Lu en décembre 2022: cuisine et gourmandise : La seiche (1998), Maryline Desbiolles

La seiche (1998), Maryline Desbiolles

Maryline Desbiolles est une écrivaine née en 1959. Elle a obtenu le prix Fémina pour Anchise en 1999. Ce roman singulier est construit comme une réflexion sur la vie humaine à partir d’une recette de cuisine.

Une femme prépare des seiches farcies pour ses invités et c’est aussi l’occasion pour elle de se plonger dans ses souvenirs d’enfance, ses désirs, ses craintes. Les réminiscences se lient aux sauces.

Voici un extrait :

« Et surtout peut être elle faisait la cuisine du pays, alors que nous étions d’ailleurs et que mes parents, nouvellement installés, continuaient encore de manger comme ils avaient mangé chez eux. Chez la voisine, ce qui mijotait sentait à plein nez le romarin et l’olive noire dont l’acidité s’arrondissait en cuisinant, chez la voisine on mangeait des légumes crus baignés de la seule huile d’olive qui, tout exotique qu’elle fût pour moi, devint sur le champ inséparable de toute cuisine, j’en aimais d’abord la merveilleuse couleur, l’odeur puissante et douce, je l’aimais même rance quand on en parfumait de quelques tombées la soupe du soir. »

Dominique Dou

Cercle de lecture du 17 décembre 2022: Cuisine et gourmandise – suggestions en séance



  • Le festin de Babette, Karen Blixen (1953) et son adaptation cinématographique par Gabriel Axel (1987)
  • A la table de Yasmina, Serge Quadruppani et Maruzza Loria (2003)

Dans la Sicile du XII siècle, Omar Ibn Khalid, arrêté pour haute trahison, est condamné à mort. Pour tenter de le sauver, sa sœur Yasmina – la princesse d’Al-Khalid – se fait Shéhérazade et plaide sa grâce auprès de Roger 1er, comte de Sicile au cours de longs soupers sensuels et délicats. À la manière des contes des Mille et une nuits, Yasmina charme le Comte par ses récits fabuleux et sa cuisine voluptueuse.

  • Série de manga : Le chef de Nobunaga, Mitsuru Nishimura et Takuro Kajikawa (2011)

Ken est un cuisinier de notre temps. Mais un jour, il se réveille dans le Japon du XVI siècle, en pleine époque. Sengoku, « l’ère des pays en guerre ». Ayant entendu parler de ce cuisinier de talent vivant à Kyoyo, Nobunaga, gouverneur féodal, décide d’en faire de force son cuisinier personnel.

Lu en octobre 2022, coup de cœur : Les victorieuses (2019) et Le cerf-volant (2021), Laëtitia Colombani

Les victorieuses (2019) et Le cerf-volant (2021), Laëtitia Colombani

Après avoir découvert lors d’une réunion du club de lecture, il y a bien longtemps, l’écrivaine Laëtitia Colombani dans La Tresse. J’ai lu durant ces derniers mois deux livres de celle-ci : Le cerf-volant et Les victorieuses.


Dans Le cerf-volant, Laëtitia Colombani reprend le fil de La Tresse, dans un récit initiatique, puissant et généreux.
Brisée par un drame personnel, Léna abandonne la France et son poste d’enseignante pour partir en Inde, au bord du golfe du Bengale. Elle manque de se noyer, un matin, lorsqu’elle nage dans l’océan. Sauvée par une petite fille qui travaille dans un restaurant, et qui ne sait ni lire, ni écrire, Léna se lancera dans un incroyable projet : fonder une école pour tous les enfants du quartier, qui en sont privés. Elle rencontrera sur son chemin des obstacles, des oppositions. L’espoir et les désillusions seront là, mais aussi sa volonté face aux traditions, et son rêve de changer la vie par l’éducation.

Belle histoire avec beaucoup de générosité et d’humanité.


