Jeu d’écriture par temps de confinement 27 Fable

18 04 2020

Jeu d’écriture par temps de confinement 27 fable

Vous allez écrire une fable en vers ou en prose selon votre humeur, qui met en scène deux noms de hasard (piqués dans le dictionnaire), qui ne sont ni des animaux ni des hommes mais qui sont doués de parole . Comme toutes les fables elle se terminera par une morale  de votre invention:

voici les titres proposés :

le fauteuil et la cacophonie

le goémon et l’astéroïde

le drame et le chocolat

la marée et le polaroid

L’horloge et le fusil


Le drame et le chocolat

Un petit carré brun, au goût intense et rond

En grand consolateur de tous les petits drames

Venait fondre souvent sous la langue des dames

Qui n’avaient d’autre issue qu’un instant d’abandon

Or le petit carré était beaucoup trop bon

Et pour mieux apaiser les angoisses des femmes

Les sauver par l’oubli d’un mari polygame

Il fallait déguster la plaquette en trois bonds

Mais c’était sans compter la lente infiltration

De cette cellulite apparue près des hanches

Et le ventre boudin qui prenait sa revanche

Comment de son mari attiser l’attention ?

Tout bien considéré, où était le bon choix ?

Délice d’un plaisir au palais, sans alarme,

Fondre d’un chocolat ce n’était pas un drame

Vaincre l’homme volage avait-il plus de poids ?

La sagesse un matin vint éclairer l’épouse

Qui comprit que jamais ne la délaisserait

Le chocolat subtil qui savait l’apaiser

Quand déjà son mari courait vers l’andalouse

Il fomentait encore un mensonge de plus

Elle se dit c’est trop, j’en ai bien assez vu

Peu importe mes formes, je ne sais pas mentir

Mais le chocolat, lui, sans tant de repentir

Me cajole bien mieux que l’homme confondu

Qui s’excuse toujours sans rime ni raison

Et va demain encore encorner ma maison

Moralité :

Vous qui cherchez à fondre de tendre volupté

Sachez qu’un chocolat coûte bien moins de drames

Qu’un Don Juan ravi à tant d’autres aimées !

SD

 

Amour et Ennui.

Au grès du vent et de la chaleur

Se tenait, lasse, cette langueur sans pudeur.

Elle craignait la vie et son bonheur.

Elle craignait la vie et sa rancœur.

On l’appelait Amour.

Elle dansait et virevoltait sans jamais s’accrocher,

Et retenait en elle une immense détresse.

La nostalgie de l’ivresse.

Amour aimait fort et sans secret un sentiment si laid,

Dont elle ne parvenait pas à se détacher.

Elle l’appelait Ennui.

Il la rejoignait le jour et la nuit.

Elle rêvait du jour où elle connaîtrait l’amour.

L’amour d’un nouveau jour.

Elle ouvrit les yeux dans une chaleur réconfortante

De ce crépuscule, qui, lui tendait une main aimante.

Quand son âme était fatiguée, elle refermait la barrière

Et regardait derrière.

Elle ne vit rien d’autre que l’Ennui.

 

Elle prit cette main chaleureuse.

Amour était bien, Amour était heureuse.

Plus jamais seule lui révéla sa conscience.

Cette main s’appelait Confiance.

RT

La marée et le polaroid

la marée en a marre

c’est là son moindre Defoe

c’est qu’elle est photogénique

et non moins marémotrice

il paraîtrait

qu’un appareil s’est jeté à la mer

un polaroid

comment pareil affront

mais il ne marcherait plus

et c’est là que la marée chaussée

s’en mêle

ça devient un polar

ya pas photo

ça la fait marrer

doucement

moralité

il faut savoir se jeter à l’eau

MS

Le fauteuil et la cacophonie

Samedi 18 avril/19 H 59

Dans le salon, près de la porte-fenêtre, le fauteuil s’interroge ; depuis quelques jours, il entend un nouveau mot prononcé par tous et tout le monde : CONFINEMENT.

Il s’interroge : qu’est-ce donc ?

Con et finement, c’est curieux, cette association de syllabes.

Cela le laisse songeur.

Il est brusquement sorti de ses pensées par des flots de musique

Ou plutôt des sons d’instruments qui essaient de jouer en même temps,

sans y parvenir tout à fait.  Il est 20 H. Tous les occupants de l’appartement s’agitent en tapant dans leurs mains. C’est l’heure de la visite de CACOPHONIE.

Il l’aime bien même si elle est un peu bruyante. En fin de journée, elle est distrayante. Il essaie de rivaliser avec elle en faisant grincer ses vieux ressorts mais personne n’y  prête attention. Alors il se met à la détester et il se dit :

Elle est arrivée en même temps que confinement

Elle disparaîtra sans doute en même temps que lui.

En toute chose, il faut savoir considérer la FIN, l’attendre et l’apprécier.

D Dou

le drame et le chocolat

On ne dira jamais assez

 L’importance de l’apprêt

Elle s’était promis de faire attention,

De ne pas laisser libre cours à sa passion,

Aussi en passant devant la vitrine

Elle détourna les yeux de façon chagrine.

Mais l’appel des papilles emporta tout

Elle qui de ses rondeurs n’en venait à bout,

Ayant depuis longtemps renoncé au chocolat,

Fut à nouveau happée par ce cruel achat.

