Feuilleton 22 23 Le village le plus moche Chapitre 5

Chapitre 5

Lulu n’était pas très heureux à l’idée de collaborer avec les 2 maires des communes voisines. Toutefois son envie de gagner le concours du village le plus moche de France l’emportait sur sa fierté. Selon lui il valait mieux faire une alliance temporaire avec de petits ennemis car remporter la guerre était plus important que remporter une petite bataille. Et puis après tout, peut être que les maires de Truffignac et de Cépignac auront quelques astuces à lui apprendre. Lulu était bien content pour une fois d’avoir un projet à mener. Dans sa commune où il se passait pas grand chose, il se faisait souvent chier comme un rat mort il faut le reconnaître. Alors ce projet où les habitants semblaient s’investir un petit peu tombait à pic. Toutefois, bien qu’il ait décidé de donner du crédit à ses ennemis en acceptant ce regroupement de villages moches, Lulu voulait faire cela bien comme il faut. Il fallait donc découvrir à tout prix qui s’amusait à embellir le Chataignac. Après tout ses deux alliés n’avaient plus aucun intérêt à gâcher leur chance de gagner le concours car ils étaient dans le même bateau désormais.

Lulu décida donc de convoquer un conseil de dernière minute pour parler stratégie. Il y convia cette fois ci tout le monde, à savoir Lucette, le Père Chassagne, Fernand et Marcel ainsi que ces deux nouveaux alliés momentanés ainsi que Luvina. A son grand soulagement, tout le monde répondit présent. C’est ainsi qu’on les retrouva un samedi matin à la salle des fêtes de la commune.

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feuilleton 22-23 le village le plus moche chapitre 4

LE VILLAGE LE PLUS MOCHE…

CHAPITRE4

Lulu convoqua de nouveau le conseil. Il était quelque peu désemparé mais restait déterminé sur son projet : faire du village de Chataignac le village le plus moche de France.

Chaque conseiller devait venir à la réunion avec une proposition. Le conseil voterait pour les 3 meilleures, les présenterait aux Châtaigniers qui prendraient la décision finale.

Chaque conseiller vint sans avoir une idée bien précise car ils savaient l’impact de leur choix sur la population et les futures élections mais aussi ils craignaient la réaction de l’édile s’ils contrariaient ce dernier. Les 4 bénévoles désignés pour surveiller le village participaient également à cette réunion.

Lucette prit la parole en premier : Moi mon bar n’a pas changé. Les publicités des années 50 sont toujours là même si aujourd’hui elles sont difficilement lisibles étant un peu effacées et écornées. Je ne bougerai rien du tout et mon bar rentre dans le concours.

Puis vint le tour du Père Chassagne. Pour lui, il ne fallait pas s’affoler car si le mur de la mairie était rafraîchi tout le reste était facile à démolir. Avec le passage quotidien des chèvres de la Fanchon les fleurs seront vite broutées et leurs déchets naturels encombreront vite les rues. Quant à la pelouse du stade l’ herbe et les ronces vont vite repousser étant donné qu’il est bâti sur un marécage. D ailleurs jusque- là personne n’a lancé un match de foot à cause du terrain mal asséché mais aussi à cause des gradins brinquebalants sur lesquels personne n’a osé s’y aventurer. Les ruelles restent toujours sombres d’autant qu’avec les économies d’énergie les ampoules cassées n’ont pas besoin d’être remplacées.

  • Oui, dit Lulu , mais les gens ont vu qu’il serait assez facile et peu coûteux d’améliorer l’aspect de ce village et je ne suis pas certain d’une adhésion unanime à vos idées.

Là-dessus les surveillants du village dirent avoir vu le maçon de Truffignac et le jardinier de Cépignac errer dans le village la nuit passée. Pour sûr ils les avaient bien vus, c’étaient bien eux.

A cette information le sang de Lulu ne fit qu’un tour.