Voici quelques citations qui accompagnent ce livre à méditer : « la vie doit être comprise en regardant en arrière, mais il ne faut pas oublier qu’elle doit être vécue en regardant vers l’avant. » Kierkegaard.

René Char « L’impossible, nous ne l’atteignons pas, mais il nous sert de lanterne. »

Dans Les victorieuses de Laëtitia Colombani :

Brillante avocate, Solène tente de se reconstruire après un burn-out. Elle accepte une mission bénévole d’écrivain public auprès de femmes, aux destins tourmentés, qui viennent du monde entier. Femmes exclues que la vie a malmenées et qui gardent cependant toujours la tête haute. Solène se sentira utile « cet endroit, le palais de la femme » sera pour elle : « un endroit qui l’a aidée à se relever ». Elle n’a plus besoin de cachets. Elle se sent utile, en paix, à sa place pour la première fois de sa vie.

Ce livre donne de l’émotion !

Sincères salutations à tous.

Lu en octobre 2022 coup de cœur: Quand tu écouteras cette chanson (2022), Lola Lafon

Quand tu écouteras cette chanson (2022), Lola Lafon

Dans le cadre de la collection « Ma nuit au musée » des éditions Stock, Lola Lafon a eu l’occasion de passer une nuit entière dans le musée de son choix. En août 2021, elle choisit le musée Anne Frank à Amsterdam, plus précisément dans l’Annexe où Anne Frank et sept autres personnes ont vécu, de juillet 1942 au 4 août 1944.

Dès le départ, Lola Lafon sait que se rendre dans l’Annexe sera très difficile. En témoignent les pages relatant son appréhension à se rendre à Amsterdam, puis à entrer dans cette pièce exiguë, qui est restée bloquée à une époque sombre de l’Histoire, celle de la déportation des juifs. Au fil de la nuit, le cauchemar vécu par la famille Frank vient se mêler aux souvenirs de l’autrice, elle aussi descendante d’une famille juive. Elle raconte l’exil familial dans le début des années 30, la perte d’identité, se souvient des membres de sa famille décédés à Auschwitz, de sa grand-mère Ida Goldman qui a survécu et lui a transmis une médaille frappée du portrait d’Anne Frank avec ce message « N’oublie jamais ! ».

Continuer la lecture de « Lu en octobre 2022 coup de cœur: Quand tu écouteras cette chanson (2022), Lola Lafon »

Lu en Octobre 2022 coup de cœur: Patagonie route 203 (2020), Eduardo Fernando Varela

Patagonie route 203 (2020), Eduardo Fernando Varela

Eduardo Fernando Varela est Argentin. Il partage sa vie entre Venise où il vend des cartes anciennes et Buenos Aires où il est journaliste et où il écrit des scénarios. Ça se sent dans l’écriture très maîtrisée de ce premier roman : on progresse par plans successifs, très précis et souvent surprenants qui impriment la rétine du lecteur.

Varela nous amène « sur la route », plutôt sur des routes, celles hasardeuses de Patagonie où les temps de trajet, les distances, les lieux habités se distendent à l’infini dans la solitude des paysages, le vent, la poussière où rien n’a de certitude. Même les noms des lieux sont volatils. Il nous entraîne au milieu de nulle part, sur un océan terrestre hostile et fascinant.

On est avec Parker dans le huis clos d’un camion qui sillonne en long et en large ce désert. Parker est un ancien saxophoniste qui ne sait plus jouer, qui fuit la capitale et qui a trouvé là un refuge. Pour le patron qui n’est ni en règle avec son camion, ni en règle avec les cargaisons qu’il transporte de la Côte vers la cordillère, ce non professionnel emprunte les routes secondaires pour échapper à d’éventuels contrôles ou à ses poursuivants. Il a laissé femme et enfant et n’a avec lui que quelques meubles.

