Lectures de l’été, le théâtre AMOUR, MARIAGE et THÉÂTRE, Les Femmes Savante, Molière

Molière (1622-1673), Les Femmes savantes (1672)

La pièce a été créé en 1672 et est construite selon un schéma habituel chez Molière : deux jeunes gens (ici Henriette et Clitandre) s’aiment et veulent s’épouser mais ils se heurtent à l’opposition des parents qui ont des projets de mariage « arrangés » par intérêt. C’est la peinture sociale et familiale qui fait l’originalité de la pièce.

La famille est divisée en deux clans : les femmes (mère, tante et sœur aînée : addictes à la culture, elles ne jurent que par la philosophie et les sciences qui leur assure l’émancipation et les met en garde contre l’institution du mariage réducteur, mais ce sont des néophytes qui se laissent éblouir et manipuler par de faux intellectuels exhibitionnistes, orgueilleux, pédants, jaloux et sans talent.

Le père, l’oncle, Clitandre, Henriette, et la servante ont des positions plus matérialistes mais très conformistes. Certes l’amour doit présider au mariage et être son lieu d’épanouissement, mais la femme doit y rester à sa place. Ainsi Clitandre affirme :

« Je consens qu’une femme ait des clartés de tout

Mais je ne lui veux point la passion choquante

De se rendre savante, afin d’être savante »

« De son étude, je veux quelle se cache

Et qu’elle ait du savoir sans vouloir qu’on se sache »

C’est à l’opposition d’une sœur mère de fort caractère qu’Henriette se heurte car elle tient à lui faire épouser le « poète » Trissotin qu’elle vénère, espérant éveiller sa fille aux subtilités de la culture. Le soutien de son père paraît d’abord fort dérisoire, tant cet homme est prêt à toutes les concessions pour sauver la paix de son ménage. Pour le pousser au triomphe de la virilité et de l’autorité du père (« vous résoudre une fois à vouloir être un homme »), il faudra la pression de son frère et son stratagème qui mettra en lumière la vénalité de Trissotin. Le suspense est maintenu jusqu’au bout.

C’est par la verve, la capacité satirique de Molière à créer des situations où s’exacerbent les caractères des personnages. Il se plaît ainsi à construire des scènes parallèles très comiques pour l’arrivée de Trissotin et de Valdius où la prolifération des louanges les empêche de produire leur texte qui s’avère d’une totale platitude. Le ridicule culmine dans la dispute entre les deux « savants ».

Le traitement du clan des « savantes » est tellement caricatural qu’on se réjouit du triomphe du conformisme.

Lire la pièce de Molière permet d’entrer plus finement dans ses trouvailles de langage, les ruptures, les subtilités de constructions du texte.

Lectures de l’été, le théâtre AMOUR, MARIAGE et THÉÂTRE, Federico García Lorca (1898-1936) : Noces de sang (1931)

Federico García Lorca (1898-1936) : Noces de sang (1931)

Federico García Lorca est un poète et dramaturge espagnol, également prosateur, peintre, pianiste et compositeur, né le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros près de Grenade et exécuté sommairement le 19 août 1936 entre Viznar et Alfacar par des milices franquistes.

Cette pièce a été peu traduite en français depuis 1933, et souvent de manière incomplète (les parties poétiques ou chantées ne sont pas traitées par le traducteur).

Lorca s’inspire d’un fait divers relaté en juillet 1928. Mais c’est seulement en 1931 qu’il commencera à composer sa pièce. Il la termine au cours de l’été 1932. Créée le 8 mars 1933 à Madrid où elle remporte un grand succès, acclamée pendant des mois à Buenos Aires, elle a fait le tour du monde et malheureusement son triomphe a obscurci tout le reste de l’œuvre de Lorca, en associant durablement pour la majorité son image à celle d’un auteur exclusivement andalou, folklorique.

Les thèmes principaux en sont : la vengeance, la rivalité, l’honneur, la condition de la femme (sa solitude et son enfermement), la fatalité, la passion. Le texte regorge de symboles comme le couteau qui apparait dès le début, la lune qui se lève pour éclairer le duel, la mort personnifiée par la mendiante. L’intrigue simple a été maintes fois traitée au cinéma et en littérature.

