Feuilleton: le village le plus moche, chapitre 10

Chapitre 10

Ce matin là, Don Camillu n’en croyait pas ses yeux…il ruminait entre ses dents et tournait en rond dans la sacristie tout en s’adressant au crucifix qui se trouvait dans la pièce :

« Mais comment as-tu pu laisser faire çà ? Comment peux-tu accepter que ton église soit repeinte en rose ? Oui, tu as bien entendu, en ROSE !!

Ils ont osé !!! Ils vont le payer cher ! »

Il était si énervé qu’il n’avait pas encore remarqué que le Christ était revêtu de l’habit d’Arlequin.

« Mais qu’est-ce que c’est que cette mascarade ? Tu es avec eux ? Tu te laisses faire sans rien dire ? Tu me déçois fortement ! Serais-tu devenu Judas ? Non je ne peux pas y croire, tu ne peux pas me faire çà !

Et ta Mère alors ? Que penses-tu de la tenue de ta mère ? Une vraie hippie avec son bandana ridicule ! Ah tu ne dis rien !tu n’y crois pas ! Mais vas donc voir un peu sa statue à la porte d’entrée du presbytère et tu constateras par toi-même sa nouvelle allure ; C’est un véritable scandale.

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Feuilleton : le village le plus moche, chapitre 9

Chapitre 9

Inquiète, Luana décida de contacter leur médecin car le comportement de Lucien lui semblait non seulement suspect mais inquiétant. N’allait il pas brutalement mourir d’un AVC ou d’un infarctus foudroyant ? Ses déclarations entre fantaisies et folie pure en étaient-elles un signe ? Il fallait savoir. C’est ainsi que quelques semaines plus tard, Lucien subit une batterie d’examens médicaux qui révéla une tension épisodiquement trop élevée ce qui pouvait provoquer des troubles s’apparentant à des hallucinations. Luana avait enfin une explication de l’état de confusion de Lucien.

Celui-ci se vit prescrire un traitement qui s’avéra rapidement efficace mais ce qui contribua encore plus grandement à sa guérison fut la rupture entre Lucchio et Lucile. Des divergences étaient apparues dans leur façon de contre-carrer les projets de leurs deux pères-maires. Le ton monta, monta ; Lucile bouda, Lucchio se lassa et tous deux décidèrent de rompre. Lucile avait trouvé un confident en la personne du père Chassagne, qui sous ses dehors rustiques était un fin observateur et connaisseur de la psychologie humaine et de ses travers. Il connaissait Lucile depuis qu’elle était née et la voir aussi triste lui fendait le cœur.

Il fallait trouver comment la distraire. Ce village le plus moche était-ce vraiment une bonne idée ou une fausse bonne idée ? Il y avait de quoi se gratter la tête et soulever sa casquette comme le faisait si souvent le père Chassagne lorsqu’il réfléchissait, comme pour aérer ses méninges.

Comment se sortir de ce pétrin ? Il parcourut le village comme un visiteur ordinaire et une idée jaillit.

Pourquoi ne pas diviser le village en deux ?

D’un côté, le plus moche et de l’autre un village pimpant et fleuri, digne de figurer au palmarès des plus beaux villages de France avec sa mairie ravalée, ses bacs à fleurs… et de l’autre la partie décrépite qui n’avait pas encore été relookée par les jeunes Lu. Cela ne serait pas très difficile. Chataignac avait toujours comporté deux parties, l’une avec ses commerces et ses demeures plus cossues, près de l’église et l’autre un peu plus loin, mal entretenue sinon en ruines, non loin de la nouvelle déchetterie.

Chez eux, ce ne serait donc pas le village le plus moche ou l’un des plus beaux, ce serait les deux. Il y aurait de quoi faire bisquer Truffignac et Cépignac qui à coup sûr ne pourraient pas suivre sur le terrain du plus beau Village de France.