Continuer la lecture de « Lu en Octobre 2022 coup de cœur: Patagonie route 203 (2020), Eduardo Fernando Varela »

Lu en octobre 2022- coup de cœur :Le bal des folles (2019), Victoria Mas

Le bal des folles (2019), Victoria Mas

Victoria Mas est une autrice française et est la fille de la chanteuse Jeanne Mas. Elle travaille d’abord dans le cinéma et vit plusieurs années aux Etats-Unis. A son retour en France, elle sort son premier roman Le bal des folles en 2019. Son deuxième roman se nomme Un miracle (2022).

Le bal des folles est un roman historique et féministe qui se déroule à la fin du XIXe siècle plus précisément en 1885. Il a reçu de nombreux prix en 2019 dont le prix Renaudot des lycéens.

L’héroïne se nomme Eugénie et a des visions. Elle parle avec des défunts. Un jour, elle se confie à sa grand-mère qui répète tout à son fils (le père d’Eugénie). Celui-ci ne pouvant supporter le soi-disant pouvoir/don de sa fille, il la fait interner de force avec l’aide de son frère Théophile. Eugénie se retrouve alors considérée comme une aliénée, une folle, une dégénérée et est logée dans l’Hôpital de la Salpêtrière qui à l’époque servait d’hôpital expérimental notamment pour des séances d’hypnose orchestrées par le célèbre professeur Jean-Marc Charcot spécialisé dans la neurologie. Elle arrive peu avant l’organisation du fameux Bal des folles, bal costumé et dansant qui est organisé chaque année afin de divertir la galerie de riches parisiens. On nous relate le quotidien cruel que subissent ces femmes à travers deux aliénées : la jeune Louise et la vieille Thérèse mais aussi à travers le regard d’une infirmière nommée Géneviève qui va jouer un rôle important auprès d’Eugénie.

Continuer la lecture de « Lu en octobre 2022- coup de cœur :Le bal des folles (2019), Victoria Mas »

Lu en octobre 2022 coup de cœur:Misery (1987), Stephen King

Misery (1987), Stephen King

Paul Sheldon, auteur de romans populaire à succès, victime d’un accident de la route en montagne, a été recueilli par une admiratrice Annie Wilkes, personne déséquilibrée qui le détient prisonnier chez elle.

Nous voici dans un huis clos. Très grièvement blessé aux jambes, il est incapable de se mouvoir. On découvre le martyr de cet homme face à cette démente qui le terrifie.

Annie adorait Misery Chastain, l’héroïne d’une série écrite par Paul ; mais celui-ci la fait mourir ce qui n’a vraiment pas plu à Annie. Pour pouvoir rester en vie, Paul va devoir ressusciter Misery mais de façon plausible. Il va donc écrire sous la contrainte de sa tortionnaire.

Continuer la lecture de « Lu en octobre 2022 coup de cœur:Misery (1987), Stephen King »

Lu en octobre 2022 coup de cœur:Un instant dans le vent (1975), André Brink

Un instant dans le vent (1975), André Brink

André Brink (1935-2015) est un écrivain sud-africain d’expressions afrikaans et anglaise. Il a obtenu le Médicis Etranger en 1980 pour « Une saison blanche et sèche ».
Il fait ses études supérieures (1953-1959) à l’université de Potchefstroom (Afrique du Sud). Il obtient sa licence, deux maîtrises et un diplôme d’aptitude à l’enseignement. Puis part terminer ses études en France (1959-1961), à Paris, à la Sorbonne. La rencontre avec des étudiants noirs est une révélation pour lui, il commencera alors sa lutte contre la politique d’apartheid.
Ce livre lu à 18 ans, décrit la relation entre deux êtres que tout oppose. En voici le résumé :
Au milieu du 18eme siècle, Elisabeth, la fille d’une famille bourgeoise établie au Cap choisit d’échapper à un mariage contraint en épousant l’explorateur Erik Larsson. Le couple entame une longue expédition dans le Veld accompagné par des familles hottentotes à leur service. Un jour, Erik Larsson parti en reconnaissance ne revient pas. Les Hottentotes pillent le campement et abandonnent Elisabeth. C’est alors qu’Adam un esclave en fuite la découvre et lui propose son aide. Tous deux vont devoir appréhender leurs différences, les surmonter pour vivre un amour interdit par la société. Leur retour au Cap signera la condamnation d’Adam.
« Je dois me battre pour ça, pense-t-elle. Pour le sauvegarder intact. C’est nôtre. Ça nous a appartenu, à nous seuls, jusqu’à aujourd’hui. Dans quelques jours, notre histoire sera exposée à tout venant. Mais je dois me battre pour ça. […]
Pourquoi sinon aurions-nous fait toute cette route ? Tout ça n’est pas arrivé en vain. Nous survivrons. Ensemble. Nous n’avons été, pendant tout ce temps, qu’un homme et une femme. […] »
Pascale et Dominique Dou

