Lu en Février 2022: La figure du père: Jakuta Alikavazovic, Comme un ciel entre nous

Comme un ciel en nous (2021), Jakuta Alikavazovic

Jakuta Alikavazovic s’est pliée comme de nombreux écrivains à la contrainte de passer une nuit dans un musée et d’en faire un livre.

Pour elle ce musée ne pouvait être que le Louvre qui est un lieu intime de son histoire et de sa relation avec son père. Elle vient y retrouver l’amour de son père, père dont elle s’est un moment, éloignée pour se construire apparemment à contre-pied et qui a disparu aujourd’hui.

Elle s’est installée dans la salle des cariatides et des statues antiques. Elle nous entraîne dans l’étrange mystère de la vie nocturne du musée quand on l’affronte solitaire, soudain tout petit sous le regard des statues. Elle s’accapare des lieux avec une joyeuse liberté fantaisiste et irrévérencieuse qui tient à la relation qu’elle y a nouée avec son père.

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Lu en février 2022:la figure du père: Amélie Nothomb, premier sang

Premier sang (2021),Amélie Nothomb

Même à son 32ème roman, Amélie Nothomb ne cesse de nous surprendre par sa plume. Primé par le prix Renaudot 2021, l’autrice nous parle ici de son intimité et plus particulièrement de la vie de son père, père à qui elle a dû dire adieu sans pourvoir aller à ses obsèques durant le confinement de 2020 suite à la pandémie de la Covid-19.

Le narrateur de l’histoire est son père. De son enfance stricte dans un milieu aristocratique à sa prise d’otage au Congo en tant que diplomate ; l’autrice nous révèle uniquement ce qui s’est passé avant sa naissance en s’effaçant du récit le plus naturellement possible.

Il s’agit ici donc pour elle de raconter à la première personne, la jeunesse de son père et le début de sa carrière de diplomate, marquée par une prise d’otages en 1964 à Stanleyville, dans l’ex-Congo belge.

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Lu en Février 2022: l’image du père: Marc Dugain, La volonté

La volonté (2021), Marc Dugain

Après avoir traité dans ces précédentes œuvres des sujets forts et historiques notamment avec La chambre des officiers (1998) mais aussi Avenue des géants (2012), La volonté semble être le livre le plus personnel de Marc Dugain.

L’auteur y relate l’adieu du narrateur à son père dans une chambre d’hôpital. C’est dans cette atmosphère que le personnage principal se remémore la vie palpitante et mouvementée du mourant. De son enfance en Bretagne où il vaincra la poliomyélite à son exil au Sénégal où il vivra avec sa femme et naîtra son fils Marc Dugain. Sur fond de faits historiques durant la seconde guerre mondiale mais aussi à l’ère coloniale, l’auteur nous dresse un portrait saisissant de l’homme exceptionnel que fut son père grâce à un lien fusionnel avec sa femme et à l’exigence qu’il a porté toute son existence envers lui-même. Une exigence intense et régulière s’inscrivant dans la volonté de prendre une revanche sur sa vie.

Ce récit est autobiographique mais s’insère aussi dans une œuvre de transmission plus particulièrement immatérielle. Cela nous amène à nous interroger sur ce qu’un père peut laisser à son fils ou plus généralement à ses enfants de son vivant mais aussi après sa mort.

Une œuvre sobre et pudique sur la volonté de transmettre un héritage filial et familial.

Lu en décembre 2021, Manon Fargetton, Le livre de toutes les réponses sauf une

Le livre de toutes les réponses sauf une (2015), Manon Fargetton

Cela commence par une histoire d’amitié entre adolescents décalés par rapport à leur environnement lorsqu’ils se retrouvent en classe de quatrième : Bérénice Lamort dont les parents sont des artistes itinérants mais qui a un manque lourd, Pandora Hurlevent, qui vit dans un manoir, et n’a jamais été scolarisée jusque-là, Lazare harcelé pour son homosexualité apparente. Ils se découvrent, partagent leurs tourments, font bloc.

Vers le milieu du récit, l’histoire tourne au fantastique. Chez, elle Pandora a enfin accès à la bibliothèque. Elle fait découvrir à ses amis un livre extraordinaire, un vieux grimoire dont l’origine semble se perdre dans la nuit des temps et qui a deux particularités : il répond à toutes les questions qu’on lui pose (ou presque) et a la capacité de se régénérer lorsqu’il brûle.

