Ecrit en juin 2024, jeu 2, la vérité au fond du sac

Jeu 2 : la vérité sort du sac

en séance, chacun sort au hasard un objet de son sac. On en fait la liste :

un mètre, des cachous Lajaunie, du baume à lèvres, des sur-lunettes de soleil, une lampe torche, une gourde panthère

cet ensemble donne les clés d’une énigme  au choix :

– Qui a tué la vieille dame?

– Qu-y aura-t-il à manger ce soir ?

– Madame X. a une double vie

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Claudine a tout essayé, mais son problème persiste encore…

Elle a commencé par s’appliquer du baume à lèvres. Elle a choisi celui à la fraise, l’un des plus odorants. Cela n’a pas marché.

Elle s’est ensuite procuré des cachous Lajaunie sur Internet, elle avait vu cette vieille pub sensuelle des années 80. Si cela marche sur une aussi jolie femme, pourquoi pas sur une aussi moche qu’elle ? Bah non. Finalement, après essai, ça ne doit fonctionner que sur les canons…

Par la suite, Claudine a acheté un mètre qu’elle a accroché à sa boucle de ceinture, et qu’elle a tendu sur une longueur de 1m devant elle. Distance de sécurité avec autrui, comme à l’époque du Covid ! Mais pas pour les microbes, pour ses propres cellules buccales odorantes. Ainsi son interlocuteur évite de trop s’approcher d’elle et ne peut soupçonner son problème. Comme elle avait quand même l’air idiot à se promener de la sorte avec son mètre tendu devant elle, elle s’est acheté des sur-lunettes de soleil. Malin, pas de risque d’être démasquée ! Et pour ne pas que les gens la regardent trop, elle arbore désormais une gourde panthère à la main. Elle se persuade que tout le monde se focalise sur cet objet sauvage et non pas sur elle. Afin d’entretenir encore le mystère sur sa personne, et de passer pour une femme sexy (ce qu’elle n’est absolument pas, mais chut). Manque de bol, tout le monde la reconnaît et se moque d’elle : de sa gourde vulgaire, de ses sur-lunettes de soleil les jours de pluie, de son mètre vissé ridiculement à sa ceinture. Les gens ont eu tôt fait de découvrir le pot-aux-roses : Claudine sent mauvais de la bouche ! Elle ignore ce qui les fait le plus rire : son problème d’haleine, ou bien tous ses stratagèmes pour camoufler celui-ci ?

Désormais, Claudine fuit toute interaction humaine et se promène la nuit, munie d’une lampe torche. Sachant qu’elle ne peut plus rien manger sans que son haleine fétide ne revienne au galop, une énigme se pose. Qu’y aura-t-il à manger ce soir ?

L.D.

En cette fin de journée très ordinaire, Madame X, concierge de son état, regarde à travers la fenêtre de sa salle à manger l’agitation de la rue.

Elle aperçoit au loin, se rapprochant à petits pas, Monsieur Armand, le locataire du 3ème, qui ne lui adresse jamais la parole. Son amie Madeleine pousse la porte d’entrée et va bientôt sonner chez elle mais aujourd’hui Madame X ne lui ouvrira pas. Elle est trop occupée, une mission très importante l’attend.

Elle sort en catimini, s’introduit sans bruit dans la rue et accélère le pas.

Où va-t-elle donc à cette heure-ci de la journée ? C’est inhabituel. Il est 18 h et la clarté du jour décline. Etrange ! Elle a des sur-lunettes de soleil sur le nez et il n’y a pas de soleil. Elle tient dans sa main droite une lampe torche et une gourde panthère dans l’autre. Un mètre dépasse de la poche de sa veste.

Elle emprunte la rue principale puis tourne à droite en direction du quartier nord de la ville. Elle dévale une rue en pente, ralentit et s’arrête devant l’entrée d’une maison délabrée. Elle regarde à droite puis à gauche, s’assure qu’elle n’est pas suivie, sort son baume à lèvres rouge écarlate qu’elle applique avec insistance sur ses lèvres fines et frappe trois coups secs à la porte qui s’ouvre brutalement.

Un jeune homme grand, brun, les cheveux en bataille, vêtu d’un jean déchiré et d’un tee-shirt trop grand pour lui, la regarde interloqué et lui dit d’entrer. Il suce des cachous Lajaunie qui forment des traits brunâtres aux coins de ses lèvres. Madame X comprit, en le voyant, qu’elle ne pourrait pas le sauver mais elle l’aiderait néanmoins à s’enfuir. Elle lui donna ses sur-lunettes de soleil, sa lampe torche, son mètre et sa gourde panthère. Ces objets lui seront utiles pensa-t-elle. Elle mit dans un sac quelques provisions, de quoi tenir deux jours et le poussa vers l’extérieur. Elle lui recommanda de se cacher le jour et de marcher la nuit, droit devant lui jusqu’à la frontière. Elle s’était jurée de faire tout son possible pour aider Ibrahim, le livreur de journaux, à s’enfuir car il était recherché par la police et ses jours étaient comptés.

