lu en mai 2019: lenteur- les fainéants dans la vallée fertile

Albert COSSERY, Les Fainéants de la vallée fertile (1948)

Peu de lecteurs sont allés au bout de ce roman  atypique.

Une adaptation théâtrale et un film ont été tirés de ce texte. Cet écrivain Égyptien (1913-2008) a vécu en France et a écrit ce roman directement en français . Il s’est inspiré de sa propre famille, propriétaires terriens vivant de leurs rentes et se dispensant donc de travailler. Albert Cossery lui-même n’a que brièvement travaillé comme steward sur les bateaux d’une compagnie transatlantique avant de devenir écrivain.

Ce roman à contre-courant de la rapidité prônée à notre époque dans tous domaines,  situe « l’action » dans une petite ville de la vallée du Nil. Trois frères vivent dans la maison de leur vieux père Hafaz, pratiquement grabataire, avec leur oncle Mustapha (qui a dilapidé sa propre fortune) et Hoda, la fille à tout faire.

Ces hommes n’ont qu’un objectif , passer leur vie à dormir.  leur performance est menacée par deux dangers. Le plus jeune des fils, Serag, est traversé par une folie, il a la velléité de travailler : les métiers qu’ils connait sont futiles et sans valeur mais il espère…. deuxième problème, le patriarche, vieux et malade, exprime le souhait de se remarier : une nouvelle femme dans cette maison est ressentie comme une menace de trouble intolérable.
Un autre fils » plus sage », Rafik, a renoncé à l’amour, au nom de sa tranquillité.

Ainsi une ligue va se créer pour bloquer les envies de travail de Serag et les projets matrimoniaux du père. L’indolence naturelle des deux perturbateurs facilitera la réussite de l’entreprise, au moins pour le père, car le fils a réussi à échapper au cocon mais… « Serag eut un long bâillement ; Hoda le regarda et se mit aussi à bâiller. Puis ils se serrèrent l’un contre l’autre et s’endormirent, indifférents au labeur forcené des hommes, sous le lent regard des étoiles paresseuses » (p. 204).

À l’exception d’Hoda, les personnages évoluant dans ce havre figé, bien que pittoresques, ne sont pas sympathiques et leur renoncement quasi total à la vie n’est pas attirante. L’intrigue est ténue mais le lecteur suit avec curiosité ces fainéants au fil des pages , s’interroge sur la fin du livre, essaie de comprendre.

« La paresse c’est avoir le temps de réfléchir ». Albert Cossery

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