Lu en Mars 2022, Migrations,La commode aux tiroirs de couleurs (2020), Olivia Ruiz

La commode aux tiroirs de couleurs (2020), Olivia Ruiz

D’inspiration autobiographique, Olivia Ruiz plutôt connu comme compositrice et interprète, signe avec La commode aux tiroirs de couleurs, son premier roman. Elle nous dépeint l’exil de trois femmes espagnoles sous le régime de Franco et plus particulièrement celui de sa grand-mère Rita.

L’intrigue commence après le décès de « l’abuela » de la narratrice Olivia ; « l’abuela » ayant laissé comme héritage à sa petite-fille une commode aux tiroirs multicolores qui renferme chacun des bribes de souvenirs de son histoire familiale. A chaque tiroir, un chapitre et une nouvelle étape dans la vie de Rita. A travers l’histoire de ces femmes sur plusieurs générations diverses thématiques sont abordées : la difficulté d’être immigré dans un pays étranger, l’amour charnel et fraternel, les répercussions d’une guerre et les non-dits au sein d’une famille. Un voyage à travers des décennies, bouleversant.

« Enfin, après tant d’années d’impatience domptée, je vais savoir pourquoi elle s’emballait à ce point pour cacher le secret que renfermaient ces dix tiroirs. Ma grand-mère les nommait ses renferme-mémoire. »

Pour son premier roman l’autrice surprend par son style fin et agréable à lire et s’inscrit dans un devoir de mémoire hérité de ses propres aïeuls. A noter, que ce roman a fait l’objet d’une adaptation en roman graphique en 2021 par Véronique Grisseaux aux éditions Bamboo.

Lu en mars 2022, Migrations, Certaines n’avaient jamais vu la mer (2012),Julie Otsuka

Certaines n’avaient jamais vu la mer (2012),Julie Otsuka

D’origine japonaise mais de nationalité américaine, l’autrice a écrit à ce jour deux œuvres qui ont su se faire remarquer : Quand l’empereur était un dieu en 2004 et Certaines n’avaient jamais vu la mer en 2012. Ce dernier titre remportera d’ailleurs le prix Fémina étranger la même année.

L’œuvre relate l’exil de jeunes japonaises vers les Etats-Unis au début du XXème siècle qui croient inévitablement en une vie meilleure au-delà de l’océan Pacifique. Or, la réalité est tout autre à leurs arrivées dans ce pays inconnu. De la première nuit avec leurs futurs maris à leurs accouchements, ces femmes découvrent ce qu’est une vie rude, brutale et sans amour.

« Ils nous ont prises avec frénésie sur des draps aux tâches jaunies. Avec aisance et sans histoires, car certaines d’entre nous avaient vécu cela bien des fois. Sous l’emprise de l’alcool. Avec brutalité, sans la moindre considération, en se moquant bien de nous faire mal. J’ai cru que mon vagin aller exploser. »

Elles sont alors instrumentalisées, complétement soumises et dévoués à leurs maris et à leurs enfants. Rien ne leur est accordé. Rien ne leur est épargné.

Le livre évoque également la guerre du Pacifique durant la seconde guerre mondiale qui amènera ces japonais installés aux Etats-Unis à un second exil.

La spécificité narrative de ce roman est que seule la deuxième personne du pluriel « nous » est utilisée ce qui souligne l’anonymat de toutes ces femmes meurtries. Les lecteurs ne peuvent en effet s’attacher à un personnage en particulier.

Même si les phrases sont brèves parfois sèches, l’écriture de l’écrivaine reste poétique et soignée et nous emporte dans ces faits encore trop méconnus de l’Histoire du Japon.

Lu en Mars 2022, Migrations,Autour de ton cou ,Chimamanda Ngozi Adichie

Autour de ton cou : nouvelles (2012), Chimamanda Ngozi Adichie

Cette autrice Nigériane, née en1977 au Nigeria vit actuellement aux États-Unis. Elle nous a offert en 2009 cet ensemble de 10 nouvelles, soient autant de touches successives pour décrire de façon sensible la société nigériane et les problèmes qui la traversent. Ce sont essentiellement des histoires de femmes, issues des classes moyennes, qui ont eu accès aux études universitaires. Cela ne les empêche pas de connaître le déclassement ou de ne pas se sentir à leur place dans un pays où les inégalités économiques, culturelles sont immenses, la corruption quasi-généralisée et les accès de crises ethniques, religieuses ravageuses.

