Feuilleton 23 24 le manuscrit volé chapitre 7

Chapitre 7

Journal de Joséphine

7-1 2024

Madre mia , Quel week-end !

Ça commençait mal. Vendredi matin , toujours aucune nouvelle d’Aldo. Je suis partie au boulot la boule au ventre et d’une humeur massacrante.

Je me replie à mon bureau sur les tâches administratives… Ça n’empêche pas un lecteur de m‘apostropher. Il me rappelle qu’il m’avait demandé le 101ème livre du répertoire. Pour sûr, que je m’en souviens. Il a compris, dit-il, en nous voyant préparer le désherbage, qu’il avait mal formulé sa demande : il souhaiterait le 101ème livre du répertoire de la fin des années 90. Comme je reste sans voix, éberluée, il m’invite à écouter son histoire qui me sortira, dit-il de ma morosité.

A cette époque là, son oncle, Albert Neuville s’occupait du fonds historique très riche de la commune. La mairie souhaitait acquérir un manuscrit exceptionnel, du XVème siècle , relatif à l’histoire du diocèse. Pour cela, il fallait se défaire d’un des joyaux du fond municipal ; il se souvenait , car il était alors en vacances chez son oncle, avoir assisté à des conversations acharnées qui ont abouti au choix. Mon oncle était attaché, viscéralement, à chacun des ouvrages. Ils ont fini par jeter leur dévolu sur l’ hagiographie d’un nobliau impliqué dans l’histoire locale, Geoffroy de Treville. C’était un manuscrit magnifiquement enluminé mais que le maire jugeait sulfureux à cause de sa reliure en peau humaine. Mon oncle, spécialiste de l’occitan ancien l’avait lu et avait même traduit certains passages, en particulier celui qui relatait les liens particuliers entre le chevalier et son barbier , Paul, qui était son homme de confiance (il vaut mieux, car chaque jour, on confie son cou à son sabre) et aussi son exécuteur de basses œuvres ;Il l’avait fait anoblir pour services rendus .

La légende disait qu’il avait prélevé la peau du dos de son seigneur mort sur le champ de bataille, comme une relique et que celle-ci avait servi à la couverture en peau humaine du manuscrit à la gloire du chevalier, alors que la reliure réelle, pour mon oncle, était en parchemin classique. Mais cela, les autorités ne voulaient pas l’entendre et il ne fut pas question de vérification.

C’est cette histoire de barbier qui avait décidé une richissime bibliophile dont il avait oublié le nom (moi, non) à acheter le manuscrit, à un prix faramineux .

Il avait tout oublié de l’affaire, jusqu’à l’enterrement de l’oncle Albert, il y a un mois. Elle avait ressurgi dans sa mémoire avec un détail supplémentaire : l’homme, un peu excentrique, s’était consolé de la perte du manuscrit et du déni de ses hypothèses en insérant secrètement sa traduction dans le 101ème livre de la bibliothèque de Cantepau ( celle-ci), après la 101ème page…

Je l’ai assuré de mon aide avec une telle spontanéité que ça l’a fait rire. « Je savais que je vous dériderais »  a-t-il ajouté avant de s’éclipser… mais Motus ! N’en dites rien à personne !.. 

Ça alors ! La fin de l’histoire du manuscrit livrée sur un plateau ! Je n’en suis pas revenue de toute la journée.

Le choc en a été d’autant plus violent à la sortie, en tombant sur Aldo, un Aldo que le ne connaissais pas, froid, raide, tendu et infiniment triste. Tous les mots que j’avais préparés se sont évaporés, je ne sais pas ce que j’ai bredouillé et nous avons rejoint mon studio dans un silence aussi glacial que l’air de janvier.

A peine la porte franchie, il est allé au mur de données. Dans la seconde, il a pointé le post-it « Paul barbier – Tokyo »

Continuer la lecture de « Feuilleton 23 24 le manuscrit volé chapitre 7 »

feuilleton 23/24 le manuscrit volé chapitre 6

Chapitre 6

Journal de Joséphine

Le 3/01/2024 10h40

Mon cher journal, je suis complètement effondrée !