  • J’en étais sûr, les 2 maires veulent piquer mon idée.
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Feuilleton 22-23Le village le plus moche Chapitre 3

Un village très ordinaire

Chapitre 3

Lulu avait enfin reçu un courrier de la production du « Village le plus moche de France », dans lequel on apprit que Châtaignac pouvait concourir ! Monsieur le Maire fut tellement content qu’il fit imprimer 840 invitations pour tous ses administrés, afin de fêter cette excellente nouvelle. Il avait prévu un énorme banquet dans la minable salle communale, où chauffage et climatisation ne fonctionnaient guère à l’année, mais qui ferait l’affaire en ce doux temps de juin. Les cuisines étant évidemment hors service, il avait fait appel aux traiteurs des deux villages voisins, Cépignac et Truffignac. Tout était prévu pour une fête hors du commun, l’une des dernières pour ce village encore inconnu du grand public. Le tournage du « Village le plus moche de France » était prévu pour décembre prochain, l’un des pires mois de l’année à Châtaignac, surtout qu’on n’avait pas l’argent nécessaire pour les décorations de Noël… Encore un élément qui favoriserait à coup sûr la victoire du village !

Lulu en était là de ses réflexions, lorsqu’un beau matin, en arrivant à la Mairie, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvrit que la façade du bâtiment avait entièrement été refaite ! Les énormes fissures dans le mur avaient admirablement été colmatées, et le crépi avait été lui aussi refait à neuf, dans ce beau ton jaune qui rappelaient la belle pierre de Sarlat. Le Maire Lulu était partagé entre émerveillement et frustration. C’était un bel ouvrage certes, mais qui compromettait largement la participation de Châtaignac à l’émission. Il convoqua d’emblée les élus. Tous étaient là, à admirer le bâtiment municipal comme s’ils le découvraient pour la première fois. Jamais ils ne lui avaient prêté une telle attention. Lulu interrogea les présents, suspicieux. Nous étions mercredi, et mardi soir, c’était sûr, la façade du bâtiment était encore toute pourrie. Cela s’était donc produit dans la nuit en seulement quelques heures. Comment était-ce possible ? S’agissait-il de quelqu’un du village ? Pas possible, se disait Lulu, personne n’exerce la profession de maçon ici… Globalement les habitants n’étaient pas très manuels, il suffisait de voir leurs jardins à l’abandon et l’état de leurs maisons et garages… Les élus n’avaient pas plus de réponses à ces questions.

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Feuilleton 22- 23 le village le plus moche… chapitre 2

Depuis le dernier conseil municipal où la majorité des élus avait adopté le projet de participer au concours du village le plus moche de France, Luvina se torturait les méninges quant au devenir de sa commune.

Accepter un tel challenge n’était-il pas un réel danger pour son village ? Le plus moche, pourquoi pas ! Mais comment empêcher les inévitables et incontrôlables dérapages qui pourraient s’ensuivre et entrainer des débordements vers l’insalubrité et le manque d’hygiène ? MOCHE ne veut pas dire sale aussi était-il important de bien définir les limites et elle s’y emploierait de toutes ses forces..

Elle repensa à l’idée d’implanter une déchetterie à Chataignac et oh combien elle s’était opposé à sa construction en centre ville, près du parc, objectant la beauté du décor et l’inconvenance d’une telle localisation.

Avec un petit pincement au cœur, elle envisagea la question sur un autre angle …

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Feuilleton 2022- 23 Amorce

Chataignac ? Vous connaissez ? Non, bien sûr que non.

C’est bien parce que ce village n’est pas du tout connu que son conseil municipal a décidé de participer au Concours du Village le plus moche de France.

Pour gagner, il va falloir se retrousser les manches a dit Lulu, le Maire.

Il y a déjà une bonne base : des maisons déglinguées aux volets équilibristes, d’autres, avec des ouvertures murées, quelques avis de péril qui font fuir précipitamment le rare passant.

Ajoutez à cela, des ruelles sombres et malodorantes où le soleil ne parvient que rarement, parsemées de quelques pots aux fleurs moribondes.

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Feuilleton 2021-22 : La croisière s’emmure Chapitre 11

Chapitre 11

Dépêche AFP

« Nous venons d’être informés qu’un paquebot de croisière, le Costa Covidia semble avoir échappé au contrôle de son équipage, dans le port de Marseille. Malgré plusieurs tentatives, il a même été impossible de remorquer le bateau jusqu’au quai. Après plusieurs vaines tentatives, il a été mis à l’ancre au large, obligeant ses passagers à attendre encore leur débarquement.

Une enquête est ouverte pour connaître les raisons de ce dysfonctionnement hors du commun ».

