Lu en Avril 2022 coup de cœur : Les cendres d’Angela (2000), Frank Mccourt

Les cendres d’Angela (2000), Frank Mc Court

Frank Mc Court est un écrivain américain né en 1930 et mort en 2009. Il est né à New York mais la crise des années 30 pousse sa famille à repartir sur ses terres d’origine l’Irlande pour une vie de misère. Il s’installe en terre catholique à Limerick, d’où est issue la mère, Angela, alors que le père vient du nord, ce qui ne simplifie pas la vie. A 19 ans, Frank Mac Court revient aux Etats-Unis pour faire ses études. Il sera instituteur et commencera à écrire.

Les cendre d’Angela est un récit autobiographique poignant où l’auteur décrit cette enfance misérable sans amertume :

« Quand je revois mon enfance, le seul fait d’avoir survécu m’étonne. Ce fut, bien sûr, une enfance misérable : l’enfance heureuse vaut rarement qu’on s’y arrête. Pire que l’enfance misérable ordinaire est l’enfance misérable en Irlande. Et pire encore est l’enfance misérable en Irlande catholique. »

Le père est charmeur mais inconséquent, et lorsqu’il travaille, il boit sa paye dans les pubs. La mère est réduite à la mendicité. Frank veille sur ses petits frères et fait les 400 coups avec les autres enfants dans la rue. Il lutte pour survivre et dès qu’il en est capable travaille pour subvenir aux besoins de la famille. Il observe le terrible monde des adultes et cet univers catholique empreint de superstition. Il n’en perd pas l’amour profond qu’il voue à son père autant qu’à sa mère…

Ce livre a profondément ému et marqué la lectrice qui nous l’a présenté.

Lu en Avril 2022 coup de cœur : Légendes d’automne (1997), Jim Harrison

Légendes d’automne (1997), Jim Harrison

Il s’agit de trois grosses nouvelles composées par le grand écrivain américain (1937, 2016) auquel François Busnel vient de consacrer en mars dernier, un film documentaire appelé Seul la terre est éternelle.

Ces trois nouvelles ont comme point commun la vengeance. Elles ont pour cadre le Michigan, terre d’origine et d’élection de l’auteur. Elles sont écrites dans une langue simple, forte qui contribue à la puissance des récits.

Une vengeance est un terrain d’amour et de vengeance : Deux hommes se disputent une femme. Elle est l’épouse d’un magnat de la drogue et son amant, laissé pour mort va tout faire pour la reconquérir et se venger.

l’homme qui abandonna don nom est le récit rétrospectif d’un individu passé de la réussite à la solitude où il doit reconstruire sa vie.

Légende d’Automne qui donne son titre au recueil est la nouvelle préférée du lecteur. Trois frères, originaires du Montana, s’engagent en 1915 dans la première guerre mondiale aux côtés des canadiens. Le cadet est tué. Le second est le personnage principal, Tristan Ludlow, qui quittera sa terre, le Montana pour une vie d’errance, celle d’un aventurier qui se moque de la mort. Cette nouvelle est en même temps une grande ode à la nature sauvage qui absorbe le lecteur.

Lu en avril 2022 coup de cœur: La nature exposée (2017), Erri de Luca

La nature exposée (2017), Erri de Luca

Erri de Luca est un des grands écrivains contemporain Italie né en 1950. C’est un Napolitain épris de montagne. Il est issu d’une famille bourgeoise dont il garde le goût des livres. En 1968, il rompt avec sa famille et sa classe d’origine. Il est ouvrier et passe du communisme à l’anarchisme.

La nature exposée est un livre très court, intelligent, très dense et profond avec ce qu’il faut de distance et d’humour. Il parle d’humanité, d’art et de religion ; il nourrit longtemps le lecteur qui a refermé le livre.

L’action démarre dans un village de haute montagne où ne restent que quelques hommes. Le narrateur est un homme réservé, rude et droit, libre penseur. Ancien mineur, il arpente la montagne, en ramène des pierres et des morceaux de bois qu’il sculpte pour les touristes de passage. Pour compléter sa retraite, il répare les statues des églises des villages voisins, mais il refuse de se prendre pour un artiste.

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Lu en Avril 2022 coup de cœur: Le chemin des estives (2021), Charles Wright

Le chemin des estives (2021), Charles Wright

Après avoir quitté une vie professionnelle et amoureuse agitée, c’est l’heure des interrogations.

