Lectures de l’été, Théâtre, Amour et mariage, conclusion

Conclusion

Finalement, la vision du mariage au travers de ces différents textes est-elle vraiment différente ?

Et n’en retrouvons-nous pas des constantes jusqu’à nos jours, entre mariages de raison et mariages d’amour ? Le plus souvent ce sont les sentiments qui l’emportent dans les pièces évoquées. Les femmes caricaturées ou sublimées parviennent en général à obtenir le consentement paternel, indispensable durant des siècles. Exception faite pour Lorca où la pièce se termine en tragédie.

La deuxième question est l’aptitude du théâtre à être lu. Pour certains c’est difficile, rappelant trop directement l’expérience scolaire ; ils préfèrent franchement la représentation sur scène. D’autres savourent ces lectures. Le texte est dégraissé de toute les digressions. Les dialogues soutiennent l’action, chaque réplique a son importance, dans une langue particulièrement soignée avec de nombreuses nuances de niveaux tout en restant facilement intelligible, parce que la rapidité d’une représentation l’exige.

Lectures de l’été, Théâtre, amour et mariage, Marivaux, les jeux de l’amour et du hasard

Marivaux (1688-1763), Le Jeu de l’amour et du hasard (1730)

La comédie en 3 actes Le Jeu de l’amour et du hasard a été représentée pour la première fois le 23 janvier 1730 par les comédiens italiens à l’hôtel de Bourgogne à Paris.

Monsieur Orgon souhaite que sa fille Silvia épouse le fils de l’un de ses vieux amis. Silvia, un peu craintive à l’idée de se marier avec quelqu’un qu’elle n’a jamais vu, demande l’autorisation à son père de rencontrer Mario sans qu’il ne connaisse sa propre identité, faveur qu’il lui accorde.

S’ensuit alors un jeu de masques : Silvia va se déguiser en Lisette, sa femme de chambre, et vice-versa. Toutes deux sont alors contraintes également de modifier leur langage : plus soutenu pour Lisette, plus argotique pour Silvia. Mais le plus comique est que la même idée vient du côté de Dorante, le futur époux, qui échange lui aussi son identité avec son valet Arlequin !

L’aventure tourne au cauchemar lorsque Silvia se rend compte qu’elle est attirée par un valet : son attitude et son langage, qu’il cherche lui aussi à déguiser, transparaît tout de même. S’ensuivent alors une série de quiproquos, tant du côté des faux maîtres que des faux servants !

Marivaux démontre dans Le Jeu de l’amour et du hasard la sincérité des cœurs, grâce à un jeu ingénieux de travestissements. La pièce est également novatrice dans la mesure où Monsieur Orgon le père ne cherche pas à marier sa fille contre son gré comme c’est le cas dans les comédies classiques. L’inversion des rapports maitres-valets est également surprenante.

Le terme de « marivaudage » a beaucoup été repris depuis la pièce de Marivaux et désigne les propos galants précieux et raffinés qu’échangent les personnages lorsqu’ils tentent de se séduire. Actuellement, il est aussi utilisé pour désigner un badinage spirituel mais aussi superficiel.

Lectures de L’été, Théâtre Amour et Mariage,les bons bourgeois, Obaldia

René de Obaldia (né en 1918), Les Bons bourgeois (1980)

René de Obaldia a choisi d’ouvrir sa pièce à la manière de Molière dans les Femmes savantes, une manière de lui rendre hommage et d’exprimer son admiration.

Sa pièce, en deux actes, se déroule pendant les émeutes de Mai 1968. Tandis que la colère gronde dehors, la famille bourgeoise des Basson d’Argueil, bien installée dans son appartement luxueux du XVIe à Paris, s’apprête à marier leur plus jeune fille à un fils de bonne famille, énarque qui plus est.

Les parents, ce sont Benoît et Dorothée. Leurs filles Philomène et Chantal. Cette dernière est amoureuse d’Alexandre, un écologiste, mais ses parents préfèrent la voir en ménage avec Narcisse, un énarque un peu arriviste. Chantal n’a donc aucun soutien, entre des parents qui dédaignent son amoureux et sa sœur qui vient de rejoindre le Mouvement de libération de la femme et qui exècre les hommes.

Obaldia signe ici une pièce résolument moderne, mélangeant les styles et les époques : en effet la forme en alexandrins mêlée à des propos modernes et le langage argotique plein de verve sortent de l’ordinaire. Il s’agit d’une grande comédie satirique qui vise à dénoncer le pédantisme et les excès d’une société pseudo-intellectuelle.

Lectures de l’été, le théâtre AMOUR, MARIAGE et THÉÂTRE, Les Femmes Savante, Molière

Molière (1622-1673), Les Femmes savantes (1672)

La pièce a été créé en 1672 et est construite selon un schéma habituel chez Molière : deux jeunes gens (ici Henriette et Clitandre) s’aiment et veulent s’épouser mais ils se heurtent à l’opposition des parents qui ont des projets de mariage « arrangés » par intérêt. C’est la peinture sociale et familiale qui fait l’originalité de la pièce.

La famille est divisée en deux clans : les femmes (mère, tante et sœur aînée : addictes à la culture, elles ne jurent que par la philosophie et les sciences qui leur assure l’émancipation et les met en garde contre l’institution du mariage réducteur, mais ce sont des néophytes qui se laissent éblouir et manipuler par de faux intellectuels exhibitionnistes, orgueilleux, pédants, jaloux et sans talent.

Le père, l’oncle, Clitandre, Henriette, et la servante ont des positions plus matérialistes mais très conformistes. Certes l’amour doit présider au mariage et être son lieu d’épanouissement, mais la femme doit y rester à sa place. Ainsi Clitandre affirme :

« Je consens qu’une femme ait des clartés de tout

Mais je ne lui veux point la passion choquante

De se rendre savante, afin d’être savante »

« De son étude, je veux quelle se cache

Et qu’elle ait du savoir sans vouloir qu’on se sache »

C’est à l’opposition d’une sœur mère de fort caractère qu’Henriette se heurte car elle tient à lui faire épouser le « poète » Trissotin qu’elle vénère, espérant éveiller sa fille aux subtilités de la culture. Le soutien de son père paraît d’abord fort dérisoire, tant cet homme est prêt à toutes les concessions pour sauver la paix de son ménage. Pour le pousser au triomphe de la virilité et de l’autorité du père (« vous résoudre une fois à vouloir être un homme »), il faudra la pression de son frère et son stratagème qui mettra en lumière la vénalité de Trissotin. Le suspense est maintenu jusqu’au bout.

C’est par la verve, la capacité satirique de Molière à créer des situations où s’exacerbent les caractères des personnages. Il se plaît ainsi à construire des scènes parallèles très comiques pour l’arrivée de Trissotin et de Valdius où la prolifération des louanges les empêche de produire leur texte qui s’avère d’une totale platitude. Le ridicule culmine dans la dispute entre les deux « savants ».

Le traitement du clan des « savantes » est tellement caricatural qu’on se réjouit du triomphe du conformisme.

Lire la pièce de Molière permet d’entrer plus finement dans ses trouvailles de langage, les ruptures, les subtilités de constructions du texte.