Nazim HIKMET, C’est un dur métier que l’exil (1957)
Le moins qu’on puisse dire, c’est que le poète Nazim Hikmet a eu une vie mouvementée. Il est né en 1902 à Salonique d’une famille très cultivée et francophile. Il fait ses études à Istanbul et dès la fin de la guerre s’engage auprès de Mustapha Kemal. Il écrit de la poésie dès son adolescence et est rapidement reconnu comme un grand poète. Très engagé il passe de longues années en prison ou en exil. Il est déchu de sa nationalité qu’il retrouvera à titre posthume en 2009.
Sa poésie s’oppose à la poésie classique turque, la poésie du Diwan que pratiquait son beau-père honni. Il se rapproche de la tradition populaire orale transmise par des poètes troubadours et qui est inspirée du soufisme.
Cette anthologie a été traduite par le poète P. Dobynski avec qui il avait travaillé l’adaptation de ses textes. Il écrit en vers libres et rigoureux, en escalier (dans la lignée de Maïakovski et de futuristes dont il partage la conception poétique et l’engagement.) Il rejoint la tradition persane dans l’écriture de rubaïs, courts poèmes philosophiques en 4 vers comme celui-ci :
Ruches emplies de miel
Tes yeux, je dis pleins de soleil
Tes yeux, ma bien aimée se rempliront de terre
Et le miel emplira d’autres ruches
Il écrit aussi des grands poèmes épiques
Sa poésie part souvent d’un évènement spécifique ou personnel qu’il élargit vers l’universel et dans lesquels il évoque le drame du monde.
« Sa mère
m’a donné un fils
Un garçon blond dépourvu de sourcils
Une boule de lumière
enfouie
dans des langes bleus,
Qui ne pèse que trois kilos.
Quand mon fils est né
Des enfants sont nés en Corée
Ils étaient pareils à des tournesols
Mac Arthur les a fauchés
Ils sont partis sans être rassasiés
du lait maternel… »
Ses textes sont humains, chaleureux et traduisent le goût de la vie.
Certains parmi vous, qui ont entendu chanter Lavilliers, connaissent un poème de Nazim Hikmet :
« Comme le scorpion mon frère
Tu es comme le scorpion
dans une nuit d’épouvante .
Tu es comme le moineau mon frère
Tu es comme le moineau
dans ses menues inquiétudes.[…] »