Dans Noces de sang, un couple de jeunes gens s’apprête à se marier. Mais la jeune fille a déjà été fiancée dans le passé et l’ancien fiancé rode toujours dans les parages. Le soir de la noce, la jeune mariée s’enfuit avec Leonardo (l’ancien fiancé), écartelée entre sa passion et le poids de la désobéissance… (à noter que Leonardo est le seul personnage nommé dans le texte).

La mère du fiancé, rigide et fière, personnage complexe et pétri de contradictions, est partagée entre le culte de ses morts (mari et fils aîné), sa haine pour leurs assassins, les Félix, sa haine contre un destin implacable qui mène tous ceux que les femmes engendrent à la mort, et son désir de voir son dernier fils assurer une descendance.

Le poids du silence pèse sur ce monde paysan régi par les traditions, où tout est affaire d’argent et de terres lorsque se conclut un mariage. La vie s’écoule lentement entre désir

de vengeance et haines qui font jaillir la passion et le désordre et enfin une grande violence qui se déchaîne à la fin de la pièce.

Noces de sang est un texte moderne qui pose en particulier, la question du choix et de l’engagement.

La pièce se concentre vers cet instant suspendu où le destin bascule. L’écriture ancrée dans le réel, cette région presque désertique d’Alméria joue sur l’onirique et le fantastique.

On peut relever la poésie du texte et l’insertion de chansons populaires, qui allègent un ensemble très « plombé ».

Feuilleton 2020 2021, un secret de famille, témoignage 8

Témoignage 8

Annette et Françoise, l’amie de Madeleine

En rassemblant les pièces du puzzle, je croyais commencer à cerner la silhouette de Madeleine malgré le manque de détails, les non dits . Finalement, j’étais la seule de la famille à avoir autant d’éléments en ma possession.

C’est alors qu’est venue la lettre de Colette , et à nouveau toutes les pièces se dispersent…

Angèle et Madeleine ont du mal à coïncider. Colette parle d’une enfant « déposée » à l’hôpital psychiatrique de Cahors, or, si l’on en croie la photo qui, sans aucun doute, a été prise avant Madeleine/ Angèle entre dans l’adolescence… Peut on « déposer » une adolescente, le terme me heurte. D’autre part, aucun signe de dérèglement sur la photo, pas plus que dans les témoignages familiaux , d’ailleurs… Il faut une totale omerta familiale pour que les récits de son départ à Paris coïncident ainsi, et pourquoi, pour se protéger ? Me protéger ? Je n’arrive pas à y croire. Et enfin, comment Colette, qui a dû finir ses études autour de 22 ans a-t-elle pu rencontrer à l’hôpital une sœur « adolescente » de six ans son aînée. Mais elle semble sincèrement troublée, la ressemblance doit être forte. Il faut qu’on se rencontre . Mais pas tout de suite. Je ne me sens pas prête.

En reprenant tout depuis le début, je suis frappée par un évènement que j’avais occulté, et dont Julien est le seul à parler : la possibilité que Madeleine soit enceinte quand elle a quitté la maison.Cet enfant pourrait être, aujourd’hui un adolescent.Existe-t-il seulement. La seule susceptible de m’en parler serait son amie Françoise que je ne connais pas. Tentons le coup pour le coup.

Je suis arrivée à paris par le premier train pour rencontrer Françoise à l’entrée du jardin du Luxembourg. C’est elle qui m’a reconnue, à un air de famille… quant à elle, elle ne ressemble plus à l’adolescente dégingandée dont Grand Père a conservé une photo dans un livre. Nous sommes embarrassées

 – Que cherches-tu à savoir sur ta sœur ? Ce n’est que maintenant que tu t’y intéresses ?

