Lu en décembre 2021, Manon Fargetton, Quand vient la vague

Quand vient la vague (2018),Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier

D’entrée nous assistons au départ de notre héroïne Nina qui à l’aube de ses 18 ans, fuit et s’interroge « Aujourd’hui, j’ai dix-sept ans, et je ne sais pas encore si ma vie s’arrête, ou bien si tout commence. Peut-être les deux à la fois ? », laissant ainsi le lecteur en suspens.

Quelques mois plus tard près du littoral girondin, sans nouvelles, son frère Clément décide de partir à sa recherche afin de comprendre la raison qui a poussé sa grande sœur à s’en aller du jour au lendemain du nid familial. Au terme de son enquête, rien ne sera plus jamais comme avant…

Même si l’intrigue est assez simple, elle met en avant des questionnements actuels. De nombreux thèmes sont abordés : l’importance des secrets de famille et leurs impacts, la culpabilité, l’amitié, l’homophobie ainsi qu’un fort amour fraternel entre les deux protagonistes principaux. Le parallèle entre l’image de la vague qui emporte tout sur son passage et ce que vivent nos deux personnages est omniprésent.

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Lu en décembre 2021, Manon Fargetton, A quoi rêvent les étoiles

A quoi rêvent les étoiles (2020), Manon Fargetton

Comme tous les titres-jeunesse de Manon Fargetton découverts par les lecteurs, ce roman construit comme un roman choral a été très apprécié. Il est construit comme une pièce de théâtre : acte 1, acte 2… entractes. L’écriture fluide et légère donne un texte facile à lire qui traite de sujets communs avec d’autres comme : la solitude, la différence, l’homosexualité, le deuil, les relations parents-enfants, les sentiments amoureux mais aussi la solidarité. Même les personnages en souffrance ont un potentiel de vie. La couverture avec son bleu lumineux en fait un objet attirant.

Nous découvrons cinq personnages très attachants, cinq solitudes que tout sépare. Il suffira pourtant d’un numéro inconnu s’affichant sur un téléphone pour que leurs existences s’entrelacent…

« Titouan ne sort plus de sa chambre, car le monde lui fait peur.
Alix, 17 ans et dont la mère a fui, rêve de théâtre. Elle veut jouer et quitter Saint-Malo.
Luce reste inconsolable depuis la mort de son mari, Lucien et a perdu l’envie.
Gabrielle tient trop à sa liberté pour s’attacher.
Armand, musicien et papa poule a construit sa vie entière autour de sa fille. »

L’histoire est fondée sur un principe : chaque humain est relié à n’importe quel autre, par seulement 6 liaisons maximum. Ici, nous partons donc avec 5 personnages (tous aussi touchants et différents les uns que les autres, par leurs âges, centres d’intérêt…). Tous sont pleins de mal-être et d’interrogations sur leur avenir. Des amitiés et des amours vont naître, des secrets vont se dévoiler. Ces personnes vont voir leurs vies s’entremêler.

Le théâtre est très présent dans ce roman et occupe également une place importante dans la vie de Manon Fargetton qui a été régisseuse lumière pendant plusieurs années.

« Hasard, destin, alignement de planètes… Appelez ça comme vous voulez, Moi, j’appelle ça magie. »

C’est une belle histoire optimiste, avec un côté « feel-good » qui fait du bien mais qui conduit aussi à s’interroger sur les attentes et besoins de chacun. Même les personnages qui pourraient paraître secondaires, comme le marchand de crêpes, Breizh Bob, « au service de vos papilles » ont un rôle important dans cette histoire, comme cela nous est révélé à la fin du livre.