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Feuilleton : le village le plus moche chapitre8

Chapitre 8

Après ces aventures, il en advint d’autres, il en advint une autre et pas des moindres : le père Chassagne fit une embardée au sortir de chez Lucette. Il fit l’acrobate, taclé sec à ses dépends. Il venait d’avoir bu un léger café-gnôle qu’il avait l’habitude tous les dimanche matins de venir siroter. .e changeant du factuel régime qu’il suivait normalement la semaine, il avait dû se lever du mauvais pied. Sa lucidité en était du voyage et en avait pris un coup. Lui qui n’accordait finalement qu’une maigre importance à savoir son endroit neuf et rénové, pas jusque là chatoyant tout de même, ou autrement ressemblant aux bas-fonds de Harlem, estime de la chiche cohésion ! Un peu chancelant, changeant à l’inverse de sa démarche, hasardeuse, pour à la fois contourner le lampadaire et le chien Julot de Monsieur Mazet ayant pris les devants de son maître , et venu le crocheter malencontreusement, il décolla.

« Attention ! » avait crié de loin Monsieur Mazet, avant que la cascade ne se réalisât, et fut plus vite consommée sur le bord du trottoir, le camarade soiffard à terre, où à son envol précédant la réception il ressembla à Superman.

Trottoir de bitume, qui avait été nettoyé certes, mais de bitume commun où il vint clasher sa mâchoire qui claqua sec, dans un bruit de castagnettes bref, et ouvrit sa fissure magique, mais encore désuète d’où s’écoula en trois secondes une goutte, puis une autre ; suivit toute sa timide suiveuse file maintenant glissante à l’Idylle d’un rythme léger.

Blessé ! Enfin à la fin tu patatras, je touche ! Et tout cela de celui qu’on appelait julot, principal commanditaire de cet acte malheureux, et qui, en le provoquant en avait réchappé, par un heureux et dynamique coup de rein : euh, non de jarret pour nos amis frères et bons compagnons.

Tous les présents s’affairèrent pour le ramasser, deux puis trois villageois présents pour l’Apéro du digestif (on ne savait pas vraiment lequel des deux) monsieur Mazet grondant son chien et le premier à le ramasser sur l’endroit de sa chute, et de s’enquérir sur la gravité de sa coupure et sur l’évident souci de fonctionnalité de sa mâchoire.

« Cha va, voui… bon… jche saigne, che n’est rien, mais che crois que la mâchoire che fêlée ! » répondit-il péniblement en bougeant le moins possible ses lèvres dessinées par taches de sang rouge ayant orné, de sa blessure à la fente discrète, goulûment et tout en une inégale répartition, toutefois la plupart de ses vêtements.

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feuilleton: le village le plus moche chapitre 7

Le concours du village le plus moche de France – chapitre 7

La voix de Lucile s’excusait encore pour sa franchise et ses mots tranchés lorsque le cri strident de Luana Treignac retentit du fond de la cuisine.

« – Ecoute Lucile, ta mère sonne le clairon, c’est l’heure du dîner.

– Vas-y vite Papa, le repas doit être chaud. Reparlons de tout ça plus tard.

– Je te rappelle demain. »

Lulu allait reposer le combiné téléphonique lorsqu’il entendit, au loin, des percussions en rythme ternaire : Tac – Toum Toum – Tac. Il n’avait pas souvenir d’avoir autorisé une fête extérieure un mardi soir. L’image furtive du Docteur Nalvet lui traversa l’esprit. Il le revoyait lui expliquer ses problèmes de tension. Sa vision commençait à se brouiller et il n’essaya même pas de reposer le téléphone sur son socle.

« Mais qu’est-ce qui m’arrive ? » pensa-t-il juste avant de se rendre compte qu’aucun son ne sort de sa bouche.

Les yeux écarquillés, la mâchoire tombante, Lulu doit se rendre à l’évidence : il ne peut plus bouger. Sa respiration s’accélère. Les formes du couloir s’estompent mais les couleurs du papier peint à fleur s’intensifient.

« C’est joli, en fait, les fleurs » se surprend-t-il à cogiter.

Il plisse les yeux pour supporter les éclairs lumineux qui se multiplient. Une étrange chaleur baigne le haut de son crâne, descend le long de sa colonne vertébrale et le force à s’asseoir sur les marches de l’escalier. Il a l’impression d’être immobilisé dans du coton. Il remarque alors une ombre scintillante qui apparait devant la porte de la salle de bain. Lulu est sceptique, ses pensées s’entrechoquent dans son cerveau qui tourne en boucle. L’étrange silhouette s’avance vers lui et se matérialise un peu plus à chaque pas. Les percussions baissent d’un ton.