Dysfonctionnement ? Mais pas du tout, moi, Costa Concordia, je vais vous dire ce qu’il en est.

Tout d’abord, j’ai entendu dire sur la passerelle qu’aussitôt à quai, je serai désinfecté du sol au plafond et qu’un long moment s’écoulerait avant que je ne reprenne peut-être la mer. Mais que d’autres options étaient aussi envisagées : je consomme trop de fuel, trop d’électricité, je coûte trop cher en personnel, et patati et patata. De là à me transformer en hôtel à quai, il n’y a qu’une petite vague sur laquelle je ne veux pas naviguer.

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Feuilleton 2021 – 22 La croisière s’emmure Chapitre 10

Chapitre10

Journal de Lucie Azur :

Premier jour de confinement. C’est bien ma veine ! 14 jours de confinement en vue de Marseille ! Moi qui me faisait une joie de retrouver mon Lucien, mon capitaine au long cours, mon vieux loup de mer qui doit m’attendre là-bas dans notre petit hôtel sur le vieux port qui abrite nos retrouvailles chaque fois que nous faisons escale à Marseille… Ah oui c’est pas de chance vraiment. En plus je dois subir les assiduités de ce pauvre Pissefroid qui devient de plus en plus collant , il s’est amouraché de moi et s’imagine je ne sais quoi. Il va falloir que je trouve un moyen de m’en débarrasser … Lui dire que j’ai la migraine ? Le mal de mer ?… non pas crédible.Tiens je vais lui faire savoir que la situation requiert ma présence permanente au poste de commandement et que ne peux m’y dérober. Ah, d’ailleurs ça me permettra de faire d’une pierre deux coups : l’intimité que ça va créer avec le quartier maître qui me semble-t-il n’est pas insensible à mes charmes pourrait ouvrir une perspective intéressante pour les deux semaines à venir et me permettra de patienter en attendant les retrouvailles avec mon vieux loup de mer.

Feuilleton 2021 22 : La croisière s’emmure Chapitre 9

Chapitre 9

Maman,

Quand tu trouveras cette lettre, je ne serai plus sur le bateau. Je n’en peux plus de ce confinement. Pardonne_moi, mais cette croisière, je l’avais faite pour toi, tu allais tellement mal que je n’ai pas pu refuser de t’accompagner.

Mais les élucubrations de la Veaulau, les élucubrations de Maître Kim et les recommandations de ce faux-jeton de Pissefroid – soit disant Docteur !- , très peu pour moi. J’aurais cent fois mieux préféré partir en vacances avec mes copains.

Et puis, j’ai rencontré Lola, la fille de l’un des membres de l’équipage lors des visites autorisées sur le pont. Elle connaît bien Jeantou, celui qui a l’œil sur nous pendant ces sorties. Il ne dit rien lorsqu’on s’isole un peu pour parler et faire connaissance.

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Feuilleton 2021 2022: La croisière s’emmure chapitre 8

Chapitre 8

Ratatouille m’avait juré que ce serait le meilleur voyage de ma vie. Le meilleur voyage culinaire, j’entends. Car la place d’un rat d’égout n’est pas sur un bateau de croisière. C’est lui qui a eu l’idée car il en avait marre de m’entendre me plaindre. Me plaindre de la bouffe dégueulasse des rues, de mes congénères rachitiques devenus hyper violents à cause de leurs estomacs vides.

Ratatouille, il prend tout ça avec du recul, car il a connu la misère et puis la notoriété à Paris en tant que chef cuistot. Un rat devenu chef, élément indispensable au sein de l’un des restaurants les plus cotés de la capitale, on croirait à une énorme blague. Mais non. Je crois qu’il restera l’exception qui confirme la règle. Et puis il a tout arrêté, car trop jalousé par les rats des rues, menacé de mort s’il ne livrait pas le secret de ses talents culinaires, et tout ! C’est pour ça qu’il a émigré à Marseille. Il n’a révélé son identité à personne ici, sauf à ses amis les plus proches, dont moi. Il est redevenu un vulgaire rat d’égout, qui trime pour trouver de quoi se nourrir chaque jour. Puis un jour il a eu l’idée des croisières. Je vous explique.