« Un livre reposait au fond du coffre, épais relié, d’un cuir rouge usé. La gravure d’un oiseau aux longues pattes et aux ailes déployées s’étalait sur la couverture ».

Ce livre transmis de génération en génération dans la famille de Pandora, suscite de nombreux questionnements sur ses origines. A la fin, les parents de Pandora décident d’aller en Egypte pour enquêter …Parviendront-ils à en découvrir le secret ?

On se laisse prendre à cette histoire,légère, émouvante, efficacement menée, avec des chapitres courts où alternent les points de vue.

Lu en décembre 2021, Manon Fargetton, Quand vient la vague

Quand vient la vague (2018),Manon Fargetton et Jean-Christophe Tixier

D’entrée nous assistons au départ de notre héroïne Nina qui à l’aube de ses 18 ans, fuit et s’interroge « Aujourd’hui, j’ai dix-sept ans, et je ne sais pas encore si ma vie s’arrête, ou bien si tout commence. Peut-être les deux à la fois ? », laissant ainsi le lecteur en suspens.

Quelques mois plus tard près du littoral girondin, sans nouvelles, son frère Clément décide de partir à sa recherche afin de comprendre la raison qui a poussé sa grande sœur à s’en aller du jour au lendemain du nid familial. Au terme de son enquête, rien ne sera plus jamais comme avant…

Même si l’intrigue est assez simple, elle met en avant des questionnements actuels. De nombreux thèmes sont abordés : l’importance des secrets de famille et leurs impacts, la culpabilité, l’amitié, l’homophobie ainsi qu’un fort amour fraternel entre les deux protagonistes principaux. Le parallèle entre l’image de la vague qui emporte tout sur son passage et ce que vivent nos deux personnages est omniprésent.

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Lu en décembre 2021, Manon Fargetton, A quoi rêvent les étoiles

A quoi rêvent les étoiles (2020), Manon Fargetton

Comme tous les titres-jeunesse de Manon Fargetton découverts par les lecteurs, ce roman construit comme un roman choral a été très apprécié. Il est construit comme une pièce de théâtre : acte 1, acte 2… entractes. L’écriture fluide et légère donne un texte facile à lire qui traite de sujets communs avec d’autres comme : la solitude, la différence, l’homosexualité, le deuil, les relations parents-enfants, les sentiments amoureux mais aussi la solidarité. Même les personnages en souffrance ont un potentiel de vie. La couverture avec son bleu lumineux en fait un objet attirant.

Nous découvrons cinq personnages très attachants, cinq solitudes que tout sépare. Il suffira pourtant d’un numéro inconnu s’affichant sur un téléphone pour que leurs existences s’entrelacent…

« Titouan ne sort plus de sa chambre, car le monde lui fait peur.
Alix, 17 ans et dont la mère a fui, rêve de théâtre. Elle veut jouer et quitter Saint-Malo.
Luce reste inconsolable depuis la mort de son mari, Lucien et a perdu l’envie.
Gabrielle tient trop à sa liberté pour s’attacher.
Armand, musicien et papa poule a construit sa vie entière autour de sa fille. »

L’histoire est fondée sur un principe : chaque humain est relié à n’importe quel autre, par seulement 6 liaisons maximum. Ici, nous partons donc avec 5 personnages (tous aussi touchants et différents les uns que les autres, par leurs âges, centres d’intérêt…). Tous sont pleins de mal-être et d’interrogations sur leur avenir. Des amitiés et des amours vont naître, des secrets vont se dévoiler. Ces personnes vont voir leurs vies s’entremêler.

Le théâtre est très présent dans ce roman et occupe également une place importante dans la vie de Manon Fargetton qui a été régisseuse lumière pendant plusieurs années.

« Hasard, destin, alignement de planètes… Appelez ça comme vous voulez, Moi, j’appelle ça magie. »

C’est une belle histoire optimiste, avec un côté « feel-good » qui fait du bien mais qui conduit aussi à s’interroger sur les attentes et besoins de chacun. Même les personnages qui pourraient paraître secondaires, comme le marchand de crêpes, Breizh Bob, « au service de vos papilles » ont un rôle important dans cette histoire, comme cela nous est révélé à la fin du livre.