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feuilleton 2020-2021, un secret de famille, témoignage 7

témoignage 7

Colette, la sœur fâchée

Chère Annette ,

Quelle surprise et quelle joie de recevoir ta lettre ! Cela fait longtemps , j’en ai parlé récemment à maman , que j’aimerais te retrouver et oublier nos erreurs de jeunesse . J’ habite Cahors , à deux pas de la cathédrale et du pont Valentré . Il fait bon vivre dans cette bourgade et je m’y plais beaucoup . Eugène partage ma vie . Il est pharmacien à l’hôpital . Nous nous sommes rencontrés lors d’un séminaire. Ce séminaire a été déterminant , un vrai virage dans ma vie . Tout d’abord , comme je l’ai dit précédemment , parce que j’ai rencontré l’homme de ma vie et puis , ensuite , parce que s’est enclenché un premier tour de serrure qui a permis d’ouvrir la porte tenue fermée depuis tant d’années , sur le secret de notre famille . Puisque tu sembles désireuse de lever le mystère , je vais te révéler ce que j’ai découvert sur notre sœur qui se nomme Angèle .

Donc , ce séminaire concernait la psychiatrie et je voulais me spécialiser dans ce domaine . La psychiatrie est une science qui a beaucoup évolué . Les premiers patients ont subi des traitements inhumains mais quelques esprits éclairés ont fait évoluer les pratiques . Très vite , j’ai compris que ma voie était celle-là et je me suis donc embarquée dans cette discipline . J’ai suivi de nombreux stages et ai passé les diplômes nécessaires .

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Feuilleton 2020 -2021, un secret de famille, témoignage 6

Témoignage 6

Jean, le plus grand frère

Petite Soeur,

Pardonne-moi de ne pas t’avoir répondu plus tôt, mon entreprise de cartonnage me prend énormément, et, je peux te le dire, j’ai été très remué par tes questions sur Madeleine…

Tu sais, jusqu’à la maladie de maman et la décision de tante Léonie de la prendre avec elle à Bourganeuf, on était très proches, Madeleine et moi. J’étais timide et sérieux, je suis d’ailleurs resté plutôt « taiseux » comme me l’a reproché Violette, mon ex femme…On était trop différents, elle et moi, elle a attendu que Fabien et Mireille aient fini leurs études, pour vider sur moi un énorme sac de reproches et me quitter…

Mais avec Madeleine, on se comprenait d’un regard, d’un geste, on partageait le même amour de la nature, la même curiosité, le même goût de la découverte…Je me souviens des heures que l’on passait ensemble à pêcher le vairon dans le ruisseau près de la maison, sous le pont de bois. Tu n’étais pas encore née…Jamais je n’aurais pensé qu’elle allait rester si longtemps chez tante Léonie, ni qu’elle l’emploierait dans sa mercerie en lui faisant vivre l’enfer tellement elle la harcelait et lui interdisait tout ce qu’elle désirait  …

Je me sens encore lâche, elle me manquait, j’aurais voulu aller la voir et rentrer avec elle, mais les parents ne semblaient pas le vouloir, ils n’en parlaient jamais, tout ce qu’on savait c’est qu’elle se conduisait mal, qu’il fallait qu’elle travaille… Le jour où elle a plaqué tante Léonie et où elle est revenue, elle n’était plus la même, je n’ai plus senti la connivence d’autrefois. Elle semblait révoltée, elle était belle et avide de liberté, moi je me sentais mal dans ma peau, j’étais boutonneux, trop sérieux, incapable de lui parler, de la retrouver…C’est avec Julien qu’elle a finalement eu le plus d’échanges, lui, avec son humour il la faisait beaucoup rire…Le jour où elle est sortie avec Jacques, accompagnée de Julien, j’étais à un camp de scouts…Bref, il s’est passé bien des choses dont je n’ai rien su… En fait, beaucoup de choses se sont éclairées il y a peu. Je te raconterai.

A l’époque, je faisais tout pour travailler bien au collège puis après au lycée, mais au fond de moi j’éprouvais un grand vide, j’avais perdu confiance en elle, et confiance en moi. Quand, il y a cinq ans, Julien m’a avoué l’avoir revue lors d’un voyage en Ethiopie, devenue ethnologue, c’était juste après mon divorce, je me suis senti doublement cassé….