D.L

Madame X regagne son appartement parisien et range les vêtements qu’elle a sortis de sa valise. Ensuite, elle fait prestement disparaître au fond du tiroir de sa coiffeuse son étui à lunettes. Elle gagne ensuite la cuisine pour boire un verre d’eau et échange quelques phrases banales avec son mari. Celui-ci la trouve bien bronzée pour un retour de week-end de travail à Strasbourg. Suspicieux, il se glisse donc dans la chambre et fouille le sac de sa femme. Il y découvre la gourde sur laquelle sont encore collés quelques grains de sable. Plus aucun doute : voilà la preuve de sa traîtrise. Sa femme lui a menti. Elle a passé les derniers jours au bord de la mer, certainement pas seule. Avec qui ? Il doit encore mener l’enquête mais il a déjà sa petite idée.

D.Dou

Qu’y aura-t-il à manger, ce soir ?

– en entrée avec des cachous Lajaunie en salade.

– en plat principal, des cachous Lajaunie fricassés avec purée

– en dessert des cachous Lajaunie sucrés avec de la Chantilly

Le tout à satiété et après, vite une lampe torche pour courir au cagadou au fond du jardin

S.R.

Madame X était une conseillère d’éducation très redoutée. Personne n’aurait songé à l’appeler Axelle ; on disait toujours Madame. Toujours vêtue du même tailleur strict, elle avait un petit chignon serré sur la nuque, l’œil souligné d’un long trait noir appuyé derrière de grandes lunettes d’écaille, les lèvres minces humidifiées par un baume brillant, la parole sèche , aussi rare que son sourire. Son haleine était parfumée des effluves des cachous Lajaunie qu’elle portait sans cesse, nerveusement à sa bouche. Les élèves l’avaient surnommée « La vioque » bien qu’elle soit très jeune.

Un jour, pendant que Madame discutait dans le bureau du proviseur de comportement de Noémie B. la jeune fille inspecta sa vergogne le sac de la conseillère, ouvert sur le bureau. Elle y vit, bien sûr, le baume et les cachous , mais fut surprise d’y repérer un mètre, un étui de sur-lunettes de soleil, une lampe torche et une gourde panthère qui collaient mal avec l’idée qu’elle se faisait du personnage. Cette découverte fit l’objet d’un colloque avec les copines de la bande et de la décision d’une enquête en bonne et due forme.

Tour à tour, les élèves la pistaient après la fermeture du lycée où elle était logée. Elle semblait ne jamais en sortir jusqu’au soir de pleine lune où Noémie la surprit. C’est le parfum de réglisse qui l’alerta au moment où passait à vive allure devant elle une silhouette fluide équipée d’un sac à dos léger, toute vêtue de noir. Une longue chevelure noire voltigeant librement autour d’un visage caché par des sur-lunettes de soleil.

Elle faillit la laisser filer. Elle fallait pratiquement courir pour la suivre vers le quartier des anciennes usines désaffectées en direction desquelles la vioque se dirigeait. Elle rejoignit deux autres silhouettes noires , le bonnet bien enfoncé sur la tête.

Bientôt, elle les vit grimper avec une agilité extraordinaire pour atteindre la verrière cassée de l’ancienne forge. Noémie resta prudemment dehors et suivit leur progression à travers un entrebâillement de planches disloquées. Ils déambulaient entre les vieilles machines rouillées monstrueuses. Toujours méthodique, avec son mètre, la vioque, ponctuait le sol de marques phosphorescentes, en guise de fil d’Ariane. Noémie les perdit de vue mais le faisceau de la lampe torche qui projetait sur les murs des ombres gigantesques effrayantes lui permettait de suivre leur itinéraire. Elle était fascinée lorsqu’ils émergèrent d’une autre issue. Elle n’eut que le temps de se dissimuler derrière un énorme chaudron abandonné. Madame était rayonnante, méconnaissable. Elle sortir de son sac la gourde panthère et en partagea le contenu. Chacun partit de son côté, fantomatiquement, sans un mot.

Quand Noémie raconterait à ses copines que la vioque était adepte de l’Urbex, qui voudrait la croire ?

D.Dor

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