Je reçois à l’instant une lettre d’Aldo qui pense que j’ai un amant, il ne manquait plus que çà….et de surcroît un japonais.

Voilà que mon enquête vient interférer dans ma vie privée ! Ce n’était pas prévu !

Et comment continuer à cacher à Aldo ma deuxième activité ? J’aurais préféré le lui dire dans d’autres circonstances mais vu la tournure que prend les événements, je ne peux plus me taire au risque d’entraver notre relation. Et je ne veux pas le perdre !

Je vais lui téléphoner dès demain, j’aurais mieux digéré la nouvelle et bien réfléchi à l’idée de l’inviter chez moi le soir même et je lui révélerai tout.

Et s’il ne peut pas j’irai à Toulouse ce week-end. D’ailleurs, pourquoi ne viendrait-il pas, Albi n’est qu’à un soixantaine de km de Toulouse et çà me permettra de lui concocter un bon petit repas aux chandelles pour me faire pardonner.

Je ne sais pas comment il va réagir !

Après tout, il n’y a rien de grave de mon côté, je n’ai pas menti, j’ai juste omis de dire…..

Alors que lui ! Il a fait preuve d’une jalousie excessive en fouillant dans mes affaires. J’espère toutefois que cette jalousie ne devienne maladive car je pourrais en souffrir : à surveiller !

En attendant, grâce à sa jalousie, j’ai la réponse à propos de mon inconnu.

Il est bien évident qu’il ne peut s’agir que de Paul

Voilà donc un point résolu, mais le plus gros reste à faire.

Le 3/01/2024 18h

La situation devenant un peu complexe à mon goût, J’ai décidé de m’inspirer des policiers que l’on voit dans les séries télé : comme je n’ai pas de tableau, j’ai utilisé le mur de mon bureau et avec des punaises j’ai mis des post it avec le nom de tous les protagonistes de mon affaire et j’ai utilisé ma ficelle de cuisine pour les relier, les positionner, les arranger. J’ai ajouté, enlevé, organisé les feuillets pour mieux peaufiner les relations entre eux…..

Bref, il en est sorti que j’étais au point mort, donc une seule issue s’imposait à moi.

Il fallait impérativement rencontrer Emile pour avoir une conversation sérieuse tous les deux.

Et sur l’heure, j’ai téléphoné au service des archives leur demandant de vouloir bien me passer Emile qui a accepté de me voir à 10h demain dans la salle de lecture.

Je t’assure journal, je suis très excitée car demain est un grand jour, je le sens, je le sais.

A 9 h sans faute j’appelle Aldo puis je fonce au Centre des Archives pour 10 h et j’aurais toute l’après-midi pour faire des courses et assurer ma soirée avec Aldo car je suis sûre qu’il va accepter ma proposition et j’aurais le temps de te raconter ma visite avec Emile après les courses : il me tarde d’être à demain.

Le 4/01/2024 15h

Oh mon cher journal, comme j’avais hâte de te raconter ma rencontre avec Emile ! C’est une histoire bien rocambolesque qu’il m’a confiée et pleine de rebondissements.

Du coup nous allons travailler discrètement main dans la main sans en informer nos clients respectifs car figure toi que nous sommes tous les deux détectives en dehors de notre activité principale et nos affaires sont étrangement liées.

Emile travaille pour le compte d’une Alice Denver dont le nom de jeune fille est Tréville. Elle est une descendante de la lignée de Geoffroy Tréville, gascon émérite de la région de Bayonne encore sous la domination des anglais. Celui-ci était un chevalier très renommé engagé dans l’armée médiévale anglo-gasconne sous les ordres du capitaine Talbot pendant la Guerre de cent ans. Il a fini sa carrière à la Bataille de Castillon en 1453 (bataille qui a mis fin à cette longue guerre)

Continuer la lecture de « feuilleton 23/24 le manuscrit volé chapitre 6 »

feuilleton 23 24 à la recherche du grimoire perdu chapitre 5

Chapitre 5

  1. Journal de Joséphine – 31/12/2023

Cette enquête me paraît de plus en plus sinueuse et je vois sans cesse l’image d’un serpent qui se mord la queue. Ces derniers jours, j’ai décidé de remettre en question toutes les choses qui me paraissaient bizarres. Oui, même pendant les fêtes de fin d’année…

