Feuilleton 2023 24: le grimoire volé dernier chapitre

Journal de Joséphine

9 janvier 2024

J’ai reçu ce matin un long courriel d’Aldo qui résolve toute l’affaire ! Quelle gourde suis-je de n’y avoir pas pensé plus tôt ! Moi qui me prends pour une pro je n’avais pas fait le rapprochement ! Bien sûr que la famille Barbier Mueller du moins les deux derniers survivants Dalia et Paul n’avaient pas du tout envie que soit révélé le contenu du manuscrit du grimoire relié de peau humaine , celle de Geoffroy de Tréville découpée par son soi disant fidèle serviteur : Paul le barbier. En effet on aurait alors appris que le loyal barbier avait trahi à Castillon,passant dans le camp des français et portant par traîtrise des coups mortels dans le dos de son maître avec sa propre épée, l’épée de la trahison, de la forfaiture et du déshonneur. Depuis le secret de cette infamie pèse sur le lignage des Barbier transmis de génération en génération. C’est la rencontre avec la descendante de Geoffroy qui provoque l’exil ou plutôt la fuite de Paul au Japon et de là-bas il commandite l’accident fatal des parents de Dalia ; puis avec la grand-mère devenue sa complice ils se partagent le magot : la fabuleuse collection.

Enfin pourquoi Paul s’efforce-t-il de dissimuler la deuxième partie de son nom : Mueller ? Aldo n’a pas eu de mal en épluchant la généalogie de la famille de découvrir le pot aux roses : le grand-père de Paul était un bel aryen, un nazi SS de la Das Reich …Ben oui quand on a depuis si longtemps dans ses gènes la trahison et le goût des objets fabriqués en peau humaine ce n’est pas très étonnant.

Dès lors rien de plus urgent que faire disparaître la preuve de cette tare familiale. Quoi de plus simple alors que de simuler un vol ? Un vol qui serait validé par une enquête inaboutie évidemment d’une détective réputée et le tour était joué.

C’était sans compter sur mon Aldo ! Il a même retrouvé la trace du grimoire mis en vente sur le Bon Coin Nippon d’Osaka à un prix astronomique . Il paraît qu’il y a là-bas une forte demande pour ce genre de chose les collectionneurs japonais ayant un faible pour la biblioplégie anthropodermique.

Tout cela m’a donné une idée pour l’atelier d’écriture que j’anime à la médiathèque : si je proposais au groupe d’écrire une sorte d’enquête policière à partir de l’énigme du grimoire volé ?

Feuilleton 23 24 le manuscrit volé chapitre 7

Chapitre 7

Journal de Joséphine

7-1 2024

Madre mia , Quel week-end !

Ça commençait mal. Vendredi matin , toujours aucune nouvelle d’Aldo. Je suis partie au boulot la boule au ventre et d’une humeur massacrante.

Je me replie à mon bureau sur les tâches administratives… Ça n’empêche pas un lecteur de m‘apostropher. Il me rappelle qu’il m’avait demandé le 101ème livre du répertoire. Pour sûr, que je m’en souviens. Il a compris, dit-il, en nous voyant préparer le désherbage, qu’il avait mal formulé sa demande : il souhaiterait le 101ème livre du répertoire de la fin des années 90. Comme je reste sans voix, éberluée, il m’invite à écouter son histoire qui me sortira, dit-il de ma morosité.

A cette époque là, son oncle, Albert Neuville s’occupait du fonds historique très riche de la commune. La mairie souhaitait acquérir un manuscrit exceptionnel, du XVème siècle , relatif à l’histoire du diocèse. Pour cela, il fallait se défaire d’un des joyaux du fond municipal ; il se souvenait , car il était alors en vacances chez son oncle, avoir assisté à des conversations acharnées qui ont abouti au choix. Mon oncle était attaché, viscéralement, à chacun des ouvrages. Ils ont fini par jeter leur dévolu sur l’ hagiographie d’un nobliau impliqué dans l’histoire locale, Geoffroy de Treville. C’était un manuscrit magnifiquement enluminé mais que le maire jugeait sulfureux à cause de sa reliure en peau humaine. Mon oncle, spécialiste de l’occitan ancien l’avait lu et avait même traduit certains passages, en particulier celui qui relatait les liens particuliers entre le chevalier et son barbier , Paul, qui était son homme de confiance (il vaut mieux, car chaque jour, on confie son cou à son sabre) et aussi son exécuteur de basses œuvres ;Il l’avait fait anoblir pour services rendus .

