Lu en Mars 2022 , Migrations, Soleil amer, Lilia Hassaine

Soleil amer (2021), Lilia Hassaine

La romancière a emprunté ce titre à Rimbaud. Naja quitte l’Algérie au début des années 60, avec ses trois enfants, pleine d’espoir d’une vie meilleure, pour rejoindre son mari, ouvrier dans l’industrie automobile. Mais il est devenu violent et elle ne le reconnait pas. Confrontée à des conditions de vie difficile, elle est obligée de confier l’un de ses jumeaux à la famille du frère de son mari, qui vit confortablement et ne peut avoir d’enfants. Daniel deviendra officiellement le neveu de sa mère, Ce qui provoquera une immense souffrance chez Naja et sera l’enjeu de rivalités entre les deux familles.

Cette femme écrasée par les traditions et sa condition tente d’élever au mieux ses enfants dans une cité HLM qui se ghettoïse mais elle peine à trouver sa place. Une de ses filles parviendra à renouer avec leur pays et leurs origines.

Ce roman raconte la réalité d’une époque, les désillusions.

« Quitter un pays qu’elles aimaient, suivre un mari qui trimait, perdre leurs enfants un par un, se demander si elles avaient fait le bon choix, être mère c’était ça, accumuler les erreurs, apprendre sans cesse, échouer encore. Les héroïnes, c’était elles. »

Feuilleton 2021 2022: La croisière s’emmure chapitre 8

Chapitre 8

Ratatouille m’avait juré que ce serait le meilleur voyage de ma vie. Le meilleur voyage culinaire, j’entends. Car la place d’un rat d’égout n’est pas sur un bateau de croisière. C’est lui qui a eu l’idée car il en avait marre de m’entendre me plaindre. Me plaindre de la bouffe dégueulasse des rues, de mes congénères rachitiques devenus hyper violents à cause de leurs estomacs vides.

Ratatouille, il prend tout ça avec du recul, car il a connu la misère et puis la notoriété à Paris en tant que chef cuistot. Un rat devenu chef, élément indispensable au sein de l’un des restaurants les plus cotés de la capitale, on croirait à une énorme blague. Mais non. Je crois qu’il restera l’exception qui confirme la règle. Et puis il a tout arrêté, car trop jalousé par les rats des rues, menacé de mort s’il ne livrait pas le secret de ses talents culinaires, et tout ! C’est pour ça qu’il a émigré à Marseille. Il n’a révélé son identité à personne ici, sauf à ses amis les plus proches, dont moi. Il est redevenu un vulgaire rat d’égout, qui trime pour trouver de quoi se nourrir chaque jour. Puis un jour il a eu l’idée des croisières. Je vous explique.

Les bipèdes raffolent de ce genre de voyage. Des jours et des jours enfermés dans un paquebot, avec un tas de trucs « avantageux ». Une piaule de luxe de 12 m² (alors qu’ils crieraient au scandale s’ils vivaient au quotidien dans une boîte à sardines comme celle-là), une salle de bains privative (avec zéro place et zéro fenêtre, je vous dis pas les odeurs), des activités débiles avec plein d’autres bipèdes du bateau, une mini piscine qui pue le chlore à pleine truffe, et de la bouffe. Énormément de bouffe. Et pas de la bouillabaisse de première classe, non, non. Des pieds et paquets d’agneau, de la daube, d’autres trucs épicés Provençaux, mais aussi des truffes du Périgord, du foie gras du Sud-Ouest, des frites du Nord, du fromage de Normandie, de l’aligot, du bœuf bourguignon, des fars bretons, et j’en oublie. Ils se sont pas emmerdés pour la thématique de la croisière : « la France sur les flots du Costa Covidia ». Sans doute que les producteurs de la région PACA préfèrent recevoir les clients à leurs propres tables plutôt que de participer à cette mascarade. Bref. Moi perso c’est ça qui m’a poussé à embarquer : la bouffe luxueuse. Pendant 8 jours, peinard.

Pendant 8 jours j’ai même vu l’Italie et d’autres pays dont je me rappelle pas le nom. Je savais même pas qu’il existait d’autres pays que la France. Qu’il existait une autre ville que Marseille (à part Paris, grâce à ma rencontre avec Ratatouille). Je suis qu’un rat et faut pas m’en demander trop, niveau intellectuel. J’ai aussi rencontré des personnalités bipèdes extravagantes, faut que je vous raconte. J’ai mes préférées, toutes liées à des anecdotes de bouffe, surtout les derniers jours ! Pour vous la faire courte, tous les membres du bateau même les voyageurs mangeaient dans une grande salle de restaurant durant les 8 jours de la croisière. Et évidemment, la plupart ne parvenaient pas à finir leur assiette. Qu’est-ce que j’ai pesté intérieurement contre ces gaspilleurs qui jettent leur pognon par les fenêtres ! Mais en même temps je ne pouvais pas leur en vouloir : leur gaspillage finissait dans ma gueule. Tous les restes d’assiettes étaient en effet jetés dans les poubelles, lesquelles se situaient dans un local spécifique dans lequel j’ai d’ailleurs pris mes quartiers, caché entre des vieux cartons (en fait c’était la seule pièce non luxueuse du paquebot, ça collait parfaitement avec mes origines). Ratatouille ne m’avait pas menti, je me suis régalé ! Je crois que j’ai pris 1 kg…

