Emmanuel Bove, Mes Amis (1924)
Emmanuel Bove (1898-1945) est le fils d’un père émigré juif russe et d’une mère domestique d’origine luxembourgeoise. Il a grandi dans un milieu miséreux et précaire, qui constitue l’arrière-plan général de la plupart de ses récits. Mobilisé en 1918, il échappe de peu à la guerre. Il a eu deux femmes, d’abord une jeune institutrice (durant la période où il a commencé à écrire), puis une jeune fille de la bourgeoisie juive, mais qui vivait dans un milieu trop étranger pour lui.
Ces déceptions personnelles peuvent être à l’origine de l’écriture de Mes Amis. En effet, le personnage principal, Victor Bâton, mène une vie un peu triste. Pauvre, il vit au dernier étage d’un immeuble dans une minuscule chambre insalubre. Refusant de travailler, il vit modestement de sa pension de blessé de guerre. Ses journées se résument à se lever, se promener, rentrer le plus tard possible dans sa chambre misérable. La solitude le pèse, il n’a donc qu’une seule obsession : se faire des amis. Le livre est divisé en 5 chapitres, chacun racontant une possible rencontre. Il va tour à tour vivre une histoire avec la tenancière d’un bar, rencontrer un homme qui va profiter de lui, un marinier suicidaire qui voudra l’entraîner avec lui, un riche industriel qui lui trouvera du travail (mais Victor Bâton ne veut pas travailler !), avant de vivre une autre histoire avec une femme danseuse de cabaret. Toutes ces rencontres se soldent par un échec, pourquoi ? Le texte de Bove est à la fois tragique et humoristique. Nous, lecteurs, espérons qu’il finira par rencontrer quelqu’un, alors que l’on déplore bien souvent sa façon (comique et désespérante) de nouer des relations.

