lu en décembre 2019 : Turquie /Sait Faik Abasïyanïk, Un Point sur la carte (1988)

Sait Faik Abasïyanïk, Un Point sur la carte (1988)

Cet auteur a vécu en Suisse pour y étudier l’économie en 1930, puis en France avant de revenir en Turquie en 1935.

Sa carrière littéraire commence en 1935 avec des poèmes mais il doit sa célébrité à ses nouvelles qui peignent la vie difficile des petites gens d’Istanbul à qui cet écrivain révolté par l’injustice, donne un vrai rôle. Les petits détails de leur vie quotidienne deviennent poésie.

La mer est un thème récurrent dans ses écrits ; il passe la plupart de son temps en mer de Marmara.

La nouvelle sera le moyen d’expression de prédilection de ce solitaire. Il entend ainsi décrire la fourmilière humaine de la métropole où il vit, selon la mosaïque pointilliste dont elle se compose.

Auteur contemplatif, il part d’un élément particulier pour extrapoler et en faire une généralité, comme dans l’histoire de la mouette et de sa relation au pêcheur. Son approche psychologique est pudique, distancée, soucieuse de réserver la complexité des « simples ». Il ne tombe jamais dans l’étude de mœurs et le misérabilisme. Ce vagabond se borne à enregistrer ce qu’il voit.

Il bascule aussi parfois dans l’onirisme comme dans l’histoire de ce maçon qui bâtit des murs de couleurs qui s’inscrivent dans l’éternité. Par l’anecdote, il témoigne de l’humanité d’une façon très personnelle. Il serait le “seul écrivain [turc] qui recourt à ce que l’on pourrait appeler un « sabir » où se superposent le langage populaire de la grande ville et ce turc du Levant finissant où se mêlent quelques mots grecs, français et même judéo-espagnols”.

Cet auteur-observateur sans attache évoque la tradition des poètes errants populaires (voir c.r. sur Nazim Hikmet)

« Rarement dans la littérature mondiale un écrivain a su croquer le quotidien avec tant de finesse », écrit dans sa préface Enis Batur à propos de Sait Faik, ce marginal « qui a révolutionné la prose turque ». Très souvent, le nouvelliste mêle ses rêveries aux mésaventures des oubliés de la vie qu’il côtoie entre Istanbul et son île de pêcheurs. C’est drôle et mélancolique.

 

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