L’issue, c’est l’exil, principalement aux États-Unis. La désillusion est souvent à l’arrivée : le mari promis n’est pas à la hauteur, la situation économique est précaire ce qui contraint ces femmes et ces hommes à faire de basses besognes mal payées et à habiter dans des logements sommaires. Ils vivent souvent entre eux ou avec des membres de la communauté noire américaine dont ils soulignent la différence. Pour ceux qui « réussissent » et vivent dans les quartiers de notables blancs à Princeton par exemple, l’intégration n’est pas évidente et le rapport au pays natal non plus.

Chaque nouvelle est suffisamment longue pour nous faire découvrir de façon nuancée les protagonistes et créer une forte empathie. Dans leur diversité, les douleurs évoquées trouvent leur écho dans les autres romans que nous avons lus pour cette séance.

Lu en Mars 2022 , Migrations, Soleil amer, Lilia Hassaine

Soleil amer (2021), Lilia Hassaine

La romancière a emprunté ce titre à Rimbaud. Naja quitte l’Algérie au début des années 60, avec ses trois enfants, pleine d’espoir d’une vie meilleure, pour rejoindre son mari, ouvrier dans l’industrie automobile. Mais il est devenu violent et elle ne le reconnait pas. Confrontée à des conditions de vie difficile, elle est obligée de confier l’un de ses jumeaux à la famille du frère de son mari, qui vit confortablement et ne peut avoir d’enfants. Daniel deviendra officiellement le neveu de sa mère, Ce qui provoquera une immense souffrance chez Naja et sera l’enjeu de rivalités entre les deux familles.

Cette femme écrasée par les traditions et sa condition tente d’élever au mieux ses enfants dans une cité HLM qui se ghettoïse mais elle peine à trouver sa place. Une de ses filles parviendra à renouer avec leur pays et leurs origines.

Ce roman raconte la réalité d’une époque, les désillusions.

« Quitter un pays qu’elles aimaient, suivre un mari qui trimait, perdre leurs enfants un par un, se demander si elles avaient fait le bon choix, être mère c’était ça, accumuler les erreurs, apprendre sans cesse, échouer encore. Les héroïnes, c’était elles. »

Lu en Février 2022: La figure du père: Jakuta Alikavazovic, Comme un ciel entre nous

Comme un ciel en nous (2021), Jakuta Alikavazovic

Jakuta Alikavazovic s’est pliée comme de nombreux écrivains à la contrainte de passer une nuit dans un musée et d’en faire un livre.

Pour elle ce musée ne pouvait être que le Louvre qui est un lieu intime de son histoire et de sa relation avec son père. Elle vient y retrouver l’amour de son père, père dont elle s’est un moment, éloignée pour se construire apparemment à contre-pied et qui a disparu aujourd’hui.

Elle s’est installée dans la salle des cariatides et des statues antiques. Elle nous entraîne dans l’étrange mystère de la vie nocturne du musée quand on l’affronte solitaire, soudain tout petit sous le regard des statues. Elle s’accapare des lieux avec une joyeuse liberté fantaisiste et irrévérencieuse qui tient à la relation qu’elle y a nouée avec son père.

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Lu en février 2022, La figure du père :Olivia Benhamou, le premier homme de ma vie

Le premier homme de ma vie (2008), Olivia Benhamou

Olivia Benhamou est journaliste, elle collabore régulièrement à la rédaction de Psychologies magazine. Initialement formée à la philosophie, elle a repris récemment des études de psychologie et se destine à l’exercice de la psychanalyse. Elle est l’auteur du Livre de la tranquillité (Éditions n°1, 1998), de Au bonheur des philosophes (six tomes parus entre 2002 et 2003) et de Avorter aujourd’hui, trente ans après la loi Veil (Mille et Une Nuits, 2005).

Des femmes d’exception évoquent la figure paternelle. Autoportraits en creux ou en ombre chinoise : en brossant le portrait de leurs pères, elles dessinent aussi le leur. Olivia Benhamou s’est entretenue avec onze femmes célèbres ou de père célèbre, qui ont pour points communs leur forte personnalité, leur engagement, leur détermination. Avec ces rencontres, et notamment :

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Lu en février 2022:la figure du père: Amélie Nothomb, premier sang

Premier sang (2021),Amélie Nothomb

Même à son 32ème roman, Amélie Nothomb ne cesse de nous surprendre par sa plume. Primé par le prix Renaudot 2021, l’autrice nous parle ici de son intimité et plus particulièrement de la vie de son père, père à qui elle a dû dire adieu sans pourvoir aller à ses obsèques durant le confinement de 2020 suite à la pandémie de la Covid-19.