« Ah bah, voilà ! Me manquait plus que ça… L’apparition de la vierge Marie… c’est peut-être le moment de lui demander des explications. C’était quoi déjà son histoire avec Joseph ? … Mais qu’est-ce qu’il me fait ce corps ? Ahhh, j’en ai vécu des cuites chez Lucette, faut pas croire que je vais me laisser berner comme ça…».

La forme, qui s’étale maintenant sur la largeur du couloir, devient humaine. Elle s’arrête à 50 centimètres.

« Ah nan, c’est pas la vierge Marie ! Rhhooo, ça tourne au drame… On dirait un extra-terrestre !!! »

L’homme qui lui fait face a la peau mate, les cheveux lisses et noirs. Son crane est légèrement déformé à hauteur du front. Il porte une chemise tissée de triangles colorés et un pantalon court orné de figures stylisées. Il fait signe à Lulu de rapprocher le téléphone de son oreille.

« Tiens, Arlequin veut communiquer… mais je suis incapable de bouger, de parler… Whaoouuhh mais c’est quoi ça ? Mon bras se déplace tout seul… j’ai la cervelle qui patine… Rien ne va plus, mieux vaut mourir maintenant… Comme mon village, je suis tout moche à l’intérieur ».

Alors Lulu perçoit distinctement une voix grave qui parle sur un ton sec :

« – Enfin une phrase censée dans ce mental préssurisé !! Lucien Treignac, j’ai peu de temps à vous consacrer, allons à l’essentiel… »

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Feuilleton : le village le plus moche chapitre 6

Chapitre 6

Depuis la réunion de travail, Lulu ne dormait plus, sa tension montait dangereusement et le médecin du village qui l’avait vu naître et ne trouvait pas de remplaçant avait tenté de le raisonner… en vain, il naviguait entre enthousiasmes, amertumes et interrogations.

On avait vite fait de soupçonner Cépignac et Truffignac d’avoir organisé les raids de ravalement du village, mais l’accusation restait générale et Luvina, sa première adjointe, avait semé le trouble en arguant que le ver était peut-être dans le fruit. Il avait beau tourner et retourner toutes les informations en sa possession, il n’avançait pas.

Il avait quelques réconforts : lorsqu’il se rendait à pied à la mairie, il constatait avec satisfaction la barricade déjà taguée qui fermait la toute nouvelle déchetterie entre l’église et l’école fermée depuis déjà quatre ans, les dégradations, les déchets épars , les platebandes dénudées, les broussailles qui avaient repris leurs droits. Presque partout, parce que les jeunes avaient pris l’initiative de continuer à entretenir leur terrain de jeu …mais il fallait bien leur pardonner. L’ensemble du complexe sportif n’avait toujours rien d’attrayant. De plus, Mazet, un des trois derniers agriculteurs du village, avait remonté du penchant de la Caroube où il était allé faire du bois, quelques éléments de moteurs et autres pièces de ferraille qu’il avait déposés dans son potager en face de chez Lucette. Il avait concédé un carburateur de tracteur à Chassagne qui l’avait mis en évidence dans sa cour. Ce que Lulu n’avouerait cependant jamais, c’est qu’il était chagriné des éclaboussures de boue sur le beau crépi jaune de Sa mairie.

Il ruminait ainsi, ce matin-là, lorsqu’il aperçut deux camionnettes noires équipées d’une parabole devant la mairie : c’était une équipe de télévision qui venant en repérage pour la préparation du concours. Le tournage était prévu en décembre et on était tout juste fin octobre. Une fine couche de brouillard enveloppait le village et lui donnait un air mystérieux presque agréable. Lulu était contrarié mais il n’en laissa rien voir. Il lissa sa grosse moustache grisonnante , ajusta sa veste de velours sur son ventre rebondi, se présenta :  « Lucien, Treignac, Maire de cette charmante bourgade »,et , avec son large sourire franc, il fit entrer obligeamment tout le monde à l’intérieur pour discuter de la suite des opérations.

