Dominique C. nous a lu un extrait d’un des plus grands classiques de la littérature : Poil de Carotte.
Jules Renard est né en 1864 et mort en 1910. Une vie brève, où il a eu le temps d’écrire des livres laissés à la postérité : son Journal, Poil de carotte, Histoires Naturelles entre autres.
Ce célèbre roman de l’enfance de Jules Renard est largement autobiographique. Poil de Carotte est le petit dernier de la famille Lepic. C’est un jeune garçon de 10 ans, roux, plein de fantaisie, attachant mais mal aimé. Il est le souffre-douleur de sa mère qui le déteste et lui a donné son surnom, de son frère qui se dérobe toujours et de sa sœur aussi méchante que la mère (le père est peu présent).
Le passage choisi retrace un moment de terreur où le jeune garçon est contraint par le bloc familial à aller fermer les poules dans le noir complet. Il fait face. Jules Renard nous fait en quelques lignes sublimées par l’humour partager sa peur, sa solitude d’autant plus fortement qu’elles se raccrochent à des sensations vécues par chacun.
Au XIXme siècle, Aimée subit un mariage arrangé, chose fréquente à l’époque. Elle est mariée avec un riche propriétaire du Jura, veuf. Elle vit dans un domaine austère, le domaine Marchère, avec Henria la servante et son fils muet.
Le domaine Marchère lui apparaîtrait nettement, comme un paysage après la brume. Une fois le brouillard des sapins levé sur la colline, Aimée retiendrait dans sa gorge un hoquet de surprise : jamais elle n’aurait vu un lieu pareil, jamais elle n’aurait pensé y vivre.Une bâtisse de pierre et de bois, aussi large qu’un couvent, aussi haute qu’une église, trônait au cœur du paysage.(Page 35)
Son mari, doux et prévenant avec elle, mais taiseux dénote avec l’époque et l’environnement. Cependant, la jeune femme se renferme et se ternit. Ses parents lui manquent. L’atmosphère se détend avec l’arrivée d’une professeure de musique qui éveille Aimée à de nouvelles sensations. Mais elle sera vite évincée. Les non-dits et les secrets qui l’entourent font planer sur elle une menace insidieuse. Tout cela conduit à une atmosphère suffocante qui provoque le malaise. L’inquiétude et le suspens sont omniprésents et font écho à plusieurs auteurs du 19me siècle comme les sœurs Brontë.
Dominique Dou.
Aimée, une jeune fille de 18 ans est mariée par arrangement à Candre, par ailleurs veuf.
Il vit dans un domaine austère au milieu de la forêt jurassienne avec sa fidèle servant Henria qui s’est occupée de lui depuis son plus jeune âge suite au décès de sa mère.
Angelin, fils d’Henria, personnage à la marge, intrigant, vit également sur le domaine.
La plus connue des nouveaux fantastiques écrits par Maupassant, un maître du genre au XIXème siècle. Il en a écrit trois versions, la troisième la plus aboutie se présente sous la forme d’un journal relatant à la première personne des évènements étranges sur une période allant de mai à fin août.
Le narrateur vit seul avec ses domestiques dans une belle demeure en Normandie en bord de Seine.
Un jour il observe sur le fleuve le passage de magnifiques navires dont un trois-mâts brésilien tout blanc. Peu de temps après il éprouve une sorte de malaise, d’angoisse puis de terreur dont il ne comprend pas l’origine et qui fait de sa vie un cauchemar. Il lui semble qu’une présence invisible est la cause de ces troubles. Il décide de s’absenter et va visiter le Mont Saint Michel il revient guéri et rasséréné même si une discussion avec un curé féru de légendes locales qui lui dit croire à l’existence de forces mystérieuses dans la nature ne le rassure pas. Mais au retour ses terreurs reviennent très vite avec la certitude d’une présence qu’il met en évidence par un dispositif quasi scientifique. Il fuit de nouveau à Paris où il sera témoin d’une expérience d’hypnose qui le bouleverse. De retour chez lui l’existence de l’être invisible qui le tourmente est de plus en plus évidente au point qu’il affirme l’avoir vu il décide d’engager une lutte à mort avec lui : « C’est lui, lui, le Horla qui me hante ! Il est en moi, il devient mon âme ; je le tuerai ! ».