« A 37 ans, admettons-le, le bilan est pâlot : pas de femme, pas d’enfants, pas d’endroit où reposer la tête. En outre, mon compte en banque est faiblard et je suis propriétaire de rien. Le seul bien qui me reste – une bibliothèque richement pourvue – n’a guère de valeur marchande ou symbolique à l’heure du règne des écrans plats. »

L’auteur devient alors aspirant jésuite. Sa formation comprend une marche, avec un compagnon imposé et sans un sou en poche.

« Je suis un aventurier de la France cantonale » protégée du flux et de l’agitation, enclave de beauté et d’intériorité.

Partis d’Angoulême, ils traversent le Massif Central : Margeride, Aubrac, Causses, Cévennes…sur le chemin des estives. Il devient un fin connaisseur des races de vaches pour qui il éprouve une profonde sympathie.

Leur périple de 700 km leur permet des rencontres insolites, authentiques, misant sur la générosité des gens pour se nourrir et se loger. Ce récit est une ode à la liberté et à la spiritualité. Il est émaillé de références à Charles de Foucauld et Rimbaud, ces deux grands voyageurs dont les destins croisés offrent selon Charles Wright de multiples similitudes.

Ce livre bienfaisant offre une bulle de calme et de redécouverte de cette France rurale, souvent ignorée ou dénigrée, connue aussi comme appartenant à la diagonale du vide, qui traverse notre pays.

Lu en Avril 2022, coup de cœur:Salina : les trois exils (2018), Laurent Gaudé

Salina : les trois exils (2018), Laurent Gaudé

C’est l’histoire d’une héroïne lumineuse puissante, sauvage, passionnée et insoumise qui prend l’amour pour un dû et la vengeance pour une raison de vivre. Au soir de son existence, c’est son dernier fils, qui raconte ce qu’elle a été, afin que la mort lui offre le repos que la vie lui a défendu.

Livre magnifique, violent, excessif, émouvant, poétique, c’est une tragédie grecque. Ce don des mères aimantes en échange d’une paix pour que « les sangs du passé soient enterrés » « que tout s’apaise ».

« je prends la vie que tu m’offres. Je veillerai sur ton fils, Alika… J’aurais alors sous les yeux le visage de ta sagesse. Va, Alika ce que tu fais aucune mère, jamais ne l’a fait. Je vais vivre, je te le jure. Ne t’inquiète pas de mon corps délabré, de mon épuisement. Je voulais mourir, mais tout a changé… Je ne tairai rien pour qu’il sache qu’il est l’enfant de deux mères et d’une paix scellée l’enfant qui enterre le vieux sang. Je lui dirai qu’Alika est le nom du don. Et il vivra, ouvert et droit, partout où il ira. »

Lu en avril 2022 coup de cœur:Le trottoir au soleil (2011), Philippe Delerm

Le trottoir au soleil (2011), Philippe Delerm

Philippe Delerm, dans Le trottoir au soleil, revient à ses premières amours : les plaisirs simples goûtés avec gourmandise. Il poursuit ses balades en Italie et à travers la France (les quais de la Seine). Des souvenirs, des moments de bonheur cueillis dans le quotidien, mais toujours racontés avec poésie, finesse, subtilité, simplicité et beauté.

Le deuxième livre de Philippe Delerm : Ma grand-mère avait les mêmes : Au fil des petites phrases toutes faites faussement anodines comme : Y a pas d’souci, C’est pas vrai ! Il a refait sa vie, C’est maintenant qu’il faut en profiter, C’est le soir que c’est difficile, Philippe Delerm démasque les sentiments enfouis et met à nu l’émotion. Ce sont ces petites phrases utilisées au quotidien, qui révèlent les états d’’âme des personnages.


Un bijou à découvrir ! « Dans la journée, ça va. C’est beau, cette humilité de la personne qui se retrouve seule, ou qui vient de connaître une perte cruelle. Elle admet que le jour apporte ses dérivatifs, les courses, un peu de jardinage, les infos du matin à la radio, quelques instants de bavardage… Elle fait bonne mine. On peut poursuivre un bout de chemin avec elle, en parlant de tout et de rien ; elle est si naturelle qu’on a même fini par l’interroger sur son chagrin. Elle a attendu un peu, pour le formuler au plus juste. L’espace d’un instant, on le partage. Elle ne referme pas la porte. Mais on ne saura pas la suivre dans le soir. C’est difficile. »

Lu en Avril 2022 Coup de cœur: Ton absence n’est que ténèbres (2022),Jon Kalman Stefansson

Ton absence n’est que ténèbres (2022),Jon Kalman Stefansson

« Etranges lectures » nous avait déjà permis de découvrir et d’apprécier cet auteur islandais aux romans et au style puissants.