Tu vois, tu me demandes qui est cette sœur dont on ne t’a jamais parlé, je crois, après tout le travail qu’il m’a fallu faire pour sortir de la dépression, qu’elle est au centre de tout ce qui m’a dépossédé de moi-même, sans en être la cause..Je ne sais comment te dire…C’est fou le poids que représente l’attitude des parents à son égard. Elle me fascinait par sa vivacité, ils semblaient s’en méfier.Si elle était restée avec nous je suis sûr que j’aurais su grandir et devenir fort comme elle.

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feuilleton 2020- 2021, un secret de famille, témoignage 5

Témoignage 5

L’ Oncle Paul





Paul et Annette sur le seuil de la porte

« Ah ! Bonjour Annette. Tu es déjà là et tu as apporté la photo. »

Paul entre dans la pièce qui lui sert de salon et tous deux s’assoient

Paul fronce les sourcils en regardant l’image ; il hésite puis commence à raconter. 

« La famille est au grand complet et ce sera la dernière fois. Je ne me souviens plus très bien à quelle occasion elle a été prise. Il me semble que c’est le Grand-Père Marcellin qui avait demandé au photographe de Saint Paul de venir photographier la famille. Eh ! bien je ne suis pas gâté par la nature là-dessus : des oreilles en chou-fleur, une coupe au bol et un air niais et empoté.

Si je suis aussi peu à mon avantage, c‘est que je ne voulais pas y être sur cette photo et je le fais bien voir. Je n’avais pas d’habits corrects. Adèle et ma mère avait donc fouillé dans les armoires et trouvé un veston aux manches trop courtes que j’ai dû revêtir bon gré mal gré. Les enfants ne discutaient pas les ordres des parents à l’époque. Mais si j’ai bien compris ce que tu m’as dit l’autre soir, au téléphone, ce n’est pas de moi dont tu souhaites que je te parle.

Justement, à propos de parler, Elle, toute la famille n’en parle qu’ainsi quand on en parle, à voix basse et très rarement. Les parents n’ont plus voulu entendre son nom après l’épisode Françoise. Le Grand-Père Marcellin avait beaucoup d’affection pour elle et aussi pour son amie. Grâce à elles, il avait découvert sur le tard le bonheur de la lecture mais n’avait pas eu le courage de l’avouer au reste de la famille. Il lisait en cachette quand il le pouvait. C’était leur secret. Si Beauvoir était trop féministe et trop intellectuelle pour lui, il avait découvert avec Saint-Exupéry un horizon viril et merveilleux.

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Feuilleton 2020 2021, un secret de famille, témoignage 4

Témoignage 4

Julien le frère cadet

Carùpano, Vénézuela, le 25 octobre 2020,

Ma chère Annette,

Cette fois-ci, petite sœur, une carte postale ne suffira pas et je ne parlerai pas de ma lente remontée dans l’embouchure de l’Orénoque pour aller chercher une cargaison de bois précieux ni du retour où nous avons failli nous faire prendre par les bancs de sables des hauts-fonds, dans la touffeur moite équatoriale, entre le bruit régulier et rassurant des moteurs et les cris des oiseaux et des singes hurleurs…C’est de Madeleine que je te parlerai, à ta demande… que j’attendais depuis quelques années.

Tante Adèle t’a beaucoup appris, je rajouterai quelques éléments qui lui ont sans doute échappé car peu de choses sortent de la maison.

Quelques mois après cette photo, maman est tombée malade et elle a du rester plusieurs semaines à l’hôpital. L’oncle Albert et la Tante Adèle vous ont pris, Colette et toi avec eux , mais tu ne t’en souviens sans doute pas. Martha avait la charge de tout le reste de la famille, car il n’était pas question pour notre père de s’adonner à des taches ménagères. La famille a été soulagée quand la sœur de papa, Tante Léonie a proposé de prendre Madeleine chez elle, à Bourganeuf, où elle tient une mercerie. Madeleine faisait petite mine, elle n’avait jamais quitté la maison ni la tribu… et elle ne savait pas ce qui l’attendait. Son absence a duré plusieurs mois (maman était rentée depuis longtemps). Nous recevions de brèves cartes postales anodines toujours contresignées par la tante. Un jour, elles sont arrivées sans préavis à la maison . Tante Léonie avait la tête des mauvais jours, et Madeleine n’en menait pas large, sa petite valise à la main. Léonie a explosé contre cette mioche rétive au moindre effort, sournoise, qui avait dérobé trois francs dans sa caisse pour « un achat personnel !!! » rendez vous compte, un achat personnel. Elle ne l’accepterait pas pas une minute de plus sous son toit. Papa lui assena une gifle qui laissa des marques sur ses joues et Madeleine se mura dans un lourd silence . Elle semblait nous en vouloir.