La légende disait qu’il avait prélevé la peau du dos de son seigneur mort sur le champ de bataille, comme une relique et que celle-ci avait servi à la couverture en peau humaine du manuscrit à la gloire du chevalier, alors que la reliure réelle, pour mon oncle, était en parchemin classique. Mais cela, les autorités ne voulaient pas l’entendre et il ne fut pas question de vérification.

C’est cette histoire de barbier qui avait décidé une richissime bibliophile dont il avait oublié le nom (moi, non) à acheter le manuscrit, à un prix faramineux .

Il avait tout oublié de l’affaire, jusqu’à l’enterrement de l’oncle Albert, il y a un mois. Elle avait ressurgi dans sa mémoire avec un détail supplémentaire : l’homme, un peu excentrique, s’était consolé de la perte du manuscrit et du déni de ses hypothèses en insérant secrètement sa traduction dans le 101ème livre de la bibliothèque de Cantepau ( celle-ci), après la 101ème page…

Je l’ai assuré de mon aide avec une telle spontanéité que ça l’a fait rire. « Je savais que je vous dériderais »  a-t-il ajouté avant de s’éclipser… mais Motus ! N’en dites rien à personne !.. 

Ça alors ! La fin de l’histoire du manuscrit livrée sur un plateau ! Je n’en suis pas revenue de toute la journée.

Le choc en a été d’autant plus violent à la sortie, en tombant sur Aldo, un Aldo que le ne connaissais pas, froid, raide, tendu et infiniment triste. Tous les mots que j’avais préparés se sont évaporés, je ne sais pas ce que j’ai bredouillé et nous avons rejoint mon studio dans un silence aussi glacial que l’air de janvier.

A peine la porte franchie, il est allé au mur de données. Dans la seconde, il a pointé le post-it « Paul barbier – Tokyo »

Continuer la lecture de « Feuilleton 23 24 le manuscrit volé chapitre 7 »

feuilleton 23/24 le manuscrit volé chapitre 6

Chapitre 6

Journal de Joséphine

Le 3/01/2024 10h40

Mon cher journal, je suis complètement effondrée !

Je reçois à l’instant une lettre d’Aldo qui pense que j’ai un amant, il ne manquait plus que çà….et de surcroît un japonais.

Voilà que mon enquête vient interférer dans ma vie privée ! Ce n’était pas prévu !

Et comment continuer à cacher à Aldo ma deuxième activité ? J’aurais préféré le lui dire dans d’autres circonstances mais vu la tournure que prend les événements, je ne peux plus me taire au risque d’entraver notre relation. Et je ne veux pas le perdre !

Je vais lui téléphoner dès demain, j’aurais mieux digéré la nouvelle et bien réfléchi à l’idée de l’inviter chez moi le soir même et je lui révélerai tout.

Et s’il ne peut pas j’irai à Toulouse ce week-end. D’ailleurs, pourquoi ne viendrait-il pas, Albi n’est qu’à un soixantaine de km de Toulouse et çà me permettra de lui concocter un bon petit repas aux chandelles pour me faire pardonner.

Je ne sais pas comment il va réagir !

Après tout, il n’y a rien de grave de mon côté, je n’ai pas menti, j’ai juste omis de dire…..

Alors que lui ! Il a fait preuve d’une jalousie excessive en fouillant dans mes affaires. J’espère toutefois que cette jalousie ne devienne maladive car je pourrais en souffrir : à surveiller !

En attendant, grâce à sa jalousie, j’ai la réponse à propos de mon inconnu.

Il est bien évident qu’il ne peut s’agir que de Paul

Voilà donc un point résolu, mais le plus gros reste à faire.