Elle commanda des plaques entières

En ne s’arrêtant pas à la première.

Elle avala tous les goûts les plus raffinés

A la noisette,au rhum,et au praliné.

Ne voyant pas sa taille s’épaissir

Et ses joues comme un ballon rebondir.

Hélas!Ce qui devait arriver arriva,

Les bras de son amant trop courts pour l’enlacer

La quittèrent pour une nymphe éthérée…

C’était au temps ou la minceur dictait sa loi,

Ou le trop-plein de chair n’avait aucun droit,

Et quoique les doux replis soient un asile,

Ils s’inclinent devant une beauté gracile.

BH

Le drame et le chocolat

 

Le drame, quand il éclate,

Ne nous dit pas jusqu’à quelle date.

Il arrive insidieusement,

Dans le but de bousiller la vie des gens.

 

Le chocolat, et c’est tout à son honneur,

Intervient pour leur apporter un peu de bonheur.

Présent dans de nombreux gâteaux, glaces ou crèmes,

Son goût nous procure la sensation du plaisir et c’est pour ça qu’on l’aime.

 

Le drame, pas content de cela,

Fait en sorte que les gens perdent leur appétit.

Mais c’est sous-estimer le pouvoir du Nutella,

Adoré par les plus grands comme par les plus petits.

 

Le drame a vite fait de s’en aller, amoindri ;

Mais attention, le bonheur retrouvé grâce au chocolat a une conséquence : les calories !

LD

LE FAUTEUIL ET LA CACOPHONIE (Fable)

Dame Cacophonie s’éclatait à longueur de journée

S’étalant sur tous les réseaux sociaux et la télé

Mr Fauteuil se sentait épuisé car trop sollicité

Par des gens confinés qui soudain l’appréciaient.

– Arrête de te plaindre Fauteuil, te voilà comblé

Réjouis-toi d’être enfin utile à la société

-Non, mais, Cacophonie tu me casses les pieds

D’ailleurs je ne vais pas tarder à m’effondrer

Tous ces gens qui t’écoutent c’est sur moi qu’ils se vautrent

Cesse tes conneries, elles me saoulent et ils s’en moquent

Je voudrais qu’ils puissent sortir, ils me laisseraient tranquille !

Mais non, toi tu insistes, tu persistes avec tes débats stériles

Ils ne savent même plus où est la vérité

Baisse un peu le son et fous-leur la paix

Ils ont envie de s’éclater et moi je pourrais me reposer

-mais pour qui te prends-tu vieux fauteuil croulant

Crois tu que c’est assis qu’on fait la révolution !

– Et toi Cacophonie ! Tes propos déroutants

N’arrêtent pas de semer la confusion

Alors tais-toi, fin de la discussion.

Morale

Quand Tout le monde parle en même temps,

On ne peut rien comprendre

Et c’est ainsi qu’en France

En masse, on fabrique des fainéants.

SM

L’ ardoise et le chewing-gum

Dame Ardoise sur un toit perchée,

Prenait sa douche en la fin de l’été ;

Une pluie torrentielle la fit se détacher

Et elle tomba en pleurs au bord de la chaussée !

Camarade chewing-gum sur le bitume allongé

Reçut sur son corps la dame toute brisée :

« Voyez-vous chère Madame, s’exclama l’écrasé

Ce n’est pas la peine d’atteindre les sommets

Pour finir à la casse avec tous les paumés

Salut princesse ! Bienvenue sur le pavé

Mais contrairement à vous, je suis encore entier

Mastiqué j’ai été par tous les râteliers

Mais je m’en suis sorti, j’ai horreur des palais

Je préfère la rue et l’odeur de l’asphalte.

Jadis, à l’école, j’aurais pu être collé à vous

Nous aurions pu alors partager nos vieux jours

Mais vous avez choisi de monter sur le faîte

Dédaignant ceux qui vivent au ras des pâquerettes

Aujourd’hui chère madame admettez la défaite

Je garde ma souplesse et vous n’êtes que miettes »

Morale

Le monde est plein de gens qui veulent grimper en haut

Sans se soucier de ceux qui vivent sur le trottoir

Mais un simple faux-pas, une tempête de trop

Et voilà qu’ils retombent et brisent leurs espoirs.

SM

Le goémon et l’astéroïde

Un fragment de goémon était prisonnier

De la flaque creusée par un drôle de caillou

D’un noir profond quand les autres étaient roux

Et d’une curiosité épuisante

Quelle est cette matière insaisissable et froide ?

Est-il niais ?

La mer, de l’eau salée, les trois quart de la Terre

Et toi petite lame souple et changeant de couleur

selon l’heure du jour et selon la lumière

Qui ne semble connaître aucune pesanteur

Qui est -tu ?

Je suis le goémon, une algue vénérable

Aux ancêtres lointains

Arrachée à mon pied au fond des océans

Je vogue au gré des vents des flots et des marées

Beaucoup plus vieux que toi, je suis

Mais notre histoire est la même

Moi, modeste caillou

Je descends des étoiles

arraché à un astéroïde entre Mars et Jupiter

Pourquoi tomber ici ?

La vitesse, le temps, l’épreuve du feu, l’attraction de la Terre

Moi je n’ai rien choisi

Moralité

D’où qu’on vienne la vie

Dépend largement du hasard

et de la nécessité

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