Tout d’abord, la personne qui se cache selon moi derrière les coups de fil anonymes. Je suis retournée aux Archives départementales sans aucun but précis, en demandant à consulter des registres au hasard sur la commune où réside Dalia. Non pas que ceux-ci m’aident à poursuivre mon enquête, mais juste pour observer – discrètement – la réaction d’Émile. Cela n’a pas raté. Il semblait nerveux, à l’affut de tous mes faits et gestes, et je voyais bien qu’il détaillait chaque document que je consultais. Émile des Archives, c’est avéré, tente de me dissuader d’enquêter sur la famille Barbier-Mueller ? Comment connaît-il l’existence de Paul, l’oncle de Dalia ? Il a forcément un lien avec lui, et je voulais découvrir pourquoi en le suivant hors de son lieu de travail.

J’ai également décidé d’enquêter, cela peut surprendre… sur Dalia. Comme celle-ci m’a autorisée à suspendre mes recherches pendant la période des fêtes, c’est le meilleur moment. Non pas que je la soupçonne, mais plutôt son silence et sa réserve. Plusieurs incohérences à son sujet : elle dit n’avoir jamais entendu parler de son oncle Paul. Elle ne l’a peut-être jamais connu, soit. Mais pourquoi ne pas avoir eu la curiosité de fouiller les archives familiales dans lesquelles tout un dossier le concerne ? Elle dit également ne pas avoir d’amies proches auxquelles se confier et avoir seulement sympathisé avec des personnes à son espace de co-working ; personnes qui ont su pour le décès de sa grand-mère, ce qui peut avoir une importance. De plus, le premier jour de notre entrevue, Dalia m’a dit avoir été interrompue dans sa découverte du grimoire par « quelqu’un de son entourage ». Qui est ce quelqu’un ? Et pourquoi n’a-t-elle pas eu de temps à consacrer à cet objet le soir-même, s’il l’intriguait tellement ? Était-elle absente ou avec quelqu’un ? L’appartement n’ayant été cambriolé que lors de son absence du lendemain.

Continuer la lecture de « feuilleton 23 24 à la recherche du grimoire perdu chapitre 5 »

Feuilleton 23 24 A la recherche du grimoire perdu chapitre 4

Chapitre 4

Journal de Joséphine

17 décembre

Je piétine dans mon enquête, Les questions s’accumulent et pas les réponses.

Heureusement qu’il y a eu le week-end à Toulouse chez mon homme , Aldo, que je vois peu en ce moment tellement je suis captivée par mon enquête. Aldo est l’homme qu’il me faut, je l’aime mais je ne sais pas si je le mérite. S’il savait que ma venue à Toulouse avait à voir avec une anecdote glissée au cours de la conversation qui faisait allusion à une vente aux enchères de livres anciens, samedi dernier, il serait peut-être triste. Le vendredi, je me suis précipitée à la salle des ventes avant même de poser mon sac chez lui. Pour mon enquête, c’était l’occasion de comprendre comment fonctionnait le marché du livre pour les bibliophiles. Comme j’étais seule, l’employée m’a accompagnée. Comprenant vite que je n’avais pas l’intention d’acheter quoi que ce soit, elle a quand même gentiment attiré mon attention vers les pièces les plus importantes de cette collection qui appartenait à un vieux bibliophile décédé depuis peu : un exemplaire partiel et abîmé du « Songe de Poliphile », ouvrage imprimé de la fin du XVème siècle (ce qui en restait était magnifique), quelques lettres autographes de Voltaire à madame du Deffand, un manuscrit de l’auteur libertin Crébillon fils ( sur la page ouverte des pattes de mouche et des ratures entremêlées). Pas le temps de voir les autres ouvrages, la salle était sur le point de fermer, mais elle m’a suggéré de venir assister à la vente, si toutefois je portais une tenue un peu plus décente (j’avais ma robe indienne verte et un grand châle imprimé dans les rouges offert par Aldo). En rentrant, j’ai consulté la gazette du bibliophile. Zut ! j’ai lu, dans la notice d’un ouvrage que je n’avais pas eu le temps de remarquer, un Atlas du XVIIIème siècle, qu‘il avait été vendu en 2001 par les Barbier-Mueller à son propriétaire actuel. Trop tard pour le voir.