Le narrateur de l’histoire est son père. De son enfance stricte dans un milieu aristocratique à sa prise d’otage au Congo en tant que diplomate ; l’autrice nous révèle uniquement ce qui s’est passé avant sa naissance en s’effaçant du récit le plus naturellement possible.

Il s’agit ici donc pour elle de raconter à la première personne, la jeunesse de son père et le début de sa carrière de diplomate, marquée par une prise d’otages en 1964 à Stanleyville, dans l’ex-Congo belge.

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Lu en Février 2022: l’image du père: Marc Dugain, La volonté

La volonté (2021), Marc Dugain

Après avoir traité dans ces précédentes œuvres des sujets forts et historiques notamment avec La chambre des officiers (1998) mais aussi Avenue des géants (2012), La volonté semble être le livre le plus personnel de Marc Dugain.

L’auteur y relate l’adieu du narrateur à son père dans une chambre d’hôpital. C’est dans cette atmosphère que le personnage principal se remémore la vie palpitante et mouvementée du mourant. De son enfance en Bretagne où il vaincra la poliomyélite à son exil au Sénégal où il vivra avec sa femme et naîtra son fils Marc Dugain. Sur fond de faits historiques durant la seconde guerre mondiale mais aussi à l’ère coloniale, l’auteur nous dresse un portrait saisissant de l’homme exceptionnel que fut son père grâce à un lien fusionnel avec sa femme et à l’exigence qu’il a porté toute son existence envers lui-même. Une exigence intense et régulière s’inscrivant dans la volonté de prendre une revanche sur sa vie.

Ce récit est autobiographique mais s’insère aussi dans une œuvre de transmission plus particulièrement immatérielle. Cela nous amène à nous interroger sur ce qu’un père peut laisser à son fils ou plus généralement à ses enfants de son vivant mais aussi après sa mort.

Une œuvre sobre et pudique sur la volonté de transmettre un héritage filial et familial.

Lu en février 2022: Figure des pères: Sorj Chalendon,Enfant de salaud

Enfant de salaud (2021), Sorj Chalandon

C’est le livre douloureux d’un homme trahi par son père qui n’a jamais su se racheter pour permettre à son fils de grandir. Il le considère comme un « salaud ».

Ce terme, c’est le grand-père qui l’a employé pour la première fois en révélant à son petit-fils que son père a porté l’uniforme allemand pendant la guerre et qu’il est en cela « un enfant de salaud ». Il a ouvert les yeux au jeune garçon qui, jusque-là, croyait dur comme fer au portrait de héros de la résistance dont son père l’abreuvait.

Il n’arrive à recueillir aucun récit cohérent de ce père mythomane, manipulateur, déjà rencontré dans « la profession du père ».

C’est en ayant accès au dossier de son père dans les archives judiciaires de Lille qu’il découvre la vérité. Celle-ci se dénoue en même temps que se déroule le procès du criminel de guerre Klaus Barbie auquel ils assistent tous les deux. Sorj Chalandon, est présent en tant que journaliste, le père comme spectateur d’une scène où il est plus sensible à la parole des bourreaux que des victimes.

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Lu en décembre 2021, Manon Fargetton, Le livre de toutes les réponses sauf une

Le livre de toutes les réponses sauf une (2015), Manon Fargetton

Cela commence par une histoire d’amitié entre adolescents décalés par rapport à leur environnement lorsqu’ils se retrouvent en classe de quatrième : Bérénice Lamort dont les parents sont des artistes itinérants mais qui a un manque lourd, Pandora Hurlevent, qui vit dans un manoir, et n’a jamais été scolarisée jusque-là, Lazare harcelé pour son homosexualité apparente. Ils se découvrent, partagent leurs tourments, font bloc.

Vers le milieu du récit, l’histoire tourne au fantastique. Chez, elle Pandora a enfin accès à la bibliothèque. Elle fait découvrir à ses amis un livre extraordinaire, un vieux grimoire dont l’origine semble se perdre dans la nuit des temps et qui a deux particularités : il répond à toutes les questions qu’on lui pose (ou presque) et a la capacité de se régénérer lorsqu’il brûle.

« Un livre reposait au fond du coffre, épais relié, d’un cuir rouge usé. La gravure d’un oiseau aux longues pattes et aux ailes déployées s’étalait sur la couverture ».

Ce livre transmis de génération en génération dans la famille de Pandora, suscite de nombreux questionnements sur ses origines. A la fin, les parents de Pandora décident d’aller en Egypte pour enquêter …Parviendront-ils à en découvrir le secret ?

On se laisse prendre à cette histoire,légère, émouvante, efficacement menée, avec des chapitres courts où alternent les points de vue.