L’histoire proposée ici se déroule sur 4 générations avec des destins imbriqués et passe d’une époque à une autre avec des thèmes comme l’écologie, le destin, la quête du bonheur…

Un homme se retrouve dans une église, quelque part dans les fjords de l’ouest, sans savoir comment il est arrivé là, ni pourquoi. C’est comme s’il avait perdu tous ses repères. Quand il découvre l’inscription « Ton absence n’est que ténèbres » sur une tombe du cimetière du village, une femme se présentant comme la fille de la défunte lui propose de l’amener chez sa sœur qui tient le seul hôtel des environs. L’homme se rend alors compte qu’il n’est pas simplement perdu, mais amnésique : tout le monde semble le connaître, mais lui n’a aucune souvenir ni de Soley, la propriétaire de l’hôtel, ni de sa sœur Runa, ou encore d’Aldis, leur mère tant regrettée.

Petit à petit, se déploient alors différents récits, comme pour lui rendre la mémoire perdue, en le plongeant dans la grande histoire de cette famille, du milieu du XIXème siècle jusqu’en 2020.

Cette fresque romanesque originale et puissante est écrite dans un style coloré comme des images de cinéma.

Lu en avril 2022 coup de coeur:Love me tender (2020), Constance Debré

Love me tender (2020), Constance Debré

« Je ne vois pas pourquoi l’amour entre une mère et un fils ne serait pas exactement comme les autres amours. Pourquoi on ne pourrait pas rompre. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas s’en foutre, une fois pour toutes, de l’amour. »

Nous découvrons alors une femme qui ne cesse pas d’aimer son enfant ; mais qui est tout simplement poussée par un désir de se réaliser. Une écriture essentielle, parfois violente (choquante ?). Une force impressionnante.

A noter que l’écrivaine vient de sortir son 3ème roman appelé Nom (2022) aux éditions Flammarion.

Lu en Avril 2022 coup de coeur:La femme qui fuit (2015), Anaïs Barbeau Lavalette

La femme qui fuit (2015), Anaïs Barbeau Lavalette

Suzanne Meloche est née en 1926 à Ottawa. Un jour elle décida d’une manière radicale de suivre sa propre voie en abandonnant ses enfants. Afin de remonter le cours de l’existence de cette grand-mère qu’elle n’a pas connue.
Elle embauche une détective privée et écrit à partir des indices dégagés. Elle nous confie à travers le portrait d’une femme explosive, restée en marge de l’histoire, une réflexion d’une intensité rare sur la liberté, la filiation et la création.
Un texte en forme d’adresse, directe et sans fard, à celle qui blessa sa mère à jamais.

L’autrice née en 1979, a écrit aussi des long-métrages documentaires, des films de fiction ainsi que des romans, qu’il est primordial de découvrir.

Ainsi, cela nous amène à nous interroger sur l’amour maternel. Celui-ci est-il forcément inné ? Pourquoi stigmatiserait-on cette mère indigne ?

Lu en mars 2022, Migrations,Là où vont nos pères Shaun Tan

Là où vont nos pères (2007), Tan Shaun

Shaun Tan est un auteur de bandes dessinées Australien qui offre ici une œuvre magnifique, avec un dessin précis, classique, monochrome. Les tons sépia ajoutent de l’humanité à l’ouvrage muet, ce qui fait comprendre au lecteur la dureté de l’exil, où que ce soit, quelle que soit l’époque.

Un homme quitte son pays (chassé par la famine ? par une mise au ban politique ?) et sa famille ; et s’embarque sur un grand bateau. Bien sûr les dessins évoquent les États-Unis et Ellis Island mais Shaun tan a transfiguré les paysages en un monde onirique, étrange, déstabilisant pour nous faire partager la perception de l’immigré plongé dans un monde qu’il ne connaît pas, dont il ne parle pas la langue ; qu’il ne comprend pas, dans lequel il est d’abord soumis à un tri inhumain. On suit son itinéraire chaotique, ses rencontres salvatrices qui vont lui permettre de trouver progressivement des repères et à terme de faire venir sa famille.

Le rythme est donné par la variété de la mise en page : accumulation de petites cases pour décrypter une situation complexe, doubles-pages de paysages agressifs par leurs bizarreries labyrinthiques. Sans paroles, il résume magnifiquement tous les aspects dramatiques de l’exil que nous avons découvert dans les autres fictions. Si on veut approfondir la lecture de cette bande dessinée, on peut consulter à la médiathèque le « making of » très détaillé de l’élaboration de l’œuvre.