Aldo a préféré aller courir. Je me suis discrètement glissée dans la salle, en tailleurs gris souris, prenant soin de ne pas bouger et de tout observer. Je n’en reviens pas des sommes faramineuses auxquelles sont montées les enchères : 53 000 euros pour le Crébillon, 150 000 pour le Poliphile ! Je n’étais pas arrivée quand l’atlas a changé de mains et n’ai pas pu savoir le niveau des enchères. Que pouvait valoir la collection Barbier Mueller ? Comment disposer de tant d’argent ? Peut être avaient -ils des dettes ? On dirait que leur collection s’est évaporée. Leur galerie parisienne a été vendue après leur décès, je l’ai lu dans des journaux de l’époque, mais aucune trace par contre du devenir de leurs livres.

Le manuscrit est un rescapé et s’il est authentique, il doit être côté à plusieurs centaines de milliers d’euros. Sans certification, on n’est sans doute pas près de le voir dans les circuits de vente officiels. Il doit exister d’autres filières… A moins que le manuscrit intéresse personnellement le voleur ou son commanditaire, qu’il participe à des rites occultes ou sectaires. A partir du catalogue de l’exposition, de dois me renseigner sur son contenu…même si je n’en ai pas envie.

Continuer la lecture de « Feuilleton 23 24 A la recherche du grimoire perdu chapitre 4 »

Feuilleton 2023 -24 A la recherche du grimoire perdu chapitre 1

A LA RECHERCHE DU GRIMOIRE PERDU

CHAPITRE 1

Joséphine Brason, jeune femme d’une trentaine d’années, cheveux bouclés, quelques rondeurs à son actif, était dynamique et ne passait pas inaperçue. Ce soir- là en ce début du mois d’automne, elle avait eu une sacrée journée et était pressée de rentrer chez elle. Joséphine, était impatiente car elle avait beaucoup de choses à noter dans journal intime, notamment sa nouvelle enquête qui s’avérait être des plus étranges. En effet, Joséphine Brason travaillait à la médiathèque, mais cela lui servait plus de couverture pour sa réelle activité de détective privé. Depuis longtemps la jeune femme était passionnée par les polars et les romans policiers. Aujourd’hui, avec cette double activité, elle était en plein dedans tous les jours. Joséphine passa donc la porte de son petit appartement. Il était bien situé en centre-ville, faisait environ une quarantaine de mètres carrés, ce qui était bien suffisant pour elle et son chat appelé Watson. Ce dernier était toujours derrière la porte pour l’accueillir. Elle défit donc ses affaires, prit un petit temps pour caresser et pouponner Watson avant d’aller s’installer à son bureau et de noter les nouvelles du jour. Et il fallait dire qu’aujourd’hui, elle en avait des choses à raconter. Elle ouvrit son journal, prit son stylo plume et commença à écrire.

Le 05 octobre 2023

Cher Journal,

Aujourd’hui j’en ai des choses à te raconter. Tout d’abord, j’ai eu une interaction avec un lecteur de la Médiathèque. Il m’a fait une demande étrange. Il m’a demandé quel était le cent unième livre de notre collection afin de l’emprunter. J’avoue que j’ai trouvé cela étrange, mais j’ai accédé à sa demande. Après tout, j’ai déjà eu des lecteurs plus originaux que cela. La politique de la maison, c’est que tant que les lecteurs restent respectueux dans leur demande, on doit accéder à leurs désirs. Après une de mes collègues a tenté de faire à la conversation, mais comme à mon habitude, j’ai fait en sorte que l’échange ne dure pas trop longtemps. Je ne suis pas quelqu’un de très sociable à mon travail pour être honnête. Enfin, une journée qui avait commencé comme tant d’autres jusqu’à ce que je reçoive un appel sur mon téléphone réservé à mes missions en tant que détective. Alors bien évidemment j’ai profité de ma pause pour rappeler le numéro inconnu. Il s’agissait d’une jeune femme qui disait s’appeler Dalia. Elle m’expliqua brièvement la situation, un objet lui avait été volé et elle voulait que je le retrouve pour elle. Alors on a convenu d’un rendez vous elle et moi pour la fin de journée. Elle m’avait donné au passage son adresse. Après le travail, je me suis donc rendue à son adresse. J’avoue que j’ai été impressionnée par sa maison. Elle était ancienne dans un style victorien, et très belle. Mais elle n’était pas forcément en très bon état. Dalia était aussi originale que sa maison. La jeune femme semblait légèrement plus jeune que moi. Elle portait une chevelure bicolore avec une moitié blonde et une moitié brune. C’était le plus marquant chez la jeune femme. Dalia s’est montrée accueillante et après m’avoir ouvert la porte, elle m’a fait entrer dans le salon et m’a proposé à boire. Une fois bien installées, je l’ai invitée à me parler et à me raconter tout dans les moindres détails. Dans une enquête, tous les petits détails sont importants. Et un détail insignifiant peut parfois mener à une preuve indiscutable.