Les choses n’étaient sans doute pas si simples car les parents coupèrent tous les ponts avec la tante à compter de ce jour. Mais une punition donnée n’admettait aucune remise en cause ni aucun remord.

Longtemps après Madeleine m’a confié à quel point son retour l’avait libérée .

Elle avait vécu l’enfer chez tante Léonie. Elle devait faire le ménage à la maison et au magasin avant de partir à l’école, tenir la boutique lorsque Léonie allait à confesse ou a ses assemblées de charité. Elle ne supportait pas de la voir lire, trouvant toujours quelque nouvelle charge. Elle n’était jamais contente, la punissait souvent et , ne pouvant jamais sortir, elle ne s’était fait aucune amie durant ce séjour. Elle me dit aussi qu’elle se sentait aussi affranchie de papa dont la violence brutale avait été injuste. Elle quitterait vite la maison.

Tout cela a favorisé la rapidité de son émancipation dont t’a parlé Tante Adèle, mais elle ne connaît sans doute pas l’évènement clé qui a provoqué son départ sans retour.

Cela s’est passé un soir de bal des pompiers. Dans les années 60, le bal était la principale distraction des jeunes, dans le village. Tu t’en doutes, mes sœurs n’avaient pas l’autorisation d’y aller seules, mais chaque année, pour le bal des pompiers, toute la famille était de sortie. Les adultes se regroupaient entre eux autour des tables près de la buvette. Les hommes parlaient fort , parfois le ton montait, tandis que les femmes dansaient entre elles ou avec Maurice Tomaso, le charcutier et le meilleur valseur de la région. Pendant ce temps les enfants couraient dans tous les sens tandis que les filles, installées sur les chaises autour du plancher de danse riaient en lorgnant les garçons qui viendraient les inviter.Tout est de ma faute. A un moment, j’ai vu Madeleine serrée de près par Jacques, le frère de mon copain Fabrice, un gars d’au moins 19 ans. Il l’a embrassée, et là mon sang de frère jaloux n’a fait qu’un tour et j’ai j’ai fait un esclandre qui a éveillé l’attention des parents. Mon père a rassemblé la la famille et on est rentrés à la maison. Notre père fulminait. Madeleine était une dévergondée, la honte de la famille, elle avait été choisir le garçon qui avait la plus mauvaise réputation dans le village, et qu’en plus, elle leur avait gâché la soirée. Elle ne sortirait plus jamais seule, et en tant que frère insurgé, j’ai été chargé de sa surveillance Je n’en menais pas large , elle avait toutes les raisons de m’en vouloir, même si elle savait, c’était notre secret que je partageais ses rêves d’émancipation et de quitter la maison.

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Feuilleton 2020 2021, un secret de famille, témoignage 3

Témoignage 3

Martha, la sœur de Madeleine



Chère Annette,
Je ne suis peut-être pas la bonne personne pour te parler de Madeleine car je ne l’ai jamais aimée et pourtant c’était ma sœur! du moins, c’est ce que l’on m’a toujours dit.
Madeleine est arrivée un beau jour à la maison , sortie de nulle part et, entre nous, je reste persuadée qu’elle a été adoptée car je ne l’avais jamais vu auparavant.
Sous ses airs de petite fille modèle, j’ai toujours soupçonné chez elle une forme d’hypocrisie et je n’ai jamais pu vivre avec elle la complicité que l’on peut attendre normalement de la part de  deux sœurs.


