Éric Vuillard, La Guerre des pauvres (2018)
Ecrivain et cinéaste né en 1968 à Lyon, Eric Vuillard est notamment l’auteur chez Actes Sud de Tristesse de la terre (2014, prix Joseph-Kessel) et de L’ordre du jour (2017), qui lui a valu le prix Goncourt.
Les exaspérés sont ainsi, ils jaillissent un beau jour de la tête des peuples
comme les fantômes sortent des murs.
É. V.
La « Guerre des pauvres » débute avec une pendaison, celle d’un père, son fils Thomas Müntzer n’oubliera jamais cette image gravée dans sa mémoire. Cet évènement est lié à la réforme luthérienne qui provoque des troubles en Allemagne,
Né en 1489 à Stolberg en Allemagne du Sud, dans les montagnes du Hartz, Thomas Müntzer deviendra pasteur en 1520. Il écrit le « Manifeste de Prague » en 1521. Un brûlot où il s’adresse à tous ceux qui, habitué à courber l’échine, ne voit même plus le ciel et son Créateur. Son discours est profondément révolutionnaire. Il conduira une révolte à l’été 1524, les paysans, les plus humbles se joignent à lui mais il est vaincu à la bataille de Frankenhauser le 15 mai 1525. Les représailles des puissants contre les paysans sont terribles. Capturé, Müntzer est emprisonné, torturé avant d’être décapité à Mülhausen le 27 mai 1525.
Un lien est établi entre la Réforme et la révolte de l’époque.
Ce conte historique, au style rageur et tendu, ne comporte que 68 pages. Il a été écrit sous la forme de pamphlet, appelant à la vindicte populaire, ce qui n’est pas sans faire écho à notre actualité.
Le langage et la littérature y sont désignés comme outils de la mutinerie.
Quelques passages sur l’imprimerie sont remarquables :
«une pâte brûlante avait coulé, elle avait coulé depuis Mayence sur tout le reste de l’Europe; et chaque lettre, chaque morceau d’idée, chaque signe de ponctuation s’était retrouvé pris dans un bout de métal. Les mains en avaient choisi un et encore un et on avait composé des mots, des lignes, des pages. On les avait mouillées d’encre et une force prodigieuse avait appuyé lentement les lettres sur le papier. On avait refait ça des dizaines et des dizaines de fois, avant de plier les feuilles en quatre, en huit, en seize. Elles avaient été mises les unes à la suite des autres, collées ensemble, cousues, enveloppées dans du cuir. Ça avait fait un livre. La Bible. «
La découverte de l’imprimerie entraîne l’apparition de prédicateurs comme la figure centrale de Thomas Müntzer, et derrière eux le réveil des populations qui se transforme en guerre des pauvres. E V rendre justice aux oubliés des livres d’histoire.

