Jeu 3 fable...
Soit une liste d’objets associés par deux , par hasard :
– la casserole et le gâteau
– la cafetière et le xylophone
– la chaise longue et la mandoline
– la cuillère et le grille-pain
– la statuette et la sucette
Prendre un couple et imaginer une fable comprenant une morale .
La Mandoline et la Chaise Longue
1
Ayant râpé, coupé toute la matinée,
La mandoline put enfin se reposer.
Elle avait brillamment assuré le service,
Puis pris sa douche dans l’évier de la cuisine.
Un rayon de soleil entrait par la fenêtre,
Et caressait la paillotte désormais déserte.
La chaise longue rêvassait dans le sable,
Enfin libérée des fessiers impitoyables
Qui la déformaient tout le long de la journée,
Et ne prenaient jamais le temps de la ranger.
Chaque jour elle était d’une humeur détestable,
Surtout à l’approche de sa soi-disant rivale.
Elle jalousait la Mandoline
Et ses poussées d’adrénaline
La rendaient encor ‘plus mordante
En la voyant toujours pimpante :
« Madame a fini de travailler aujourd’hui ?
Combien de doigts cette fois Madame a-t-elle coupés ?
-Arrêtes tu me saoules à t’occuper d’autrui
Laisse les gens tranquilles et vas te recoucher ! »
Tous les jours c’était le même refrain,
N’arrêtant pas de cracher son venin
« -Comme tu es raide tout le temps !
Rigole un peu, juste un moment !
Prends exemple sur ta cousine,
Cà c’est une sacrée mandoline !
Elle chante toute la journée,
Et même, nous fait danser !
Toi tu n’es qu’une cendrillon,
Bonne à tout faire dans les chaudrons !
Oh la vilaine, oh la vilaine ! »
Et chaque fois la même rengaine.
Un jour n’en pouvant plus, la Mandoline hurla :
« Maintenant çà suffit, arrête ton cinéma !
Tu t’imagines être invincible
Alors que tu n’es qu’immobile !
Regarde ton cousin Transat !
Lui, qui n’est pas un cul de jatte,
S’amuse et visite en croisières
Les plus beaux pays de la terre !
Mandoline entendit un « clac »
Ce fut la chaise qui tombât.
Elle n’avait sans doute pas apprécié,
D’un coup sec, s’était sur elle repliée.
L’injustice des propos tenus par l’une,
Souvent sert d’excuses aux propos de l’autre.
Si tu ne veux pas que l’on t’importune,
Toi, n’importune pas non plus les autres.
S.M.
2
Une chaise longue abandonnée au bord de la piscine
Attendait avec un immense espoir la venue d’un être merveilleux
Qui la sortirait de sa solitude et de sa mélancolie.
Elle entendit au loin le son harmonieux d’une mandoline
Et elle se mit à rêver et à espérer
La rencontre qui changerait le cours de sa vie.
Comment allait-elle s’y prendre ?
Elle échafauda mille stratagèmes mais aucun ne fonctionna.
Alors désespérée et plus seule que jamais
La chaise longue envisagea de sauter dans la piscine
Et s’imagina sauvée par la mandoline, sa nouvelle amie.
A nouveau rien ne se passa comme elle l’avait prévu.
Elle se jeta à l’eau, coula au fond de la piscine
Et jamais aucune mandoline ne vint la sauver.
Pauvre chaise longue !
Prendre les bonnes décisions au bon moment
Est la meilleure des garanties pour réussir pleinement sa vie.
D.L.
3
-Il fait beau ,tout pousse à s’allonger dans cette chaise longue à la toile bariolée ,ces couleurs vives qui répondent au bleu immaculé du ciel. Un calme absolu, au loin le pépiement d’un oiseau au cri trop ténu pour troubler ce moment inespéré…Les yeux fermés qui enserrent des rêves de plénitude ,le corps abandonné à la brise caressante…
Et puis ,subitement ,quelques notes de musique ,tout d’abord espacées puis de plus en plus harmonieuses ,elles volettent au dessus de la chaise longue ,fait frissonner la toile multicolore ,réveille cette matière inanimée…Peut-on réconcilier des univers que rien n’oblige à vivre ensemble? L’art invite-t-il à des rencontres improbables?
B.H
La cuillère et le grille-pain
Une cuillère rutilante voisine sagement avec un grille-pain sur le plan de travail de la cuisine.
Logiquement, aucun rapprochement n’est possible entre eux. C’est sans compter avec la cuisinière maladroite qui habite la maison. Un matin, la tranche de pain reste malencontreusement coincée dans le grille-pain. Gaëlle s’empare de la première chose qui lui tombe sous la main et utilise la cuillère pour extirper le pain. S’ensuit une gerbe d’étincelles, un vrai feu d’artifice ! « Je ne savais pas que je te faisais autant d’effet » s’exclame la cuillère.
Moralité : Il faut persévérer et ne pas se fier aux apparences
D.Dou
– la cafetière et le xylophone
1
Ma pauvre, va t’en , tout le monde te fuit tu n’es qu’une sorte de gamelle qui laisse couler une espèce de liquide noirâtre au goût peu engageant. Regarde, -moi, je luis comme un Louis d’or et lorsque je joue je ne vomis pas cette onde dégoutante qui laisse sa trace sur tes parois mais une onde qui fait briller le monde. Ainsi parlait le xylophone prétentieux et supérieur, se pensant le Roi de la maison,
Tu brilles beaucoup rétorque la cafetière. Si tu avais un peu de mémoire tu te souviendrais que le liquide noir et chaud que je produis nourrit la maisonnée du matin au soir. Au lieu de me mépriser, n’oublie pas que souvent entre le beau et le bon le choix se porte sur le second.
H.L
2
Dans une pauvre chambre étroite et mansardée
Les objets voisinaient en grande promiscuité
le Xylophone égrenait ses jolies notes flûtées
Tandis que la cafetière gaîment pétaradait
L’instrument homologué était fort incommodé
Il poussait ses aigus pour mieux protester
En donneur de leçon la faisait répéter
Malgré sa volonté la cafetière speedait
Elle n’émettait que sons et bruits saccadés
Ses efforts continus augmentaient ses ratés
Ses sourds borborygmes la laissaient dépitée
S’imposant le silence, le xylophone boudait
Au maître de maison, il s’en vint quémander
de le débarrasser de cette incongruité
Qui lui faisait compagnie bien imméritée
Lui faire subir cela c’était le poignarder
Mais l’homme à son désir ne voulut accéder
Lassé de sa musique il l’a sans hésiter
laissé sur le trottoir comme un déshérité
Au plaisir d’un café, il a bientôt cédé
Des rodomontades il faut bien se méfier
Car les plaisirs discrets savent se justifier
D.Dor