Dès son arrivée, j’ai dû partager ma chambre avec elle et lui donner également certains de mes propres habits…tu trouves çà normal? Pour moi c’était l’intruse alors je ne pourrais pas, vois-tu,  être très objective à son égard.
J’aurais pu jouer avec elle mais je préférais la compagnie de  Jean de 3 ans mon cadet que je vois régulièrement aujourd’hui.
Un jour elle est partie et mes questions à son sujet restaient vaines. Mais qui était-elle réellement ? d’où sortait- elle ? Cela reste pour moi un mystère toujours pas résolu à ce jour mais personnellement je ne l’ai jamais considéré comme un membre à part entière de notre famille alors je me moque totalement de ce qu’il a pu advenir d’elle.
Peut-être me trouveras-tu ingrate ou dénuée de toute sensibilité mais je préfère être franche avec toi et je suis désolée de ne pouvoir te donner plus d’informations.
Je t’embrasse affectueusement.
Martha.

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Feuilleton un secret de famille, témoignage 2, la mère

Témoignage 2

Yvonne, La mère

Ma chère Annette,

Je sais qu’il est désormais temps de t’avouer la vérité. Lorsque tu m’as demandé de ressortir les vieilles photos de famille, après notre fameux repas dominical, j’ai su que je ne pourrais pas continuer à garder le secret plus longtemps. J’avais pressenti que tu allais me poser des questions.

Aujourd’hui tu as 34 ans et je sais que c’est un âge où l’on commence à s’intéresser de plus près à ses ancêtres et aux photos prises durant l’enfance. Tu viens d’avoir une petite-fille, Jeanne, qui à son tour te posera des questions plus tard. Tout cela me pousse à t’adresser cette lettre aujourd’hui. Sache que je serai incapable de te parler de tout ça de vive voix.

Tu veux savoir pourquoi plus personne n’évoque ta sœur Madeleine. Ton père et moi t’avons souvent parlé de son amie Françoise, cette fille libérée et féministe qui a entraîné Madeleine dans ses aventures. Tu connais la suite, l’exil de ta sœur en Inde puis en Éthiopie. Les liens se sont réellement coupés à ce moment-là, et nous nous sommes servis de cet argument, Joseph et moi, pour éviter d’avoir à en dire plus sur Madeleine.

Annette, il faut que tu saches : Madeleine n’a pas été autant désirée que tous tes autres frères et sœurs. Elle est née en 1940 et tu n’es pas sans savoir qu’à ce moment-là, c’était la guerre. En Dordogne, nous étions en zone libre, et des familles Alsaciennes ont trouvé refuge chez nous pour fuir les Allemands. Nous avons donc transformé notre vieille grange en logement précaire, afin d’y accueillir une famille avec deux jeunes enfants. Contre quelques travaux dans les champs, nous leur offrions le gîte et le couvert. J’appréciais beaucoup la femme et ses enfants, avec lesquels je passais beaucoup de temps. Mais je me méfiais du père de famille, Adalbert. Blessé de guerre, il avait perdu sa jambe droite au front et portait désormais une jambe de bois. C’était un homme qui avait sa fierté, mais qui avait perdu sa dignité car il n’était plus apte à défendre son pays. Et qui avait également perdu sa virilité aussi. Sa femme m’avait fait l’aveu que son mari était devenu un autre homme, plus aigri, et qu’elle ne le désirait plus. Adalbert en souffrait beaucoup, et a commencé à noyer son chagrin dans l’alcool.

Une nuit, j’ai entendu du bruit dans le chai attenant à la maison. Je me suis levée et j’ai surpris Adalbert en train de voler du vin. Outrée, je lui ai crié de sortir, que c’était du vol, après tout ce que nous faisions pour sa famille. Il n’a pas bougé et m’a regardée d’un air mauvais ; à ce moment-là, le mauvais pressentiment que j’avais à l’égard de cet homme s’est confirmé. Tout s’est passé très vite. Il a saisi une bouteille en verre et m’a assommée avant que je n’aie le temps de réagir. J’ai chancelé puis je suis tombée à terre. Annette, à ce moment-là, j’aurais préférée être morte sur le coup. Il s’est jeté sur moi, m’a arraché mes vêtements et m’a pénétrée avec une violence inouïe et bestiale. Je n’ai rien pu faire pour me défendre, j’étais incapable de crier pour appeler au secours. Adalbert n’a rien dit durant tout le temps que mon calvaire a duré. Il est parti, toujours sans un mot, et je suis restée des heures sur le sol glacial du chai, incapable de faire quoi que ce soit. Je me suis juré de toujours éviter cet homme et de ne plus lui adresser la parole, même lorsqu’il commettrait d’autres vols.