Lu en octobre 2022 coup de cœur:Chienne et louve (2022), Joffrine Donnadieu

Chienne et louve (2022), Joffrine Donnadieu

L’auteure est une jeune femme, Chienne et louve est sont 2ème roman ; c’est le prolongement de l’histoire de Romy auquel lui était consacré le 1er roman Une histoire de France.

Au début, Romy danse tous les soirs dans un bar de Pigalle pour payer ses cours de théâtre au cours Florent. Elle fait des passes. Puis elle trouve une location chez Odette, une femme âgée dont elle doit s’occuper en échange du paiement des cours. Entre elles, nait un jeu malsain. Odette se montre exigeante, tyrannique, elle a une collection d’animaux avec lesquels elle joue. Odette est la jument, Romy la louve. Parfois Romy s’échappe, elle répète sur le toit, le théâtre c’est sa vie.

Continuer la lecture de « Lu en octobre 2022 coup de cœur:Chienne et louve (2022), Joffrine Donnadieu »

Lu en octobre 2022 coup de cœur:Château d’Argol (1938), Julien Gracq

Château d’Argol (1938), Julien Gracq

Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier, est un écrivain français.

Son pseudonyme littéraire doit beaucoup à sa fascination pour le héros de « Le Rouge et Le Noir « de Stendhal et à son admiration pour les Gracques, dans l’histoire romaine. Il décide de prendre un pseudonyme littéraire, afin de séparer nettement son activité de professeur de son activité d’écrivain.

Élève brillant, il est admis à l’École normale supérieure en 1930, il suit en parallèle des cours à l’École libre des sciences politiques d’où il sort diplômé en 1933. En 1934, il est reçu à l’agrégation d’histoire et géographie, et est affecté, d’abord à Nantes, au lycée Clemenceau où il avait été élève, puis à Quimper. En 1946, il est nommé au lycée Claude-Bernard de Paris, où il enseigne l’histoire-géographie jusqu’à sa retraite en 1970. Tenté par le communisme, il adhérera au PCF (1936) jusqu’au pacte germano-soviétique mais observera toute sa vie une froide distance à l’égard de tous les embrigadements littéraires ou politiques. Il a refusé le prix Goncourt.

Si « Au château d’Argol » (1938), son premier roman, fortement influencé par le romantisme noir et par le surréalisme, avait attiré l’attention d’André Breton, c’est avec « Le Rivage des Syrtes » (1951), et surtout le spectaculaire refus de son auteur de recevoir le prix Goncourt en 1951, que Julien Gracq s’est fait connaître du public. « Au Château d’Argol » est le premier roman de Julien Gracq, le premier roman surréaliste tel qu’André Breton le rêvait. Il nous est proposé la découverte ou redécouverte de ce roman de 1937, écrit au moment où le roman gothique est à la mode, texte moderne où la violence dissimulée surgit par bribes jusqu’au drame.

Continuer la lecture de « Lu en octobre 2022 coup de cœur:Château d’Argol (1938), Julien Gracq »