Continuer la lecture de « Feuilleton 2023 -24 A la recherche du grimoire perdu chapitre 1 »

Feuilleton: le village le plus moche, chapitre 10

Chapitre 10

Ce matin là, Don Camillu n’en croyait pas ses yeux…il ruminait entre ses dents et tournait en rond dans la sacristie tout en s’adressant au crucifix qui se trouvait dans la pièce :

« Mais comment as-tu pu laisser faire çà ? Comment peux-tu accepter que ton église soit repeinte en rose ? Oui, tu as bien entendu, en ROSE !!

Ils ont osé !!! Ils vont le payer cher ! »

Il était si énervé qu’il n’avait pas encore remarqué que le Christ était revêtu de l’habit d’Arlequin.

« Mais qu’est-ce que c’est que cette mascarade ? Tu es avec eux ? Tu te laisses faire sans rien dire ? Tu me déçois fortement ! Serais-tu devenu Judas ? Non je ne peux pas y croire, tu ne peux pas me faire çà !

Et ta Mère alors ? Que penses-tu de la tenue de ta mère ? Une vraie hippie avec son bandana ridicule ! Ah tu ne dis rien !tu n’y crois pas ! Mais vas donc voir un peu sa statue à la porte d’entrée du presbytère et tu constateras par toi-même sa nouvelle allure ; C’est un véritable scandale.

Continuer la lecture de « Feuilleton: le village le plus moche, chapitre 10 »

Feuilleton : le village le plus moche, chapitre 9

Chapitre 9

Inquiète, Luana décida de contacter leur médecin car le comportement de Lucien lui semblait non seulement suspect mais inquiétant. N’allait il pas brutalement mourir d’un AVC ou d’un infarctus foudroyant ? Ses déclarations entre fantaisies et folie pure en étaient-elles un signe ? Il fallait savoir. C’est ainsi que quelques semaines plus tard, Lucien subit une batterie d’examens médicaux qui révéla une tension épisodiquement trop élevée ce qui pouvait provoquer des troubles s’apparentant à des hallucinations. Luana avait enfin une explication de l’état de confusion de Lucien.

Celui-ci se vit prescrire un traitement qui s’avéra rapidement efficace mais ce qui contribua encore plus grandement à sa guérison fut la rupture entre Lucchio et Lucile. Des divergences étaient apparues dans leur façon de contre-carrer les projets de leurs deux pères-maires. Le ton monta, monta ; Lucile bouda, Lucchio se lassa et tous deux décidèrent de rompre. Lucile avait trouvé un confident en la personne du père Chassagne, qui sous ses dehors rustiques était un fin observateur et connaisseur de la psychologie humaine et de ses travers. Il connaissait Lucile depuis qu’elle était née et la voir aussi triste lui fendait le cœur.

Il fallait trouver comment la distraire. Ce village le plus moche était-ce vraiment une bonne idée ou une fausse bonne idée ? Il y avait de quoi se gratter la tête et soulever sa casquette comme le faisait si souvent le père Chassagne lorsqu’il réfléchissait, comme pour aérer ses méninges.

Comment se sortir de ce pétrin ? Il parcourut le village comme un visiteur ordinaire et une idée jaillit.