Quelques jours plus tard, ton père Joseph est revenu du Front. C’était sa toute première permission depuis des mois qu’il était parti combattre. Il était tellement heureux de nous retrouver, ta sœur aînée Martha et moi ! J’ai dû donner faire bonne figure. Je me suis jetée dans ses bras protecteurs. Nous avons fait l’amour. Je ne pouvais pas lui refuser cela, après ce qu’il avait vécu là-bas… Au bout de trois mois, je me suis aperçue que j’étais enceinte. Était-ce l’enfant de Joseph ? Ou pire, celui d’Adalbert… J’ai envoyé une lettre à Joseph pour lui annoncer l’heureuse nouvelle, en omettant de lui raconter ce qui s’était passé. Ton père était le plus heureux des hommes ! Quant à moi, j’ai vécu une grossesse horrible, avec des nausées jusqu’à la fin. L’accouchement s’est déroulé avec des douleurs atroces. Ce bébé, une petite fille, ressemblait comme deux gouttes d’eau à ta sœur Martha. J’étais toujours dans le doute de sa paternité. Je dois t’avouer que je n’ai jamais réussi à l’aimer comme les autres. De plus, cette petite fille ne pleurait jamais, ne me souriait jamais, comme si elle sentait qu’elle était de trop et qu’elle voulait se faire oublier. Je me maudissais. Au retour de ton père, Madeleine avait 6 mois. Je lui ai tout avoué. Au début, il s’est mis dans une colère noire, insinuant que c’était moi qui avais séduit Adalbert. Je me suis mise à pleurer et je lui ai juré qu’il s’agissait d’un viol. Le temps a fait le reste, Joseph a fini par me croire. Il a immédiatement expulsé toute la famille Alsacienne. Je n’ai jamais su ce qu’ils sont devenus.

Joseph et moi nous sommes jurés de ne jamais rien dire à personne, afin de préserver l’honneur de la famille. Cette incertitude sur le vrai père de Madeleine me torturera jusqu’à la fin de mes jours. Elle n’a jamais manqué de rien, sauf de l’amour de ses parents. Je compte sur toi, Annette, pour remettre cette lettre à ta sœur Madeleine. Je ne pourrai pas le faire moi-même, j’ai trop honte.

Ta maman Yvonne

Atelier de Février 2021,

A

TELIER D’ECRITURE – ALT- virtuel ou non

Vendredi 19 février 2021

Centre Culturel Terrasson ???

Encore beaucoup d’inconnues : serons nous déconfinés, je n’ose plus y croire et dans quel créneau horaire ? Retrouverons nous l’accés au blog qui est pour le moment en panne ?

Ce n’est pas une raison pour ne pas continuer…

Nouveau feuilleton : secret de famille

En séance on a pris connaissance des personnes présentes sur une photo de famille. On ne sait rien de l’une d’entre elles… Les autres si.

Chacun d’entre vous est un des personnages et donne ou pas sa version de l’histoire . On a presque tous les témoignages. Donne-t-on une suite ? Si l’un de vous a envie, il se signale : je vous joins le texte intégral actuel…

Jeu 1 Haïku en trois images

Voici trois images Chacune, dans l’ordre que vous voulez ,vous amène à un des vers de votre Haïku

Jeu 2 : Mais qui sont-ils ?

On les cite sans réfléchir, chaque fois qu’on utilise l’expression qui les évoque. Vous choisirez une des expressions et inventerez l’histoire de l’individu qui a suscité sa naissance :

– Pas ça, Lisette !

– C’est parti, mon Kiki.

– Faire sa Sainte Nitouche

– tranquille comme Baptiste.

Jeu3 : Une lettre qui change et tout est transformé

Choisissez un mot : passer d’un mot à l’autre en changeant une seule lettre chaque fois . Lorsque vous en avez entre 5 et 10, vous les utilisez dans un petit texte.