Continuer la lecture de « Feuilleton 2021 2022: La croisière s’emmure chapitre 8 »

ECRIT EN MARS 2022: jeu 2 Pot, pomme , fenêtre

Jeu 2 : « Pot, pomme , fenêtre »

C’est une activité que nous propose notre professeur de peinture : proposer le plus grand nombre de compositions possibles avec pot/s , pomme/s , fenêtre/s

pour nous , il faut prendre trois mots choisis par le hasard, et les associer dans trois ou cinq petites formes  que vous identifiez: haïku, anagramme, poème oscillatoire, boule de neige tautogramme, liponymie, texte négatif, texte exclamatif, pronostication, lettre officielle, notes en bas de page, recette de cuisine, S+7, homophonies ou contrepets…

Voici les trios qui ont été tirés parmi lesquels vous pouvez choisir :Chemin, chien chemise/ jour ligne homme / nuage, lettre, ciseaux/ musique fleur, partage / soirée livre vie / pecheur, iguane, larme/ chapeau, roses, truffe

CHEMIN/ CHIEN/ CHEMISE


Chemise ouverte,
Cheveux au vent,
Chemin de pierres,
Chien errant

HL

NUAGE/ CISEAUX/ LETTRE

1 :

S+7 NUBILE/ CISTE/ LUCANIE

La belle Lucanie se régale des pommes de ciste dont le parfum enchante Ada, la nubile

Liponymie : sans adjectif

Depuis que j’ai lu ta lettre, elle me brûle les doigts, je vais prendre les ciseaux pour la découper en morceaux et le vent les emportera jusque dans les nuages

M.P.

2

Mais que vois-je ? Pendant qu’avec mes petits ciseaux de couturière, je découpe en confettis la lettre du percepteur, dans le ciel, là-haut, un nuage arrive, il se déforme, se tord et se transforme en un mot « ATTENTION ! » Une menace ? Un avertissement ? Que m’importe le percepteur. Je reprends mes confettis, je les réduis en poussière que, délayée avec du lait, je donne à boire à mon chat qui passait par là ! Mais que vois-je ? Là-haut, le nuage a repris sa forme arrondie de cumulus tranquille. Il me sourit, même. A bien le scruter, je crois deviner qu’il me dit : « Bravo, fuck les impôts »

S.R.

JOUR/ LIGNE/ HOMME

1

Admiration pour l’homme qui pêche à la ligne, tout le jour.

Je suppose que l’homme du jour ou de ces jours-ci, pourrait être Poutine, avec beaucoup de lignes dans les journaux.

Homme, écris au moins une ligne chaque jour.

La ligne « Homme », en matière de mode, ne change pas tous les jours.

Only you = homophonie très approximative

D.Dou

2

Haïkus

A l’orée du jour

Reviens à la ligne

Homme d’un amour

Homme tu seras

Pêcheur à la ligne

Quand poindra le jour

Quand naîtra le jour

Rencontrerai l’homme

Point à la ligne

S.D

Continuer la lecture de « ECRIT EN MARS 2022: jeu 2 Pot, pomme , fenêtre »

Ecrit en Mars 2022 : jeu1, LE MOT CACHE

Jeu 1 Mars :

Le mot caché

Cherchez toutes les expressions possibles à partir d’un même mot :

exemple à partir de « bord » : bord de mer, bord des yeux, bord du précipice, bord supérieur, bord inférieur, bord des larmes ;

Ne retenez que les mots complémentaires.

pour mon exemple : mer, yeux,précipices, supérieur, inférieur, larmes

Incluez les dans un court texte dont vous excluez le mot de départ . Le but serait de pouvoir faire deviner ce mot à travers votre texte qui peut être un poème.