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lu en février 2020, coup de cœur: T. Morrison, l’œil le plus bleu

L’œil le plus bleu, Toni Morrison

 Premier roman de Toni Morrison, Prix Nobel de Littérature en 1993,  « L’oeil le plus bleu », écrit assez tardivement, permet à la romancière de connaitre son premier succès.

Avoir des yeux bleus, et encore plus bleus que Shirley Temple, c’est le rêve de Pecola, une petite fille noire, laide, qui vit à Lorain (Ohio – États-Unis), rejetée par la société et à l’école. De plus, malgré son jeune âge (douze ans), Pecola va avoir un enfant mais le drame est qu’il serait de son père, violent. Son passé éclairé par des flash-backs explique cette violence, Continuer la lecture de « lu en février 2020, coup de cœur: T. Morrison, l’œil le plus bleu »

lu en février 2020, coup de cœur : Jodi Picoult, Mille petits riens

Jodi Picoult, Mille petits riens (2016)

 

Jodi Picoult est née en 1966 à New York et est romancière.

L’héroïne s’appelle Ruth Jefferson et exerce le métier de sage-femme depuis plus de 20 ans. Employée modèle et collègue accommodante, mère d’un fils intelligent de 17 ans qu’elle élève seule depuis que son mari est décédé, personne ne se plaint d’elle. Sauf qu’elle est noire. Continuer la lecture de « lu en février 2020, coup de cœur : Jodi Picoult, Mille petits riens »

lu en février 2020, coup de cœur : Marc Roger, Grégoire et le vieux libraire

Marc Roger, Grégoire et le vieux libraire (2019)

 

Marc Roger est né en 1958 à Bamako au Mali.

Il exerce la profession de lecteur public au sein de la Compagnie « La Voie des Livres ». Depuis 1992, il vit de sa passion pour la lecture à voix haute, qui représente un lien social fort selon lui :

« Lire à voix haute et en public, c’est à mon sens, offrir à l’écoute du plus grand nombre, public adulte et jeunesse, des récits brefs, nouvelles ou extraits de romans. C’est également produire des étincelles qui donnent envie de lire, douvrir la voie des livres par où circulent l’échange et les idées. Mais c’est aussi, au cœur des villes et des villages, dans l’entreprise, dans les cafés, partout dans la cité, s’inscrire comme un passeur. Tout simplement lecteur public. »

Grégoire et le vieux libraire, premier roman de Marc Roger.

 C’est l’histoire d’une rencontre, une belle rencontre. Entre Grégoire, 18 ans, pas doué pour les études et devenu agent de service hospitalier dans une maison de retraite malgré lui parce qu’il faut bien travailler pour gagner sa vie, et Monsieur Picquier, ancien libraire atteint de la maladie de Parkinson et d’un glaucome aux yeux. Le vieux monsieur ne peut plus ni tenir un livre, ni distinguer les mots sur les pages. Grégoire fuit pourtant cet objet, qui lui rappelle sa médiocrité à l’école ; mais Monsieur Picquier va avoir besoin de lui pour l’aider à vivre de son ancienne passion avant de s’éteindre, (si ça se trouve des années plus tard, sans avoir pu retrouver le plaisir de lire). Continuer la lecture de « lu en février 2020, coup de cœur : Marc Roger, Grégoire et le vieux libraire »

lu en février 2020 , coup de cœur : jean Echenoz, la vie de Gérard Fulmard

Jean Échenoz, Vie de Gérard Fulmard (2020)

Avec ce nouveau livre, Jean Échenoz nous présente une parodie de polar.

Le personnage principal, Gérard Fulmard, est un anti-héros, un raté qui enchaîne les échecs. Son nom de famille qui, à une lettre près, évoque un oiseau de mer gris et terne, n’est pas en sa faveur.

Le début de l’intrigue illustre bien le ridicule du personnage. Nous apprenons que la chute d’un satellite soviétique a tué son propriétaire d’appartement ; Gérard se croit alors délesté de tous ses impayés de loyer et de ceux à venir. Continuer la lecture de « lu en février 2020 , coup de cœur : jean Echenoz, la vie de Gérard Fulmard »