Les bipèdes raffolent de ce genre de voyage. Des jours et des jours enfermés dans un paquebot, avec un tas de trucs « avantageux ». Une piaule de luxe de 12 m² (alors qu’ils crieraient au scandale s’ils vivaient au quotidien dans une boîte à sardines comme celle-là), une salle de bains privative (avec zéro place et zéro fenêtre, je vous dis pas les odeurs), des activités débiles avec plein d’autres bipèdes du bateau, une mini piscine qui pue le chlore à pleine truffe, et de la bouffe. Énormément de bouffe. Et pas de la bouillabaisse de première classe, non, non. Des pieds et paquets d’agneau, de la daube, d’autres trucs épicés Provençaux, mais aussi des truffes du Périgord, du foie gras du Sud-Ouest, des frites du Nord, du fromage de Normandie, de l’aligot, du bœuf bourguignon, des fars bretons, et j’en oublie. Ils se sont pas emmerdés pour la thématique de la croisière : « la France sur les flots du Costa Covidia ». Sans doute que les producteurs de la région PACA préfèrent recevoir les clients à leurs propres tables plutôt que de participer à cette mascarade. Bref. Moi perso c’est ça qui m’a poussé à embarquer : la bouffe luxueuse. Pendant 8 jours, peinard.

Pendant 8 jours j’ai même vu l’Italie et d’autres pays dont je me rappelle pas le nom. Je savais même pas qu’il existait d’autres pays que la France. Qu’il existait une autre ville que Marseille (à part Paris, grâce à ma rencontre avec Ratatouille). Je suis qu’un rat et faut pas m’en demander trop, niveau intellectuel. J’ai aussi rencontré des personnalités bipèdes extravagantes, faut que je vous raconte. J’ai mes préférées, toutes liées à des anecdotes de bouffe, surtout les derniers jours ! Pour vous la faire courte, tous les membres du bateau même les voyageurs mangeaient dans une grande salle de restaurant durant les 8 jours de la croisière. Et évidemment, la plupart ne parvenaient pas à finir leur assiette. Qu’est-ce que j’ai pesté intérieurement contre ces gaspilleurs qui jettent leur pognon par les fenêtres ! Mais en même temps je ne pouvais pas leur en vouloir : leur gaspillage finissait dans ma gueule. Tous les restes d’assiettes étaient en effet jetés dans les poubelles, lesquelles se situaient dans un local spécifique dans lequel j’ai d’ailleurs pris mes quartiers, caché entre des vieux cartons (en fait c’était la seule pièce non luxueuse du paquebot, ça collait parfaitement avec mes origines). Ratatouille ne m’avait pas menti, je me suis régalé ! Je crois que j’ai pris 1 kg…

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Feuilleton 2021-22; La croisière s’emmure Chapitre 7

Chapitre 7

Jeantou

Sur le bateau, on m’appelle Jeantou. C’est pas flatteur, mais il faut rien dire. Comme ça on me laisse tranquille la plupart du temps.

Bien sûr dès le premier jour du confinement on m’a collé au poste de garde de la troisième coursive. A la relève, les gars sont toujours en retard. Certains passent leur tour… Tout est Normal, les gradés ne disent rien… et à vrai dire, ça m’est égal, et même je ne demande que ça, être loin de leurs quolibets et des jeux stupides auxquels ils passent le temps depuis qu’ils n’ont plus rien à faire.

Ici, je suis tranquille, je joue sur mon portable. La plupart du temps je fais semblant, c’est pour me donner contenance : j’observe. C’est fou ce qui se passe dans cette immobilité et ce silence.

La vie des cabines filtre sous les portes : les moments de tendresse, d’ennui, les éclats de voix : dans neuf mois, il y aura autant de nouveaux landaus que de couple séparés, d’amis fâchés.

Depuis le cinquième jour, je peux mettre une tête sur leur voix : ça m’amuse. Parfois ça cadre, parfois, pas du tout. Oui, à partir de ce jour-là, comme la tension pouvait devenir incontrôlable, on a permis aux passagers qui n’avaient pas de symptômes, une promenade sur les ponts, à tour de rôle, par groupes de cent. J’aime, au départ ou à l’arrivée capter les regards échangés, les sourires esquissés, les rapprochements. Je fais semblant de ne pas surprendre les sorties furtives pour un billet glissé sous une porte, les rencontres éphémères.

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