Pourquoi ne pas diviser le village en deux ?

D’un côté, le plus moche et de l’autre un village pimpant et fleuri, digne de figurer au palmarès des plus beaux villages de France avec sa mairie ravalée, ses bacs à fleurs… et de l’autre la partie décrépite qui n’avait pas encore été relookée par les jeunes Lu. Cela ne serait pas très difficile. Chataignac avait toujours comporté deux parties, l’une avec ses commerces et ses demeures plus cossues, près de l’église et l’autre un peu plus loin, mal entretenue sinon en ruines, non loin de la nouvelle déchetterie.

Chez eux, ce ne serait donc pas le village le plus moche ou l’un des plus beaux, ce serait les deux. Il y aurait de quoi faire bisquer Truffignac et Cépignac qui à coup sûr ne pourraient pas suivre sur le terrain du plus beau Village de France.

Continuer la lecture de « Feuilleton : le village le plus moche, chapitre 9 »

Feuilleton : le village le plus moche chapitre8

Chapitre 8

Après ces aventures, il en advint d’autres, il en advint une autre et pas des moindres : le père Chassagne fit une embardée au sortir de chez Lucette. Il fit l’acrobate, taclé sec à ses dépends. Il venait d’avoir bu un léger café-gnôle qu’il avait l’habitude tous les dimanche matins de venir siroter. .e changeant du factuel régime qu’il suivait normalement la semaine, il avait dû se lever du mauvais pied. Sa lucidité en était du voyage et en avait pris un coup. Lui qui n’accordait finalement qu’une maigre importance à savoir son endroit neuf et rénové, pas jusque là chatoyant tout de même, ou autrement ressemblant aux bas-fonds de Harlem, estime de la chiche cohésion ! Un peu chancelant, changeant à l’inverse de sa démarche, hasardeuse, pour à la fois contourner le lampadaire et le chien Julot de Monsieur Mazet ayant pris les devants de son maître , et venu le crocheter malencontreusement, il décolla.

« Attention ! » avait crié de loin Monsieur Mazet, avant que la cascade ne se réalisât, et fut plus vite consommée sur le bord du trottoir, le camarade soiffard à terre, où à son envol précédant la réception il ressembla à Superman.

Trottoir de bitume, qui avait été nettoyé certes, mais de bitume commun où il vint clasher sa mâchoire qui claqua sec, dans un bruit de castagnettes bref, et ouvrit sa fissure magique, mais encore désuète d’où s’écoula en trois secondes une goutte, puis une autre ; suivit toute sa timide suiveuse file maintenant glissante à l’Idylle d’un rythme léger.

Blessé ! Enfin à la fin tu patatras, je touche ! Et tout cela de celui qu’on appelait julot, principal commanditaire de cet acte malheureux, et qui, en le provoquant en avait réchappé, par un heureux et dynamique coup de rein : euh, non de jarret pour nos amis frères et bons compagnons.

Tous les présents s’affairèrent pour le ramasser, deux puis trois villageois présents pour l’Apéro du digestif (on ne savait pas vraiment lequel des deux) monsieur Mazet grondant son chien et le premier à le ramasser sur l’endroit de sa chute, et de s’enquérir sur la gravité de sa coupure et sur l’évident souci de fonctionnalité de sa mâchoire.

« Cha va, voui… bon… jche saigne, che n’est rien, mais che crois que la mâchoire che fêlée ! » répondit-il péniblement en bougeant le moins possible ses lèvres dessinées par taches de sang rouge ayant orné, de sa blessure à la fente discrète, goulûment et tout en une inégale répartition, toutefois la plupart de ses vêtements.

Continuer la lecture de « Feuilleton : le village le plus moche chapitre8 »

feuilleton: le village le plus moche chapitre 7

Le concours du village le plus moche de France – chapitre 7

La voix de Lucile s’excusait encore pour sa franchise et ses mots tranchés lorsque le cri strident de Luana Treignac retentit du fond de la cuisine.

« – Ecoute Lucile, ta mère sonne le clairon, c’est l’heure du dîner.

– Vas-y vite Papa, le repas doit être chaud. Reparlons de tout ça plus tard.