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Lu en Décembre 2021, Manon Fargetton, Tout ce que dit Manon est vrai

Tout ce que dit Manon est vrai (2021), Manon Fargetton

Comme tous les romans que nous avons lus, il s’agit d’un livre choral où le lecteur se trouve tour à tour dans la peau de tous les protagonistes. Il partage leurs vécus, leurs points de vue sur les évènements, leurs échanges sous des formes variées qui vont du récit aux mails, aux sms mais aussi aux rapports de police ou de spécialistes. Cela donne de l’épaisseur au texte et la possibilité au lecteur de réfléchir et faire son chemin.

Le livre aborde avec beaucoup de finesse les problèmes des abus sexuels sur mineur à partir de deux expériences dramatiques vécues par la narratrice.

La plus ancienne est un enchaînement d’atteintes sexuelles, de viols commis par le fils jeune majeur d’un ami très proche de la famille, sur Manon encore fillette, au vu et au su de tous.

L’absence de réaction des adultes a retardé la prise de conscience de l’abusée (qui n’arrivait pas à savoir si l’acte qu’elle subissait était répréhensible puisque validé par des adultes) et de l’agresseur (qui ne se posait pas de question). D’où l’importance, même au bout de plusieurs années de mener l’affaire en justice pour que les responsabilités soient établies aux yeux de tous, y compris des parents.

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Lu en Octobre 2021, thème  » femme de », Gabriële, Claire et Anne Berest

Gabriële (2017), Anne et Claire Berest

Gabriële Buffet-Picabia est une femme remarquable et pourtant son nom échappe à la postérité. Elle a aussi été effacée de la mémoire familiale d’Anne et Claire Berest, ses arrière petites-filles qui mènent ici l’enquête… dans le but avant tout de comprendre et réhabiliter leur mère.

Une créature de cette ampleur ne pouvait pas s’appeler Gabrielle, comme tout le monde. Non, il lui fallait un seul l et un tréma, afin de devenir la très unique « Gabrièle » Buffet-Picabia (1881-1985).

A la fin du XIXème siècle, Gabriële ne rêve pas du prince charmant et de la création d’une famille. C’est une jeune femme jalouse de son indépendance qui suit des études de musique à Paris, puis à Berlin pour devenir compositrice. Avec Varèse, elle travaille à inventer un nouveau langage pour la musique.

En 1908 au moment de repartir pour Berlin, elle rencontre le peintre Picabia et après une nuit de discussion à réinventer le monde de l’art, sa vie est scellée à celle de Picabia. Dans ce début de siècle où l’art est déconstruit et crée de nouvelles formes, elle participe à l’éclosion du peintre, à ses recherches innovantes et à celles de ses amis les cubistes orphiques. Égérie de ces précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, elle est toujours à la pointe des avancées artistiques, mais toujours dans l’ombre. Ce milieu d’artistes est déconcertant, ils semblent très loin de la réalité de la vie quotidienne…Elle y crée des relations fortes avec Marcel Duchamp, éperdument amoureux et avec Guillaume Apollinaire, l’ami fidèle.

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Lu en octobre 2021, thème « femme de » : Guernica 1937, Alain Vircondelet

Guernica 1937 (2018), Alain Vircondelet

C’est l’histoire de cette toile célèbre, de la liaison passionnelle et tumultueuse de Picasso et Dora Maar que l’auteur choisit ici de nous raconter.

Lorsqu’ils se rencontrent en 1935, Picasso est dans une phase de repli de sa création, elle est une artiste, une photographe reconnue, photographiée et formée par Man Ray. Elle fait partie du groupe surréaliste et a été la maîtresse de Bataille dans une relation sadomasochiste.

C’est Picasso qui est maître de leur temps commun et qui exige ponctuellement sa présence dans son atelier de la rue de Savoie où elle ne reste jamais la nuit. Malgré leur passion, Picasso continue de veiller sur Marie Thérèse et ses enfants. Dora Maar n’a jamais toute la place.

