FIN DU FEUILLETON
Le Café de la Place est un café très fréquenté. Ça rentre et ça sort en permanence.
Un café au bar, un petit blanc consommé en vitesse. Quelques-uns s’attardent, d’autres s’y croisent ou s’y retrouvent régulièrement. Ils sont presque des habitués. David, un journalise fait partie de ceux-là, au point que personne ne lui prête attention. Il se confond avec les murs, ce qui lui est bien utile pour sa profession. C’est ainsi qu’il a assisté aux échanges et aux élucubrations autour de Zaza le clown. Il connait bien Bastien, son compère André et même toute la troupe du cirque. Et lui sait exactement ce qui s’est passé la nuit, à la résidence au Long Cours.
La mésentente du clown avec son patron ne date pas d’hier. Le cirque périclite et Zaza a proposé de changer les dates de tournée, d’aller dans des villes plus importantes et d’y passer l’hiver. Mais Fiorino a toujours dit non Ils ne sont d’accord sur rien sauf sur une appréciation commune sur la plastique de la trapéziste, ce qui a encore envenimé les choses. Une autre chose qu’ignorent Griffoul et les autres, c’est que le propriétaire du cirque est très endetté. Les banques ne veulent plus lui accorder de crédit. Pour payer ses employés, il a emprunté une grosse somme d’argent à Zaza. Un soir où il s’est rendu compte que son affaire était au bord du gouffre, il a même été tenté de trucider le clown pour supprimer dette et prêteur. Mais il n’est pas passé à l’acte. C’est David qui les a séparés in-extremis.
Une nuit donc, celle de la dispute, Zaza désespéré, ne voulant pas revenir au cirque, errait en ville avec son chien, un peu éméché et il rencontra André sur le trottoir, en face du café. Sans trop réfléchir à la suite, le fils Del Santo le ramena chez lui. Tout le monde était couché ; pour le moment, tout allait bien mais ensuite ? Il ne voyait pas bien ses parents et sa sœur accueillir à bras ouverts le saltimbanque dans leur appartement qui pouvait déjà à peine les contenir. Il décida d’aller trouver Victor. Cet insomniaque notoire l’avait déjà sorti plusieurs fois de mauvais pas. Aussitôt, ils descendirent et le trouvèrent qui s’apprêtait à sortir. André lui résuma brièvement la situation.
Victor se révéla l’homme de la situation en proposant un endroit pour dormir, la réserve attenante à l’appartement vide du 1er étage. Pas bien difficile de fracturer le cadenas qui en bloque l’accès. Victor accueillait parfois des copains sdf et deux matelas furent promptement trouvés et acheminés vers l’étage. C’est à ce moment-là que Xavier Coste surgit dans le hall et gagna l’étage ; Que faire ? Comment expliquer leur étrange chargement et la présence d’un clown encore en habit de scène avec son chien. Heureusement, ce dernier n’aboyait pratiquement jamais, habitué à côtoyer des inconnus en permanence. Ils déposèrent rapidement les matelas et redescendirent pour intercepter Xavier. Ils l’invitèrent interloqué, à venir vider un verre chez Victor ce qui leur donnerait du temps pour résumer la situation. C’est ainsi qu’un mini-Comité d’aide se forma dans la résidence au Long Cours pour venir en aide à Zaza, à l’insu des autres habitants ou presque car cela provoqua bien, vous vous en doutez un peu de bruit. Zaza n’avait pu se résoudre à abandonner sa petite malle où il avait toujours entreposé costumes et matériel. Dans sa fuite, il l’avait laissée dans une cabane du jardin public mais il avait ensuite voulu la récupérer et la déposer dans le placard du 1er étage. Il l’avait bien dit à ses copains, il pouvait renoncer à tout mais pas à sa malle. Elle faisait partie de lui. Les autres cédèrent mais une autre question se posa bientôt. Quelle serait la suite des événements ?
C’est là qu’André fit appel à Bastien et à David. Il fallait bien s’occuper du chien et de son maître, pendant la journée et nourrir les deux fuyards. Ils ne pouvaient rester enfermer dans leur placard. Toutes les bonnes volontés furent mobilisées. Le café de la place préparait quelques assiettes de charcuterie, ou parfois un plat du jour proposés aux clients habituels. Bastien pouvait donc sans trop attirer l’attention puiser un peu dans les réserves. Il avait toujours été fasciné par l’univers du cirque et soir où le jeune homme avait assisté au spectacle, il avait sympathisé avec Zaza à la fin du spectacle et il n’était que trop heureux de lui rendre service.
Il était un peu déçu que celui-ci ait quitté le cirque car il avait envisagé de suivre la troupe lorsqu’elle quitterait la ville. Il se voyait déjà non pas en haut de l’affiche mais dans sa caravane, et voyageant de ville en ville. Le clown lui a bien proposé de devenir son élève, en remerciements de son aide mais il n’y croit plus guère. Un rêve de gamin vite escamoté…
Les jours passent et l’ambiance dans l’immeuble commence à être tendue. Certains parlent même d’alerter la police. Comment sortir de cette situation ? Il leur semble qu’il faudrait trouver une personne diplomate pour parlementer avec Fiorino et savoir s’il accepterait le retour de Zaza. Après avoir passé en revue tous les habitants de l’immeuble, ils tombent d’accord pour demander l’aide des Médéric. Ce sont des gens qui savent manier les mots, connaissent les lois et vont en imposer au propriétaire du cirque.
Le jour suivant, dès 10 H, Xavier Coste monte au dernier étage. Il a de la chance ; Virginie et Pierre sont encore chez eux et surpris de découvrir à leur porte ce voisin qu’ils connaissent si peu. Xavier résume rapidement la situation et les Médéric flattés du rôle qu’ils pourraient jouer et ravis de mettre un peu de piment dans leur vie, acceptent de se déplacer jusqu’à Mont de Marsan pour parlementer. Ils vont partir en début d’après-midi, verront Fiorino dès ce soir et les tiendront au courant du résultat des tractations. Si cela échoue, il faudra envisager de mettre tout l’immeuble dans la confidence, sans trop pouvoir en mesurer les conséquences : solidarité, indifférence, dénonciation ?
Ainsi fut fait. Fiorino plus convaincu par l’annulation partielle de sa dette auprès de Zaza que par les autres arguments des Médéric, accepta assez facilement le retour de Zaza. En réalité, deux autres clowns avaient fait de courts séjours catastrophiques parmi la troupe. Ils avaient même été hués par le public.
Zaza, son chien et Bastien qui avaient convaincu ses parents de le laisser partir pour une année sabbatique, rejoignirent le cirque à Perpignan et la résidence au Long Cours retrouva son calme mais tout y était changé.
Cette aventure avait tissé des liens entre les étages et Maria n’avait plus besoin de trouver des occasions pour réunir les résidents. Cela se faisait spontanément au moindre événement familial.

