26 04 2020
Jeu d’écriture par temps de confinement – 35 : Logo-rallye
Dans la phrase proposée , on exclut tous les déterminants, prépositions et conjonctions et ne garde que les autres les mots qui sont en caractères gras. Chaque mot (dans l’ordre où il se trouve dans la phrase originelle) sera utilisé dans une phrase distincte pour construire une courte histoire. Le texte aura uniquement autant de phrases que de mots relevés (10, ici)
La maison resta abandonnée tandis que le vent des grandes pluies sifflait dans les couloirs et tourbillonnait dans les cours (Alvaro Mutis)
La maison était située au sommet de la colline. Emma, ma grand-mère y resta tout le temps qu’a duré la guerre et y mourut en 1950 . Abandonnée depuis tant d’années, elle n’était plus qu’une masure, étouffée sous les ronces et la verdure. Le vent d’autan qui la frappait toujours du même côté lui avait fait un mur de mousse. De grandes failles apparaissaient en haut sous la toiture qui semblait prête à s’effondrer.Les pluies de toutes les saisons passées avaient fait leur œuvre d’infiltration et de lente érosion…C’était pour les oiseaux, un véritable paradis, ici les moineaux piaillaient dans le roncier, là, sur la grosse branche médiane du cèdre bleu, un beau merle sifflait, son bec jaune d’or pointé vers le ciel…Ma maman m’avait beaucoup parlé de cette maison où elle passa son enfance, du couloir au carrelage noir et blanc dont elle aimait tant les lignes et les dessins géométriques en perspective. J’ai voulu essayer d’entrer, malgré le danger, la porte gonflée avait fini par céder, mais déception, au lieu du beau carrelage luisant il n’y avait qu’un voile épais de poussière et un amas de feuilles mortes qui tourbillonnait dans le courant d’air tout à coup plus vif. J’étais saisie par le contraste entre les descriptions de ma maman, lorsque vivait cette grand-mère aux mille savoirs ancillaires et qui connaissait si bien la médecine des simples qu’elle s’était sauvée de la grippe espagnole, et le cours des choses que je voyais aujourd’hui éteintes, abandonnées, réduites à l’état de ruines et proche de totalement disparaître, la mémoire seule en sauvait le passé enfui.
SD
Jamais elle n’aurait pensé appeler maison ces quelques murs, ces poutres anciennes qui soutenaient encore tuiles et chéneaux. Elle resta là à imaginer ce qu’aurait pu être la suite, sans cette échappée au bout du monde, loin de ce qui était devenu une masure.
La vigne vierge l’avait même abandonnée pour se concentrer sur un unique pan de mur. De son côté, le vent peinait à se frayer difficilement un chemin dans les ronces qui avaient envahi la cour. Seules, de belles et grandes tiges de roses trémières se penchaient vers les fenêtres ouvertes.
Les pluies ne semblaient rien avoir changé à ce décor désormais sauvage, immuable.
Pourtant, en s’approchant davantage de la porte, elle sifflait comme avant, comme si, à ce signal, les ombres allaient s’animer. Par les couloirs, mais de quoi parlait-on, le papier-peint s’était effondré. Il tourbillonnait à peine dans l’air doux et précédait la présence ancienne d’une voix qui un jour l’avait pressée, lui intimant l’ordre de s’en aller, sans se retourner.
« Fuis, vite, cours ! »
MS
Comme chaque fois qu’elle s’était absentée trop longtemps, la maison l’accueillait avec un air de reproche. Cette fois encore, elle resta un moment sur le seuil, l’estomac noué. La grande pièce abandonnée quelques semaines plus tôt ne masquait pas sa tristesse. Elle ouvrit les fenêtres pour que le vent du matin lui redonne vie. Il avait balayé les grandes plaines et apportait des nouvelles du monde. Le parfum des dernières pluies d’orage remplaçaient celui de la poussière. Dehors, sur la plus haute branche du tilleul, un merle sifflait sa joie. Le couloir tapissé d’affiches d’exposition de ses peintres préférés lui redonna le sourire et elle gagna sa chambre-bureau. Les souvenirs tourbillonnaient autour d’elle et la réconfortaient. Elles avaient retrouvé leur sérénité et ensemble, elles allaient pouvoir attendre la reprise des cours.
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