Les deux artistes, se mesurent, se défient. Les portraits de Picasso s’aiguisent, les couleurs sont éclatantes. Lorsque les Républicains Espagnols demandent à Picasso une toile pour le pavillon espagnol de la foire universelle de Paris, les avions italiens et allemands viennent de massacrer par leur bombardement le jour du marché, toute la population de la petite ville de Guernica au pays Basque. Ensemble Picasso et Dora Maar conçoivent une fresque gigantesque qui hurle la douleur et la révolte contre le massacre des innocents. Picasso lui demande de photographier toutes les étapes de la création de la toile peinte au Ripolin. D’elle, il apprend la photographie, elle se met à peindre. C’est le tournant de leur histoire et de la vie de Dora Maar.

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Lu en Octobre 2021, thème « femme de »: La déesse des petites victoires (2012), Yannick Grannec

La déesse des petites victoires (2012), Yannick Grannec

Dans sa morne maison de retraite, l’insolente et rageuse Adèle Gödel est fort courtisée. Par des vieillards décrépits désireux de peupler la solitude de leur avant-dernière demeure ? Non. Par les intellectuels de l’Institute of Advanced Study, de Princeton, qui convoitent les précieuses archives de son mari, dont elle est l’unique héritière. Son nom ? Kurt Gödel, mathématicien de génie, psychopathe notoire, grand ami d’Einstein qui, dans la vraie vie, prétendait ne se rendre à son bureau que pour le plaisir de la conversation du retour avec ce savant d’exception. Sa veuve Adèle, ancienne danseuse de cabaret viennoise, toujours pétulante malgré les années, refuse avec obstination et délectation de transmettre ces précieux documents, trop heureuse de pouvoir enfin mépriser à son tour cet aéropage prestigieux qui considéra avec dédain le couple improbable qu’elle forma jusqu’à la fin avec ce prodige des mathématiques. Un esprit tourmenté et malade, sur lequel elle veilla tel un ange gardien, parfaitement insensible aux charmes de la physique quantique et du théorème d’incomplétude, mais attentive et dévouée, le protégeant contre vents et marées de lui-même et des terreurs paranoïaques qui l’assaillaient sans répit.

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Lu en Octobre 2021: thème « Femme de »:La dame couchée (2021), Sandra Vanbremeersch

La dame couchée (2021), Sandra Vanbremeersch

S’inspirant librement de l’expérience vécue par l’autrice, ce récit relate le quotidien sur plusieurs années, d’une jeune femme qui accompagna en tant que dame de compagnie, la fin de vie de la veuve d’un célèbre écrivain. Celle-ci nommée Lucette Destouches n’est autre que la 2ème épouse de Louis-Ferdinand Céline.

A travers de nombreuses descriptions parfois anodines, on nous dépeint une femme acariâtre, aigrie et qui présente une sénilité mentale avancée. Une grande importance est apportée à de petits détails sur le cadre de vie, aux objets, à la nourriture et aux animaux vivants ou morts qui peuplent cette bien triste maison de Meudon. On y découvre le déroulement de ses journées ponctuées de visites d’amis mais aussi d’angoisses. La mythique demeure perd peu à peu de sa splendeur tout comme sa propriétaire.

La vieille femme dormait « Parfois 20 heures sur 24, mais c’était le secret de sa longévité. Elle était si sereine, si tranquille, si paisible quand elle dormait. Elle ne subissait plus les angoisses de la vie. »

On y découvre aussi une femme touchante qui a dédié sa vie à la danse et qui malgré la célébrité de son mari aurait voulu exister par elle-même1. La dame couchée est le premier roman de Sandra Vanbremeersch. Il nous permet donc de plonger au plus près des dernières années de Lucette Destouches en insistant sur le délabrement d’une femme mais aussi de sa maison. Ainsi, ce texte met l’accent sur le thème du grand-âge, qui nous est ici décrit au jour le jour. Une écriture minutieuse, réfléchie et élégante à ne pas rater.