Mots cachés dans le désordre : cœur, mer, fleur, arbre, coup, œuf, main, crise, bouillon

A la barre, il tenta le seul atout qui lui restait pour vaincre ce trafalgar de tempête. Son poing gauche serré maintenant le gréement contre les assauts du vent, il prit le téléphone dans sa main droite, l’oeil rivé sur la proue et sa pointe en bambou zigzaguant dans les immenses creux aspirés par les vagues. Mais aurait-il une connexion?Il aurait voulu boire, s’étendre au calme sous un chaud soleil ou une douce lune d’automne, la tête dans les étoiles, comme la veille lorsque l’océan était un délicieux bain d’huile à peine animé par une tendre brise.

S.D.

Le vieux loup rencontre le lion et le serpent.

Hélas il n’y a rien à boire, juste une laitue et une étoile.

La bouteille est pleine d’huile.

DDou

Onze heures, il travaille sur son ordinateur en écoutant sa chaîne de radio préférée : France culture.
Tout à coup il se sent très faible, a du mal à se mettre debout, se regarde dans le miroir du salon et
s’aperçoit qu’il est tout blanc. Il se souvient qu’il n’a pas mangé depuis la veille et se prépare
immédiatement des légumes en ajoutant ses fruits préférés.

H.L.

Pour le moment ,elle reste slave ,en souhaitant qu’elle ne devienne pas européenne ,dans ce pays aux soubresauts politiques .Que lui a-t-il pris pour développer une telle poussée d’urticaire alliée à un sévère avertissement asthmatique ?Alors que nous combattons déjà la climatique et la sociale?

A moins que ce ne soit avec retardement le désir de revisiter la période adolescente.

B.H.

J’étais une femme du désert, bleue de peau, on m’appelait Salama, je sillonnais l’immensité sableuse avec mon fusil chargé. Il fallait se défendre toujours depuis les temps anciens, oubliés. J’étais jeune et je savais déjà que même avec l’avancée de l’âge, jamais je ne verrai la paix avec les envahisseurs

S.R.

Continuer la lecture de « Ecrit en Mars 2022 : jeu1, LE MOT CACHE »

JEUX D’AVRIL ET DE MAI

A

ATELIER D’ECRITURE – ALT-

SAMEDI 30 Avril 2022 11H

SEANCE OUVERTE A TOUS A LA
MEDIATHEQUE . JEUX EN DIRECT

VENDREDI 6 MAI 2022 20h.15

Séance ordinaire

Centre Culturel Terrasson  20h15

Feuilleton nouveau : La croisière s’emmure

– Il s’agit d’une croisière à thème de 8 jours en Méditerranée : Départ de Marseille sur le Costa Covidia avec escales à Gênes, Civitavecchia (Rome), Palerme (Sicile), La Valette (Malte), Barcelone, débarquement à Marseille. La capitaine est Lucie Azur

– Le thème : développement personnel avec conférences de la Professeure Jeanne Veaulau, initiation à la méditation de pleine conscience et au Yoga par Maître Kim. Le médecin du bord est le Docteur Pissefroid.

Le huitième jour, alors que le port de Marseille est en vue, plusieurs cas de Covid sont signalés à bord et le bateau est mis en quatorzaine.

Faites vivre un des « séquestrés » (croisiériste, membre d’équipage, animateur, ou même animal mascotte présent sur le bateau) à un moment quelconque du confinement.

Rien ne vous empêche de contribuer à plusieurs chapitres, soit avec le même personnage, soit avec un autre, en réaction ou pas avec les chapitres écrits par les autres.

ATTENTION: 6 MAI, DATE LIMITE POUR LES CONTRIBUTIONS !

Jeu 1 10 recommandations

Imaginez dix recommandations à faire à un personnage qui est un cliché de roman ou de cinéma : escroc, voleur, tueur, séducteur, fugitif, voyageur, pirate, etc… (femme ou homme)

Jeu 2 : abondance de forme : le zeugme

Le zeugme consiste à faire dépendre d’un même mot deux termes sans rapport l’un avec l’autre et qui entretiennent avec lui des rapports différents :

exemples : Il était en terrasse avec un café et sans inquiétude

Devenu empereur, Napoléon avait pris de nombreux pays et beaucoup de ventre.

Ecrivez un texte qui comprenne au moins 3 zeugmes.

Jeu n° 3 : correspondance

Ecrire une lettre pour obtenir une faveur, une autorisation impossible. Puisez dans toute la gamme des arguments : sentiments, menace, promesses, réfutation par avance de toutes les oppositions qu’on pourra vous faire

A Lire pour le 15 mars 2022: Emigration et immigration

Thématique : Emigration et immigration

  • Là où vont nos pères, Tan Shaun (2012), BD
  • La commode aux tiroirs de couleurs, Olivia Ruiz (2020)
  • Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka (2012)
  • Autour de ton cou : nouvelles, Ngozi Adichie Chimananda (2012)
  • Soleil amer, Lilia Hassaine (2021)

Lu en Février 2022: La figure du père: Jakuta Alikavazovic, Comme un ciel entre nous

Comme un ciel en nous (2021), Jakuta Alikavazovic

Jakuta Alikavazovic s’est pliée comme de nombreux écrivains à la contrainte de passer une nuit dans un musée et d’en faire un livre.