C’est alors que retentit une joyeuse musique dans la pièce sombre.

– «  Lulu song », vous avez de l’humour, à ce que je vois , Monsieur le Maire,c’est charmant. s’exclama la reportrice avec une pointe d’ironie.

Lui , qui venait de réaliser qu’il s’agissait d’une nouvelle sonnerie du téléphone, ne riait pas du tout de cette nouvelle provocation inexplicable en décrochant .

– Pourrais-je parler à Monsieur le maire ?

– C’est moi

– Treignac ? Ici Sanchez de Cépignac. J’espère que tu es seul, j’ai une information très désagréable…

– Justement, j’ai une équipe de télévision dans mon bureau. Je te rappelle dés que je peux.

Il raccrocha, blême, puis il sentit le rouge lui monter aux oreilles et aux joues ; il crut que son cœur allait lâcher.

Heureusement, le repérage se déroula pour le mieux, même si Lulu inquiet, restait bougon. Le café de Lucette était, comme toujours innommable et Chassagne très inspiré avait fait une déclaration tout à fait inappropriée. Lorsqu’ils sortirent, la brume s’était levée le ciel s’était assombri et ils furent surpris par une courte mais violente averse qui fit claquer les volets et déversa au milieu des ruelles un flot boueux vite chargé des immondices abandonnés dans les caniveaux. Au niveau de la déchetterie les bacs à ordures débordants étaient occupés par la bande des chats errants. Leur chef, un vieux chat borgne, efflanqué, à moitié pelé, particulièrement laid, que le maire qualifia de « mascotte » du village, agressa le cameraman qui s’approchait de trop prés. Tout le monde se replia chez Lucette, dont le bourguignon cramé n’avait rien à envier au café du matin. L’équipe ne jugea pas utile de s’attarder.

Lulu eut enfin le loisir de retourner à la mairie pour avoir le fin mot de l’histoire du matin. Il rappela aussitôt la mairie de Cépignac, mais ce qu’il entendit l’obligea à s’asseoir et le laissa sans voix :

– je tiens les coupables,assena le maire avec une voix guillerette. Nous sommes dans le même bateau et je crois qu’il faut n’en parler à personne : c’est donc notre petit couple infernal, celui que forment nos deux enfants à Limoges, oui, votre Lucile et mon Luchio, comme vous le savez. Ils auraient voulu vous réveiller , ils…

Lulu avait raccroché, sidéré. La secrétaire finit par s’inquiéter de son immobilité et ne put rien tirer de lui. Elle courut chez Lucette où , à cette heure-là, elle était sûre de trouver Fernand et Marcel qui pourraient lui venir en aide. Le temps qu’ils arrivent, le maire avait décampé.

Arrivé chez Lui, lulu s’était effondré, en larmes. Entre deux hoquets sa femme l’entendait murmurer … « non, non, pas ma fille…, pas mon bébé… pas ma toute belle, mon petit… » Sa femme crut le pire. Elle secoua Lulu sans ménagement pour qu’il s’explique. Il répéta les paroles du maire de Cépignac et la colère remplaça l’hébétement. Sa fille, sa chère fille l’avait trahi, elle avait trahi son projet, elle l’avait trahi en tant que père, en s’acoquinant avec Luchio, le fils de Sanchez, son ennemi politique numéro1… Il devait être le seul à ne pas le savoir… Et si elle, sa femme était déjà au courant, il la reniait aussi.

Malgré son habitude des colères de son mari, elle eut beaucoup de mal à le calmer et à le contraindre à appeler directement sa fille au téléphone pour en avoir le cœur net.