Jean Tardieu est un écrivain, humoriste et poète qui joue avec les mots.
En plus de 60 ans, il a développé une créativité exceptionnelle, avec une inquiétude métaphysique dissimulée sous l’humour. Ami de plusieurs membres de l’Oulipo, de Raymond Queneau à Jacques Bens, il en est l’invité d’honneur en 1967.
La pièce Finissez vos phrases est à la fois très courte et très efficace. On y décèle une caricature de notre tendance à laisser nos phrases en suspens.
Elle met en scène deux personnages : un homme, « Monsieur A », et une femme, « Madame B ». Ces deux personnages se rencontrent et commencent des phrases qu’ils ne terminent jamais. Mais ce qui est étonnant, c’est que l’ensemble de leur dialogue reste compréhensible pour le lecteur / le spectateur, grâce à la présence également des didascalies.
Le dramaturge montre ici que l’on peut exprimer des sentiments forts avec peu de mots qui ne sont pas essentiels pour bien communiquer.
Cette courte pièce est sympathique à lire en binôme et nous pouvons prolonger le plaisir de lecture en essayant de compléter les phrases des personnages.
Voici un extrait du début de la pièce :
Monsieur A et Madame B, personnages quelconques, mais plein d’élans (comme s’ils étaient sur le point de dire quelque chose d’explicite), se rencontrent dans une rue quelconque, devant la terrasse d’un café.
Monsieur A, avec chaleur – Oh ! Chère amie. Quelle chance de vous…
Madame B, ravie – Très heureuse, moi aussi. Très heureuse de… vraiment oui.
Monsieur A – Comment allez-vous, depuis que ?…
Madame B, très naturelle – Depuis que ? Eh bien ! J’ai continué, vous savez, j’ai continué à…
Monsieur A – Comme c’est ! Enfin, oui vraiment, je trouve que c’est…
Madame B, modeste – Oh, n’exagérons rien ! C’est seulement, c’est uniquement… je veux dire : ce n’est pas tellement, tellement…
Monsieur A, intrigué, mais sceptique
– Pas tellement, pas tellement, vous croyez ?
Madame B, restrictive
– Du moins, je le…je, je, je… Enfin ! …
Monsieur A, avec admiration – Oui, je comprends : vous êtes trop, vous avez trop de …
Madame B, toujours modeste, mais flattée – Mais non, mais non : plutôt pas assez…
Monsieur A, réconfortant – Taisez-vous donc ! Vous n’allez pas nous… ?
Madame B, riant franchement – Non ! Non ! Je n’irai pas jusque-là !
Un temps très long. Ils se regardent l’un l’autre en souriant.
Finalement, la vision du mariage au travers de ces différents textes est-elle vraiment différente ?
Beaumarchais (1732-1799), Le Mariage de Figaro (178)
Deuxième pièce d’une trilogie composée en outre du Barbier de Séville et de La mère coupable, il s’agit de la meilleure selon un lecteur.
Écrite en 1778, elle ne sera jouée à la Comédie Française qu’en 1784, après plusieurs années de censure.
L’argument premier est le mariage de Figaro et de Suzanne, favorisé par le comte d’Almaviva leur maître. Mais au cours d’une « folle journée » (premier titre envisagé par Beaumarchais), il est entravé par une succession d’obstacles : la volonté de Marcelline de faire valoir ses droits à épouser Figaro, et surtout les véritables motivations du comte qui se détourne de son épouse et tente de séduire Suzanne ou d’acheter ses faveurs ; c’est à ce prix qu’il autorisera son mariage. Au milieu de tout cela, Chérubin, page au seuil de l’adolescence, amoureux de toutes les femmes, vient ajouter le trouble.
