Lu en mars 2019: autour de la peinture: M. de Kerangal, Un monde à portée de main

 

Maylis de Kerangal, Un Monde à portée de main (2018)

Maylis de Kerangal met dans cette œuvre l’acte de peindre  au cœur de la fiction. Elle nous étonne toujours, nous plongeant dans chaque roman dans un univers très différent

Par la rencontre avec son héroïne, Paula Karst et ses amis Kate et Jonas,elle nous amène dans l’univers de la peinture de décor et du trompe l’œil.

« Paula s’avance lentement vers les plaques de marbre, pose sa paume à plat sur la paroi, mais au lieu du froid glacial de la pierre, c’est le grain de la peinture qu’elle éprouve. Elle s’approche tout près, regarde : c’est bien une image. Étonnée, elle se tourne vers les boiseries et recommence, recule puis avance, touche, comme si elle jouait à faire disparaître puis à faire revenir l’illusion initiale, progresse le long du mur, de plus en plus troublée tandis qu’elle passe les colonnes de pierre, les arches sculptées, les chapiteaux et les moulures, les stucs, atteint la fenêtre, prête à se pencher au-dehors, certaine qu’un autre monde se tient là, juste derrière, à portée de main, et partout son tâtonnement lui renvoie de la peinture. »

On y découvre l’étonnante diversité de cette activité, des fresques décoratives, imitations de matières dans les maisons luxueuses aux studios de cinéma russes ou du monde de Cinecitta (création des décors du film de Nanni Moretti, Habemus papam, à la réplique de Lascaux.

Une formation particulièrement exigeante dans une école de Bruxelles a permis aux jeunes « artistes » d’acquérir une maîtrise. Là s’est forgée leur amitié intense, celle qui leur a permis de dépasser leurs doutes, leurs découragements et de trouver leur voie.

La beauté du livre réside grandement dans celle de l’écriture intense, vive, choix extrêmement précis des mots, des associations souvent si originales, aux accents de balade un peu rock. Sensible et sensuelle, cette écriture se nourrit de listes des mots magnifiques enchanteurs des couleurs, des outils de la peinture, des pierres… Ainsi elle nous conduit dans le plaisir, la douleur, la concentration et l’abstraction du monde qui accompagnent l’acte de peindre, sans exclure l’importance de l’équipe.

Le livre pose des questions essentielles de la création.

– Le peintre de trompe l’œil est un copiste, mais copier un objet n’est pas seulement le représenter, c’est exprimer dans cette représentation toute l’épaisseur de l’histoire de l’objet (très belles pages de la description de la carrière de marbre, des peintures de Lascaux).

– le copiste est- il un artiste ?

-Quelle est la relation avec le « regardeur », celui que l’on égare par une représentation qui imite la réalité mais auquel il ne faut pas mentir.

-Cet art du trompe l’œil n’est-il pas également celui du romancier ?

Ce livre a été unanimement salué par ceux qui l’ont lu ce qui a donné envie aux autres participants de le découvrir.

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