Après avoir subi les jérémiades et accusations de son père, Lucile ne nia rien. Il était tellement impliqué dans son projet qu’il avait été impossible de lui parler. Comment pouvait il s’enorgueillir d’avoir le village le plus moche de France ? Comment s’enorgueillir d’une insulte. Elle voulait l’aimer, Son village, celui de tous ses souvenirs d’enfance. Elle reconnaissait qu’elle avait profité de ses accointances avec certains Cépignaquois qui n’attendaient que le moment de se moquer un peu de leur voisin, pour mettre en œuvre son opération d’embellissement du village . Elle connaissait assez bien son père pour savoir qu’il serait sensible au ravalement de la mairie. Elle n’avait pas voulu le blesser, seulement attirer son attention…

Curieusement Lulu l’avait laissée parler…

Feuilleton 22 23 Le village le plus moche Chapitre 5

Chapitre 5

Lulu n’était pas très heureux à l’idée de collaborer avec les 2 maires des communes voisines. Toutefois son envie de gagner le concours du village le plus moche de France l’emportait sur sa fierté. Selon lui il valait mieux faire une alliance temporaire avec de petits ennemis car remporter la guerre était plus important que remporter une petite bataille. Et puis après tout, peut être que les maires de Truffignac et de Cépignac auront quelques astuces à lui apprendre. Lulu était bien content pour une fois d’avoir un projet à mener. Dans sa commune où il se passait pas grand chose, il se faisait souvent chier comme un rat mort il faut le reconnaître. Alors ce projet où les habitants semblaient s’investir un petit peu tombait à pic. Toutefois, bien qu’il ait décidé de donner du crédit à ses ennemis en acceptant ce regroupement de villages moches, Lulu voulait faire cela bien comme il faut. Il fallait donc découvrir à tout prix qui s’amusait à embellir le Chataignac. Après tout ses deux alliés n’avaient plus aucun intérêt à gâcher leur chance de gagner le concours car ils étaient dans le même bateau désormais.

Lulu décida donc de convoquer un conseil de dernière minute pour parler stratégie. Il y convia cette fois ci tout le monde, à savoir Lucette, le Père Chassagne, Fernand et Marcel ainsi que ces deux nouveaux alliés momentanés ainsi que Luvina. A son grand soulagement, tout le monde répondit présent. C’est ainsi qu’on les retrouva un samedi matin à la salle des fêtes de la commune.

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Feuilleton 22-23Le village le plus moche Chapitre 3

Un village très ordinaire

Chapitre 3

Lulu avait enfin reçu un courrier de la production du « Village le plus moche de France », dans lequel on apprit que Châtaignac pouvait concourir ! Monsieur le Maire fut tellement content qu’il fit imprimer 840 invitations pour tous ses administrés, afin de fêter cette excellente nouvelle. Il avait prévu un énorme banquet dans la minable salle communale, où chauffage et climatisation ne fonctionnaient guère à l’année, mais qui ferait l’affaire en ce doux temps de juin. Les cuisines étant évidemment hors service, il avait fait appel aux traiteurs des deux villages voisins, Cépignac et Truffignac. Tout était prévu pour une fête hors du commun, l’une des dernières pour ce village encore inconnu du grand public. Le tournage du « Village le plus moche de France » était prévu pour décembre prochain, l’un des pires mois de l’année à Châtaignac, surtout qu’on n’avait pas l’argent nécessaire pour les décorations de Noël… Encore un élément qui favoriserait à coup sûr la victoire du village !

Lulu en était là de ses réflexions, lorsqu’un beau matin, en arrivant à la Mairie, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvrit que la façade du bâtiment avait entièrement été refaite ! Les énormes fissures dans le mur avaient admirablement été colmatées, et le crépi avait été lui aussi refait à neuf, dans ce beau ton jaune qui rappelaient la belle pierre de Sarlat. Le Maire Lulu était partagé entre émerveillement et frustration. C’était un bel ouvrage certes, mais qui compromettait largement la participation de Châtaignac à l’émission. Il convoqua d’emblée les élus. Tous étaient là, à admirer le bâtiment municipal comme s’ils le découvraient pour la première fois. Jamais ils ne lui avaient prêté une telle attention. Lulu interrogea les présents, suspicieux. Nous étions mercredi, et mardi soir, c’était sûr, la façade du bâtiment était encore toute pourrie. Cela s’était donc produit dans la nuit en seulement quelques heures. Comment était-ce possible ? S’agissait-il de quelqu’un du village ? Pas possible, se disait Lulu, personne n’exerce la profession de maçon ici… Globalement les habitants n’étaient pas très manuels, il suffisait de voir leurs jardins à l’abandon et l’état de leurs maisons et garages… Les élus n’avaient pas plus de réponses à ces questions.

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