C’est un jeu de dupes, une succession étourdissante de rebondissements où les protagonistes plus madrés les uns que les autres vont tomber dans des pièges d’où triompheront les femmes alliées entre elles.
Beaumarchais fait le portrait d’une société libertine où le libéralisme montre ses limites.
Figaro, valet de comédie, incarne le goût de la liberté, l’esprit frondeur, et dénonce hypocrisies et abus de pouvoir.
Le comte qui avait renoncé au « droit de cuissage » lors de son mariage en l’honneur de son épouse, non seulement la néglige mais s’apprête à rétablir ce droit pour abuser de Suzanne. Il reste maître tout puissant des gens qui le servent. Il est irrité du libertinage impétueux du jeune Chérubin au point de l’éloigner de sa maison. Le pouvoir et les droits restent basés sur la naissance.
Il dénonce la situation des femmes qui, lorsqu’elles ne sont pas abusées et abandonnées, ne s’épanouissent pas davantage dans le mariage où l’époux se détourne d’elles en restant jaloux. La plus virulente est Marceline :
« Hommes plus qu’ingrats, qui flétrissez par le mépris les jouets de vos passions, vos victimes ! C’est vous qu’il faut punir des erreurs de notre jeunesse » […] « Dans les rangs même les plus élevés, les femmes n’obtiennent de vous qu’une considération dérisoire ; leurrées de leur respect apparent dans une servitude réelle ; traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes. »
René de Obaldia (né en 1918), Les Bons bourgeois (1980)
René de Obaldia a choisi d’ouvrir sa pièce à la manière de Molière dans les Femmes savantes, une manière de lui rendre hommage et d’exprimer son admiration.
Sa pièce, en deux actes, se déroule pendant les émeutes de Mai 1968. Tandis que la colère gronde dehors, la famille bourgeoise des Basson d’Argueil, bien installée dans son appartement luxueux du XVIe à Paris, s’apprête à marier leur plus jeune fille à un fils de bonne famille, énarque qui plus est.
Les parents, ce sont Benoît et Dorothée. Leurs filles Philomène et Chantal. Cette dernière est amoureuse d’Alexandre, un écologiste, mais ses parents préfèrent la voir en ménage avec Narcisse, un énarque un peu arriviste. Chantal n’a donc aucun soutien, entre des parents qui dédaignent son amoureux et sa sœur qui vient de rejoindre le Mouvement de libération de la femme et qui exècre les hommes.
Obaldia signe ici une pièce résolument moderne, mélangeant les styles et les époques : en effet la forme en alexandrins mêlée à des propos modernes et le langage argotique plein de verve sortent de l’ordinaire. Il s’agit d’une grande comédie satirique qui vise à dénoncer le pédantisme et les excès d’une société pseudo-intellectuelle.
La pièce a été créé en 1672 et est construite selon un schéma habituel chez Molière : deux jeunes gens (ici Henriette et Clitandre) s’aiment et veulent s’épouser mais ils se heurtent à l’opposition des parents qui ont des projets de mariage « arrangés » par intérêt. C’est la peinture sociale et familiale qui fait l’originalité de la pièce.
La famille est divisée en deux clans : les femmes (mère, tante et sœur aînée : addictes à la culture, elles ne jurent que par la philosophie et les sciences qui leur assure l’émancipation et les met en garde contre l’institution du mariage réducteur, mais ce sont des néophytes qui se laissent éblouir et manipuler par de faux intellectuels exhibitionnistes, orgueilleux, pédants, jaloux et sans talent.