Le 3/01/2024 18h

La situation devenant un peu complexe à mon goût, J’ai décidé de m’inspirer des policiers que l’on voit dans les séries télé : comme je n’ai pas de tableau, j’ai utilisé le mur de mon bureau et avec des punaises j’ai mis des post it avec le nom de tous les protagonistes de mon affaire et j’ai utilisé ma ficelle de cuisine pour les relier, les positionner, les arranger. J’ai ajouté, enlevé, organisé les feuillets pour mieux peaufiner les relations entre eux…..

Bref, il en est sorti que j’étais au point mort, donc une seule issue s’imposait à moi.

Il fallait impérativement rencontrer Emile pour avoir une conversation sérieuse tous les deux.

Et sur l’heure, j’ai téléphoné au service des archives leur demandant de vouloir bien me passer Emile qui a accepté de me voir à 10h demain dans la salle de lecture.

Je t’assure journal, je suis très excitée car demain est un grand jour, je le sens, je le sais.

A 9 h sans faute j’appelle Aldo puis je fonce au Centre des Archives pour 10 h et j’aurais toute l’après-midi pour faire des courses et assurer ma soirée avec Aldo car je suis sûre qu’il va accepter ma proposition et j’aurais le temps de te raconter ma visite avec Emile après les courses : il me tarde d’être à demain.

Le 4/01/2024 15h

Oh mon cher journal, comme j’avais hâte de te raconter ma rencontre avec Emile ! C’est une histoire bien rocambolesque qu’il m’a confiée et pleine de rebondissements.

Du coup nous allons travailler discrètement main dans la main sans en informer nos clients respectifs car figure toi que nous sommes tous les deux détectives en dehors de notre activité principale et nos affaires sont étrangement liées.

Emile travaille pour le compte d’une Alice Denver dont le nom de jeune fille est Tréville. Elle est une descendante de la lignée de Geoffroy Tréville, gascon émérite de la région de Bayonne encore sous la domination des anglais. Celui-ci était un chevalier très renommé engagé dans l’armée médiévale anglo-gasconne sous les ordres du capitaine Talbot pendant la Guerre de cent ans. Il a fini sa carrière à la Bataille de Castillon en 1453 (bataille qui a mis fin à cette longue guerre)

Continuer la lecture de « feuilleton 23/24 le manuscrit volé chapitre 6 »

feuilleton 23 24 à la recherche du grimoire perdu chapitre 5

Chapitre 5

  1. Journal de Joséphine – 31/12/2023

Cette enquête me paraît de plus en plus sinueuse et je vois sans cesse l’image d’un serpent qui se mord la queue. Ces derniers jours, j’ai décidé de remettre en question toutes les choses qui me paraissaient bizarres. Oui, même pendant les fêtes de fin d’année…

Tout d’abord, la personne qui se cache selon moi derrière les coups de fil anonymes. Je suis retournée aux Archives départementales sans aucun but précis, en demandant à consulter des registres au hasard sur la commune où réside Dalia. Non pas que ceux-ci m’aident à poursuivre mon enquête, mais juste pour observer – discrètement – la réaction d’Émile. Cela n’a pas raté. Il semblait nerveux, à l’affut de tous mes faits et gestes, et je voyais bien qu’il détaillait chaque document que je consultais. Émile des Archives, c’est avéré, tente de me dissuader d’enquêter sur la famille Barbier-Mueller ? Comment connaît-il l’existence de Paul, l’oncle de Dalia ? Il a forcément un lien avec lui, et je voulais découvrir pourquoi en le suivant hors de son lieu de travail.

J’ai également décidé d’enquêter, cela peut surprendre… sur Dalia. Comme celle-ci m’a autorisée à suspendre mes recherches pendant la période des fêtes, c’est le meilleur moment. Non pas que je la soupçonne, mais plutôt son silence et sa réserve. Plusieurs incohérences à son sujet : elle dit n’avoir jamais entendu parler de son oncle Paul. Elle ne l’a peut-être jamais connu, soit. Mais pourquoi ne pas avoir eu la curiosité de fouiller les archives familiales dans lesquelles tout un dossier le concerne ? Elle dit également ne pas avoir d’amies proches auxquelles se confier et avoir seulement sympathisé avec des personnes à son espace de co-working ; personnes qui ont su pour le décès de sa grand-mère, ce qui peut avoir une importance. De plus, le premier jour de notre entrevue, Dalia m’a dit avoir été interrompue dans sa découverte du grimoire par « quelqu’un de son entourage ». Qui est ce quelqu’un ? Et pourquoi n’a-t-elle pas eu de temps à consacrer à cet objet le soir-même, s’il l’intriguait tellement ? Était-elle absente ou avec quelqu’un ? L’appartement n’ayant été cambriolé que lors de son absence du lendemain.

