lu en octobre 2019, prix la voix des lecteurs, Herry, Scalp

Cyril HERRY, Scalp (2018)

Cyril Herry est né à Limoges en 1970 et vit dans la Creuse, en lisière d’une forêt, ce qui a sans doute inspiré son roman.

Scalp peut être considéré comme un huis-clos, se déroulant dans la forêt, durant quelques jours. Teresa annonce à son fils Hans de 9 ans que l’homme qui l’a élevé n’est pas son père. Ils partent donc sur les traces de Stan, son père biologique, parti avant la naissance de Hans. Ils se retrouvent dans la forêt, à chercher des traces de Stan, qui semble avoir disparu. Seule la yourte qu’il avait construite, la barque dont il se servait sans doute pour aller pêcher, restent dans ce décor qui semble abandonné. Continuer la lecture de « lu en octobre 2019, prix la voix des lecteurs, Herry, Scalp »

lu en octobre 2019: Pays du nord, Klimko, les toutes premières choses

Hubert KLIMKO, Les Toutes premières choses (2011)

Né en 1967 en Pologne, Hubert Klimko-Dobrzaniecki a étudié la théologie, la philosophie et la langue Islandaise. D’Amsterdam à Reykjavík (où il a travaillé neuf ans dans une maison de soins pour les personnes âgées) en passant par l’Angleterre, il a voyagé en gagnant sa vie comme il le pouvait, souvent de façon insolite : plumeur de dindes, ouvrier agricole, trafiquant de diamants et de caviar, vendeur d’œuvres d’art, mime… Il a publié deux volumes de poésie en Islandais et écrit régulièrement pour la presse littéraire polonaise. Les Toutes premières choses est son troisième livre traduit en français. Hubert Klimko vit aujourd’hui à Vienne avec sa femme. Continuer la lecture de « lu en octobre 2019: Pays du nord, Klimko, les toutes premières choses »

Lu en octobre : écrivains du nord Grondhal 4 jours en Mars

Jens Christian GRONDHAL, Quatre jours en mars (2003)

Un évènement fortuit fait basculer la conscience qu’on a de sa vie : c’est ce que décortique finement, méticuleusement Jens Christian Grondahl dans Quatre jours en mars comme dans la plupart de ses romans. L’héroïne, Ingrid est une architecte reconnue proche de la cinquantaine, une femme indépendante. Mise en face d’un acte de violence raciste de son fils, elle le gifle, acte inadmissible dans l’éducation danoise qui inverse la culpabilité et amène Ingrid à scruter sa vie avec une nouvelle lucidité. Le romancier entrelace, au rythme de la remontée des souvenirs et des rencontres, la vie de trois générations de femmes « fortes » (Ingrid, sa mère et sa grand-mère). Il en ressort la peinture d’une société où l’émancipation individuelle se paie par une grande solitude, une distance qui déstabilise les relations de couple ou parents enfants et fragilise les êtres.

Certains lecteurs ont beaucoup aimé accompagner cette plongée subjective non linéaire d’un être particulier alors que d’autres, aussi nombreux, l’ont rejeté fermement pour la personnalité des protagonistes ou la construction lente jugée longue et répétitive, la difficulté à avoir un point de vue objectif.

Ecrit en Octobre 2019: texte à amorce 8

« un paysage mélancolique, hanté par l’absence. Comme si l’espace n’était plus soudain qu’une archive, une trace d’un monde perdu » Maylis de Kérangal

 

Vaisseau divaguant.

Cela ressemblait à un paysage mélancolique, hanté par l’absence. Comme si l’espace n’était plus soudain qu’une archive, une trace d’un monde perdu. C’était là que nous étions arrivés à l’issue de ce voyage fou à plus de 300000km/s sur une distance de plus de 15 milliards d’années lumière. A bord de cet engin racheté à un revendeur qui se fournissait auprès de la production de la Guerre des étoiles : à la fin du tournage elle se débarrassait de ses stocks de vaisseaux à des prix avantageux. Continuer la lecture de « Ecrit en Octobre 2019: texte à amorce 8 »