Le père, l’oncle, Clitandre, Henriette, et la servante ont des positions plus matérialistes mais très conformistes. Certes l’amour doit présider au mariage et être son lieu d’épanouissement, mais la femme doit y rester à sa place. Ainsi Clitandre affirme :
« Je consens qu’une femme ait des clartés de tout
Mais je ne lui veux point la passion choquante
De se rendre savante, afin d’être savante »
« De son étude, je veux quelle se cache
Et qu’elle ait du savoir sans vouloir qu’on se sache »
C’est à l’opposition d’une sœur mère de fort caractère qu’Henriette se heurte car elle tient à lui faire épouser le « poète » Trissotin qu’elle vénère, espérant éveiller sa fille aux subtilités de la culture. Le soutien de son père paraît d’abord fort dérisoire, tant cet homme est prêt à toutes les concessions pour sauver la paix de son ménage. Pour le pousser au triomphe de la virilité et de l’autorité du père (« vous résoudre une fois à vouloir être un homme »), il faudra la pression de son frère et son stratagème qui mettra en lumière la vénalité de Trissotin. Le suspense est maintenu jusqu’au bout.
C’est par la verve, la capacité satirique de Molière à créer des situations où s’exacerbent les caractères des personnages. Il se plaît ainsi à construire des scènes parallèles très comiques pour l’arrivée de Trissotin et de Valdius où la prolifération des louanges les empêche de produire leur texte qui s’avère d’une totale platitude. Le ridicule culmine dans la dispute entre les deux « savants ».
Le traitement du clan des « savantes » est tellement caricatural qu’on se réjouit du triomphe du conformisme.
Lire la pièce de Molière permet d’entrer plus finement dans ses trouvailles de langage, les ruptures, les subtilités de constructions du texte.
Ce roman, publié en 1906, nous permet de découvrir la vie de trois jeunes femmes de la haute société, dans leur harem, (une partie de la maison réservée aux femmes d’où elles ne peuvent être vues de l’extérieur en attendant d’être mariées.
Il s’agit du dixième de ses romans et le troisième de sa trilogie turque.
Bien que Loti ait revendiqué ce texte comme étant purement fictif, il est inspiré de faits réels. Celle qui a imaginé cette mystification est Hortense Marie Héliard, dite Marie Léra, journaliste et féministe française dont nous republions ici le récit de cette supercherie. Récit, signé sous un de ses pseudonymes : Marc Hélys, paru dans Le Figaro dix ans après la mort de Loti.Continuer la lecture de « lu en décembre 2019: Turquie / Pierre LOTI, Les Désenchantées (1906) »
Le lecteur brosse une biographie rapide, biographie que l’auteur lui-même s’est plus à maintenir le flou, offrant plusieurs versions.
Il est né à Vilnius en 1914 et après diverses pérégrinations et le départ du père, il s’installe avec sa mère à Varsovie en 1926 avant une émigration pour la France en 1928. Mina veut pour son fils une éducation française. Elle le porte aux nues et vise pour lui à un avenir dans la diplomatie ou les arts.
Il est naturalisé en 1935 et entre trois ans plus tard dans une école militaire d’aviation, mais sa carrière d’officier semble avoir été freinée par sa naturalisation trop fraîche.
Modiano nous entraîné dans une nouvelle enquête labyrinthique dans la brume de souvenirs et d’informations incertains et une errance dans Paris, Annecy et Rome.
Le narrateur Jean Eyben a travaillé un temps pour une agence de détective où il avait été chargé de retrouver la trace de Noëlle Lefebvre qui a disparu dans le XVème arrondissement. Il glane de maigres renseignements, trouve un agenda mais l’enquête est sans issue. Il quitte l’agence en volant le dossier, qu’il ouvre de temps en temps sur de longues années. Il reprend les informations sous de nouveaux angles, cherche dans les « blancs », sans fil préconçu et il écrit, dans l’espoir que de ses mots surgisse une vérité sur l’histoire de Noëlle et sur la sienne propre, car il présume un lien entre elles.
Une rupture intervient dans les trois derniers chapitres. Le narrateur a changé ; c’est maintenant une femme qui va permettre au lecteur de prendre un peu d’avance sur jean Eyben.