Continuer la lecture de « feuilleton 23 24 à la recherche du grimoire perdu chapitre 5 »

Feuilleton 23 24 A la recherche du grimoire perdu chapitre 4

Chapitre 4

Journal de Joséphine

17 décembre

Je piétine dans mon enquête, Les questions s’accumulent et pas les réponses.

Heureusement qu’il y a eu le week-end à Toulouse chez mon homme , Aldo, que je vois peu en ce moment tellement je suis captivée par mon enquête. Aldo est l’homme qu’il me faut, je l’aime mais je ne sais pas si je le mérite. S’il savait que ma venue à Toulouse avait à voir avec une anecdote glissée au cours de la conversation qui faisait allusion à une vente aux enchères de livres anciens, samedi dernier, il serait peut-être triste. Le vendredi, je me suis précipitée à la salle des ventes avant même de poser mon sac chez lui. Pour mon enquête, c’était l’occasion de comprendre comment fonctionnait le marché du livre pour les bibliophiles. Comme j’étais seule, l’employée m’a accompagnée. Comprenant vite que je n’avais pas l’intention d’acheter quoi que ce soit, elle a quand même gentiment attiré mon attention vers les pièces les plus importantes de cette collection qui appartenait à un vieux bibliophile décédé depuis peu : un exemplaire partiel et abîmé du « Songe de Poliphile », ouvrage imprimé de la fin du XVème siècle (ce qui en restait était magnifique), quelques lettres autographes de Voltaire à madame du Deffand, un manuscrit de l’auteur libertin Crébillon fils ( sur la page ouverte des pattes de mouche et des ratures entremêlées). Pas le temps de voir les autres ouvrages, la salle était sur le point de fermer, mais elle m’a suggéré de venir assister à la vente, si toutefois je portais une tenue un peu plus décente (j’avais ma robe indienne verte et un grand châle imprimé dans les rouges offert par Aldo). En rentrant, j’ai consulté la gazette du bibliophile. Zut ! j’ai lu, dans la notice d’un ouvrage que je n’avais pas eu le temps de remarquer, un Atlas du XVIIIème siècle, qu‘il avait été vendu en 2001 par les Barbier-Mueller à son propriétaire actuel. Trop tard pour le voir.

Aldo a préféré aller courir. Je me suis discrètement glissée dans la salle, en tailleurs gris souris, prenant soin de ne pas bouger et de tout observer. Je n’en reviens pas des sommes faramineuses auxquelles sont montées les enchères : 53 000 euros pour le Crébillon, 150 000 pour le Poliphile ! Je n’étais pas arrivée quand l’atlas a changé de mains et n’ai pas pu savoir le niveau des enchères. Que pouvait valoir la collection Barbier Mueller ? Comment disposer de tant d’argent ? Peut être avaient -ils des dettes ? On dirait que leur collection s’est évaporée. Leur galerie parisienne a été vendue après leur décès, je l’ai lu dans des journaux de l’époque, mais aucune trace par contre du devenir de leurs livres.

Le manuscrit est un rescapé et s’il est authentique, il doit être côté à plusieurs centaines de milliers d’euros. Sans certification, on n’est sans doute pas près de le voir dans les circuits de vente officiels. Il doit exister d’autres filières… A moins que le manuscrit intéresse personnellement le voleur ou son commanditaire, qu’il participe à des rites occultes ou sectaires. A partir du catalogue de l’exposition, de dois me renseigner sur son contenu…même si je n’en ai pas envie.

Continuer la lecture de « Feuilleton 23 24 A la recherche du grimoire perdu chapitre 4 »