Pour elle ce musée ne pouvait être que le Louvre qui est un lieu intime de son histoire et de sa relation avec son père. Elle vient y retrouver l’amour de son père, père dont elle s’est un moment, éloignée pour se construire apparemment à contre-pied et qui a disparu aujourd’hui.

Elle s’est installée dans la salle des cariatides et des statues antiques. Elle nous entraîne dans l’étrange mystère de la vie nocturne du musée quand on l’affronte solitaire, soudain tout petit sous le regard des statues. Elle s’accapare des lieux avec une joyeuse liberté fantaisiste et irrévérencieuse qui tient à la relation qu’elle y a nouée avec son père.

Continuer la lecture de « Lu en Février 2022: La figure du père: Jakuta Alikavazovic, Comme un ciel entre nous »

Lu en février 2022, La figure du père :Olivia Benhamou, le premier homme de ma vie

Le premier homme de ma vie (2008), Olivia Benhamou

Olivia Benhamou est journaliste, elle collabore régulièrement à la rédaction de Psychologies magazine. Initialement formée à la philosophie, elle a repris récemment des études de psychologie et se destine à l’exercice de la psychanalyse. Elle est l’auteur du Livre de la tranquillité (Éditions n°1, 1998), de Au bonheur des philosophes (six tomes parus entre 2002 et 2003) et de Avorter aujourd’hui, trente ans après la loi Veil (Mille et Une Nuits, 2005).

Des femmes d’exception évoquent la figure paternelle. Autoportraits en creux ou en ombre chinoise : en brossant le portrait de leurs pères, elles dessinent aussi le leur. Olivia Benhamou s’est entretenue avec onze femmes célèbres ou de père célèbre, qui ont pour points communs leur forte personnalité, leur engagement, leur détermination. Avec ces rencontres, et notamment :

Continuer la lecture de « Lu en février 2022, La figure du père :Olivia Benhamou, le premier homme de ma vie »

Lu en février 2022:la figure du père: Amélie Nothomb, premier sang

Premier sang (2021),Amélie Nothomb

Même à son 32ème roman, Amélie Nothomb ne cesse de nous surprendre par sa plume. Primé par le prix Renaudot 2021, l’autrice nous parle ici de son intimité et plus particulièrement de la vie de son père, père à qui elle a dû dire adieu sans pourvoir aller à ses obsèques durant le confinement de 2020 suite à la pandémie de la Covid-19.

Le narrateur de l’histoire est son père. De son enfance stricte dans un milieu aristocratique à sa prise d’otage au Congo en tant que diplomate ; l’autrice nous révèle uniquement ce qui s’est passé avant sa naissance en s’effaçant du récit le plus naturellement possible.

Il s’agit ici donc pour elle de raconter à la première personne, la jeunesse de son père et le début de sa carrière de diplomate, marquée par une prise d’otages en 1964 à Stanleyville, dans l’ex-Congo belge.

Continuer la lecture de « Lu en février 2022:la figure du père: Amélie Nothomb, premier sang »

Lu en Février 2022: l’image du père: Marc Dugain, La volonté

La volonté (2021), Marc Dugain

Après avoir traité dans ces précédentes œuvres des sujets forts et historiques notamment avec La chambre des officiers (1998) mais aussi Avenue des géants (2012), La volonté semble être le livre le plus personnel de Marc Dugain.

L’auteur y relate l’adieu du narrateur à son père dans une chambre d’hôpital. C’est dans cette atmosphère que le personnage principal se remémore la vie palpitante et mouvementée du mourant. De son enfance en Bretagne où il vaincra la poliomyélite à son exil au Sénégal où il vivra avec sa femme et naîtra son fils Marc Dugain. Sur fond de faits historiques durant la seconde guerre mondiale mais aussi à l’ère coloniale, l’auteur nous dresse un portrait saisissant de l’homme exceptionnel que fut son père grâce à un lien fusionnel avec sa femme et à l’exigence qu’il a porté toute son existence envers lui-même. Une exigence intense et régulière s’inscrivant dans la volonté de prendre une revanche sur sa vie.

Ce récit est autobiographique mais s’insère aussi dans une œuvre de transmission plus particulièrement immatérielle. Cela nous amène à nous interroger sur ce qu’un père peut laisser à son fils ou plus généralement à ses enfants de son vivant mais aussi après sa mort.

Une œuvre sobre et pudique sur la volonté de transmettre un héritage filial et familial.