Kamel Daoud,
Meursault contre-enquête, 2016
Kamel Daoud revisite le roman de Camus, le poursuit, dans un dialogue avec Meursault, Camus et le lecteur.
À Alger, peu après l’indépendance, Hamou, frère de « l’Arabe » tué par Meursault est obsédé par la volonté de réhabiliter son frère. Sa mère lui a insufflé la nécessité de la vengeance
Il veut clamer son nom « il ne l’a pas nommé, parce que sinon mon frère aurait posé un problème de conscience à l’assassin : on ne tue pas un homme facilement quand il a un prénom. » celui-ci Moussa Oult et Assasse.
Hamou n’est pas un personnage sympathique, il est ambivalent. Il peut créer un malaise chez le lecteur.Son parcours est parallèle à celui de Meursault, tel celui d’un jumeau inversé.
À son tour il tue un homme, un Européen, mais en cette post-indépendance il n’est pas condamné (alors qu’il le souhaiterait). Il est un homme révolté meurtri par la colonisation et la désillusion vis à vis de l’Algérie indépendante, par le carcan la religion, cette fois-ci musulmane, pénétré comme Meursault de l’absurdité de la vie. La fin est parallèle.
Albert Camus,
L’Étranger, 1942
C’est un des romans français les plus connus.
À Alger, du temps de l’Algérie Française, Meursault est un homme qui traverse la vie à distance, avec indifférence, comme un étranger. Il n’est impliqué ni dans la mort de sa mère, ni dans sa relation avec Marie, ni dans son soutien injuste à son voisin proxénète accusé de maltraiter sa maîtresse, ni dans le crime « d’un arabe » qu’il commet sur la plage.
Il reste aussi impassible lors de son procès, ne trouvant d’autre justification que le soleil. Il est condamné à mort pour avoir mal enterré sa mère plus que pour avoir « tué un arabe ». Dans l’Algérie coloniale, les « Arabes » constituaient une entité de second ordre.
En prison il attend sans sourciller son exécution comme un fait inexorable révélateur de l’absurdité de la vie : « je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. ». Seule la religion (catholique) suscite sa colère.