Lu en Octobre 2021: thème: « femme de » :Isabelle Duquesnoy, La redoutable veuve Mozart

La redoutable veuve Mozart (2019), Isabelle Duquesnoy

Cette biographie romancée retrace la véritable histoire de Constanze Mozart, veuve de Wolfgang Amadeus Mozart qui va faire en sorte tout au long de sa vie de redonner une légitimité dans le monde de la musique à son défunt mari. En effet, la mort de celui-ci fait écho à une misère certaine et à des dettes pour sa famille. Nous découvrons alors le portrait d’une femme de poigne, de caractère, autoritaire qui refuse de vivre misérablement avec ses enfants ; et qui à force de volonté et de ténacité, fera renaître de sa fosse commune le nom Mozart. Au gré de nombreuses rencontres ponctuées d’évènements historiques, artistiques et musicaux, l’autrice nous narre le combat de cette femme incroyablement moderne pour l’époque qui envers et contre tous ne cessera de poursuivre sa quête de reconnaissance pour l’œuvre de son mari. Constanze Mozart est entre autres à l’initiative du premier système de propriété intellectuelle.

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lu en octobre 2021, coups de cœur, Lydie SALVAYRE, Rêver debout

Rêver debout (2021), Lydie Salvayre

Ce livre est une diatribe réjouissante qui, à contre-pied, nous livre l’amour de Lydie Salvayre pour Don Quichotte et pour Cervantes.

Avec une grande liberté de ton, Lydie Salvayre adresse une série de lettres à Cervantes, qui prétendent voler au secours du Chevalier à la triste figure, malmené par son auteur : « Monsieur, je vous le dis tout net, je ne suis pas d’humeur à rire, et les façons dont vous traitez votre Quichotte ne sont pas de mon goût ».

Elle clame son amour pour cet homme pétri de la culture livresque des romans de chevalerie, qui se lance à corps perdu dans des aventures pour combattre toutes les injustices, quel qu’en soit le prix à payer. Elle en salue l’imagination, le courage, l’insubordination. Son anti-critique est une manière de montrer son admiration pour Cervantes, son audace politique et littéraire, l’universalité de son œuvre.

Par son enthousiasme, cet ouvrage donne non seulement envie de lire ou relire Don Quichotte, mais il nous exhorte aussi à nous engager totalement pour aller au bout de nos utopies.

C’est le début du livre qui a été lu pour donner envie à chacun de poursuivre.

Lu en octobre 2021, coup de cœur, Victoria HISLOP, L’île des oubliés

L’île des oubliés (2012), Victoria Hislop

Victoria Hislop est diplômée de littérature anglaise et a d’abord travaillé dans l’édition avant de poursuivre sa carrière vers l’écriture. Elle vit entre l’Angleterre et la Crète. Son premier roman, L’île des oubliés s’est vendu à trois millions d’exemplaire dans le monde et a été traduit dans 25 pays. Il fut traduit en France en 2012 aux éditions Les Escales et a reçu deux prix : « Newcomer of the year » en 2007 ainsi que le prix des lecteurs du livre de poche en 2013.

L’île des oubliés est un roman historique qui nous invite à nous évader au large de la Crète près d’une île au passé troublant. On y suit l’histoire d’Alexis, une jeune archéologue anglaise qui est en pleine quête identitaire et souhaite découvrir la raison qui a poussé sa mère à quitter son pays d’origine : la Grèce. Afin de percer ce secret de famille, Alexis part dans le village natal de sa mère en Crète, nommé Plaka. Là-bas, elle rencontre des personnalités locales qui lui apprennent son histoire familiale et découvre l’existence de l’île de Spinalonga. Cette île aurait servi autrefois de refuge pour une colonie lépreux entre les années 1900 et 1960. L’arrière-grand-mère d’Alexis y aurait péri. C’est ainsi que nous sommes plongés dans le passé familial de cette jeune femme à travers différentes époques tantôt dans les années 2000 mais aussi au XXème siècle.

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