Ecrit en octobre 2019: texte à amorce 5

« un paysage mélancolique, hanté par l’absence. Comme si l’espace n’était plus soudain qu’une archive, une trace d’un monde perdu » Maylis de Kérangal

 

Un assemblage de cubes comme des légos oubliés sur une table, c’est bien ma vieille maison, improbable, minuscule. Au blanc décati des murs noircis par endroits de mousses, répond le gris pisseux des volets écaillés. Elle est toujours adossée à la petite lande de Madame Serre, broussailleuse , sans les grands pins fiers qui la dominaient et dont le squelette gît encore dans les taillis. Jadis, la propriétaire, la veillait jalousement , elle guettait nos incursions en quête d’un ballon perdu ou de quelques champignons : elle était notre terreur. Continuer la lecture de « Ecrit en octobre 2019: texte à amorce 5 »

Ecrit en Octobre 2019 : texte à amorce 4

« Un paysage mélancolique hanté par l’absence. Comme si l’espace n’était plus soudain qu’une archive, une trace d’un monde perdu » (Maylis de Kérangal)

« Un paysage mélancolique, hanté par l’absence. Comme si l’espace n’était plus soudain qu’une archive, une trace d’un monde perdu », et cependant bien présent, là, dans le silence d’une architecture anguleuse et fermée, comme un bloc de mémoire inouïe. C’est ce que j’ai découvert dans un tableau de Jean Pierre Ugarte, réalisée en 2008 et qui n’a pas de nom, juste « paysage ». Mon amie Hannah a dû acheter ce tableau en 2011, et depuis , j’avais toujours une attraction particulière pour son entrée…. Car je le retrouvais à chaque fois que je rentrais dans sa grande maison où il créait une ouverture verte et mouillée, à la fois accueillante et sereine comme un rêve bucolique et cependant triste par la lumière blême venant refroidir le premier plan, éradiquer toute trace de vie humaine et animale….Alors je me suis demandée si ce tableau n’était pas pour Hannah , qui avait dû se démunir beaucoup pour l’acquérir, bien plus qu’une toile qui « rendait bien » sur ce mur de sa maison, comme elle me disait au moment où elle l’avait installé. Au fond notre amitié si profonde et durable n’était pas née de conversations où l’une et l’autre aurions dévoilé nos vies…Non, je ne sais toujours rien de cette étrange femme à la fois chaleureuse, romantique et artiste mais toujours solitaire…Aucun de nos amis commun, je crois, n’a jamais perçu, au-delà de sa passion des livres et des chats, de quelles amours elle vivait, elle qui aujourd’hui n’est plus… …Y avait-il pour elle, sous ces hautes murailles de pierre que seule une végétation têtue essayait en vain d’embrasser et de recouvrir, la mémoire de temps de feu, d’une passion abolie qu’une guerre aurait pu tuer sans jamais l’éteindre ou la déraciner de son cœur ? N’était-ce pas là, le paysage de son âme et le symbole d’une amour morte et toujours vive, au point qu’elle barrait la route à toute nouvelle rencontre et que le champ de sa vie demeurait pris dans les rets du passé, dans le bastion de souvenirs secrets qu’elle seule revivait dans la moiteur de ce tableau ? La mort même , disait déjà dans ce tableau qu’elle protègerait ses secrets, et devant son absence, il me la rend infiniment présente et belle dans son silence. Pourquoi ne savons-nous pas voir nos existences comme autant d’uniques paysages ?, et comment l’artiste , là, nous enseigne ….

SD

 

Ecrit en Octobre 2019: texte à amorce 3

« Un paysage mélancolique hanté par l’absence. Comme si l’espace n’était plus soudain qu’une archive, une trace d’un monde perdu » (Maylis de Kérangal)

 

Un haut plateau qui ondule par-dessus les barrancos et les gargantas, un haut plateau où se dressent des murs démolis, quelques bergeries dévastées, quelques églises mi-écroulées poussant au ciel muet des souvenirs de prières, des chemins où ne courent plus ni enfants, ni bêtes, des jardins croulant sous les fruits jamais récoltés sauf par quelques mains de passage, si rares.

C’est la Sierra de Guara en Aragon, contrefort de la chaîne pyrénéenne, vidée de ses habitants depuis soixante ans

S.R.