magasin avant de partir à l’école, tenir la boutique lorsque Léonie allait à confesse ou a ses assemblées de charité. Elle ne supportait pas de la voir lire, trouvant toujours quelque nouvelle charge. Elle n’était jamais contente, la punissait souvent et , ne pouvant jamais sortir, elle ne s’était fait aucune amie durant ce séjour. Elle me dit aussi qu’elle se sentait aussi affranchie de papa dont la violence brutale avait été injuste. Elle quitterait vite la maison.

Tout cela a favorisé la rapidité de son émancipation dont t’a parlé Tante Adèle, mais elle ne connaît sans doute pas l’évènement clé qui a provoqué son départ sans retour.

Cela s’est passé un soir de bal des pompiers. Dans les années 60, le bal était la principale distraction des jeunes, dans le village. Tu t’en doutes, mes sœurs n’avaient pas l’autorisation d’y aller seules, mais chaque année, pour le bal des pompiers, toute la famille était de sortie. Les adultes se regroupaient entre eux autour des tables près de la buvette. Les hommes parlaient fort , parfois le ton montait, tandis que les femmes dansaient entre elles ou avec Maurice Tomaso, le charcutier et le meilleur valseur de la région. Pendant ce temps les enfants couraient dans tous les sens tandis que les filles, installées sur les chaises autour du plancher de danse riaient en lorgnant les garçons qui viendraient les inviter.Tout est de ma faute. A un moment, j’ai vu Madeleine serrée de près par Jacques, le frère de mon copain Fabrice, un gars d’au moins 19 ans. Il l’a embrassée, et là mon sang de frère jaloux n’a fait qu’un tour et j’ai j’ai fait un esclandre qui a éveillé l’attention des parents. Mon père a rassemblé la la famille et on est rentrés à la maison. Notre père fulminait. Madeleine était une dévergondée, la honte de la famille, elle avait été choisir le garçon qui avait la plus mauvaise réputation dans le village, et qu’en plus, elle leur avait gâché la soirée. Elle ne sortirait plus jamais seule, et en tant que frère insurgé, j’ai été chargé de sa surveillance Je n’en menais pas large , elle avait toutes les raisons de m’en vouloir, même si elle savait, c’était notre secret que je partageais ses rêves d’émancipation et de quitter la maison.

Continuer la lecture de « Feuilleton 2020 2021, un secret de famille, témoignage 4 »

feuilleton 2020-21 Un secret de famille – 1 – Adèle

Témoignage 1

Adèle épouse de l’oncle Albert

Adèle : Que veux- tu que je te dise au sujet de ta sœur Madeleine ? Je ne suis pas la mieux placée pour t’en parler bien que je sois née au village et que j’ai connu tous tes frères et sœurs.

Annette : tu n’es guère plus âgée qu’elle alors tu dois bien te rappeler un peu d’elle.

Adèle : Dans mon souvenir Madeleine était une petite fille obéissante et bonne élève me semble t’il. De toutes les manières toute la fratrie « marchait » très bien à l’école primaire. A cette époque tous les parents attribuaient autant d’importance aux études qu’à la discipline. Ton père était très sévère avec ses enfants et n’acceptait aucun écart d’indiscipline. Madeleine ne semblait poser aucun problème. Elle était polie avec les gens du village, s’occupait de ses frères et sœurs et surtout lisait beaucoup de livres qu’elle empruntait à la bibliothèque. Toutefois, si je peux donner mon avis elle semblait à la fois soumise et détachée comme si elle attendait patiemment autre chose d’un futur plus ou moins proche. Elle est allée au collège où elle s’est ouverte sur un autre monde que le monde familial. Tu n’es pas sans savoir que les années 60 nous ont fait découvrir une façon de vivre plus libre même si les filles étaient encore sous le joug paternel. C’est à ce moment- là que Madeleine a changé mais j’aimerais autant que tu interroges tes parents à son sujet. Continuer la lecture de « feuilleton 2020-21 Un secret de famille – 1 – Adèle »

Feuilleton 2020-21: Un secret de famille : préambule

Un secret de famille

Préambule

Je suis allée chez mes parents un dimanche, il y a un peu plus d’un mois. En triant des papiers, avec maman, nous sommes tombés sur une vieille photo sur laquelle je ne dois pas avoir tout à fait un an.

Une photo de la famille rassemblée, c’est exceptionnel : c’était à l’occasion des 60 ans du Grand père Marcellin qui, pour l’occasion avait revêtu son vieil uniforme qu’il tient ordinairement dans la grande armoire sous une housse de nylon transparent pour le protéger de la poussière et des mites C’était il y a donc trente quatre ans. Continuer la lecture de « Feuilleton 2020-21: Un secret de famille : préambule »

Atelier d’écriture 16 octobre 2020 amorce du feuilleton

Secret de famille

Préambule

Je suis allée chez mes parents un dimanche, il y a un peu plus d’un mois. En triant des papiers, avec maman, nous sommes tombés sur une vieille photo sur laquelle je ne dois pas avoir tout à fait un an.

Une photo de la famille rassemblée, c’est exceptionnel : c’était à l’occasion des 60 ans du Grand père Marcellin qui, pour l’occasion avait revêtu son vieil uniforme qu’il tient ordinairement dans la grande armoire sous une housse de nylon transparent pour le protéger de la poussière et des mites C’était il y a donc trente quatre ans.

Mes parents, Joseph et Yvonne l’encadrent.Je suis dans les bras de maman, je n’ai pas tout à fait un an. Maman porte un tablier. L’évènement a dû être célébré à la maison et la photo a été prise devant le bois du Père Martin. Mon père dans son costume et sa cravate des grands jours a son air sévère. A gauche de maman, Tante Adèle qui vient d’épouser l’oncle Albert. C’est la fille unique du garagiste chez lequel il a fait son apprentissage. Maintenant, ils tiennent le garage du village et leur fils a juste deux ans de moins que moi. Quant au dernier de la ligne, l’oncle Paul, il a 17 ou 18 ans sur la photo. C’est lui qui a repris la ferme familiale et non mon père qui a passé le concours des Postes juste après le certificat et fait son chemin dans l’Administration comme il aime l’affirmer. Continuer la lecture de « Atelier d’écriture 16 octobre 2020 amorce du feuilleton »