– Je te rappelle demain. »

Lulu allait reposer le combiné téléphonique lorsqu’il entendit, au loin, des percussions en rythme ternaire : Tac – Toum Toum – Tac. Il n’avait pas souvenir d’avoir autorisé une fête extérieure un mardi soir. L’image furtive du Docteur Nalvet lui traversa l’esprit. Il le revoyait lui expliquer ses problèmes de tension. Sa vision commençait à se brouiller et il n’essaya même pas de reposer le téléphone sur son socle.

« Mais qu’est-ce qui m’arrive ? » pensa-t-il juste avant de se rendre compte qu’aucun son ne sort de sa bouche.

Les yeux écarquillés, la mâchoire tombante, Lulu doit se rendre à l’évidence : il ne peut plus bouger. Sa respiration s’accélère. Les formes du couloir s’estompent mais les couleurs du papier peint à fleur s’intensifient.

« C’est joli, en fait, les fleurs » se surprend-t-il à cogiter.

Il plisse les yeux pour supporter les éclairs lumineux qui se multiplient. Une étrange chaleur baigne le haut de son crâne, descend le long de sa colonne vertébrale et le force à s’asseoir sur les marches de l’escalier. Il a l’impression d’être immobilisé dans du coton. Il remarque alors une ombre scintillante qui apparait devant la porte de la salle de bain. Lulu est sceptique, ses pensées s’entrechoquent dans son cerveau qui tourne en boucle. L’étrange silhouette s’avance vers lui et se matérialise un peu plus à chaque pas. Les percussions baissent d’un ton.

« Ah bah, voilà ! Me manquait plus que ça… L’apparition de la vierge Marie… c’est peut-être le moment de lui demander des explications. C’était quoi déjà son histoire avec Joseph ? … Mais qu’est-ce qu’il me fait ce corps ? Ahhh, j’en ai vécu des cuites chez Lucette, faut pas croire que je vais me laisser berner comme ça…».

La forme, qui s’étale maintenant sur la largeur du couloir, devient humaine. Elle s’arrête à 50 centimètres.

« Ah nan, c’est pas la vierge Marie ! Rhhooo, ça tourne au drame… On dirait un extra-terrestre !!! »

L’homme qui lui fait face a la peau mate, les cheveux lisses et noirs. Son crane est légèrement déformé à hauteur du front. Il porte une chemise tissée de triangles colorés et un pantalon court orné de figures stylisées. Il fait signe à Lulu de rapprocher le téléphone de son oreille.

« Tiens, Arlequin veut communiquer… mais je suis incapable de bouger, de parler… Whaoouuhh mais c’est quoi ça ? Mon bras se déplace tout seul… j’ai la cervelle qui patine… Rien ne va plus, mieux vaut mourir maintenant… Comme mon village, je suis tout moche à l’intérieur ».

Alors Lulu perçoit distinctement une voix grave qui parle sur un ton sec :

« – Enfin une phrase censée dans ce mental préssurisé !! Lucien Treignac, j’ai peu de temps à vous consacrer, allons à l’essentiel… »

Continuer la lecture de « feuilleton: le village le plus moche chapitre 7 »

Feuilleton : le village le plus moche chapitre 6

Chapitre 6

Depuis la réunion de travail, Lulu ne dormait plus, sa tension montait dangereusement et le médecin du village qui l’avait vu naître et ne trouvait pas de remplaçant avait tenté de le raisonner… en vain, il naviguait entre enthousiasmes, amertumes et interrogations.

On avait vite fait de soupçonner Cépignac et Truffignac d’avoir organisé les raids de ravalement du village, mais l’accusation restait générale et Luvina, sa première adjointe, avait semé le trouble en arguant que le ver était peut-être dans le fruit. Il avait beau tourner et retourner toutes les informations en sa possession, il n’avançait pas.

Il avait quelques réconforts : lorsqu’il se rendait à pied à la mairie, il constatait avec satisfaction la barricade déjà taguée qui fermait la toute nouvelle déchetterie entre l’église et l’école fermée depuis déjà quatre ans, les dégradations, les déchets épars , les platebandes dénudées, les broussailles qui avaient repris leurs droits. Presque partout, parce que les jeunes avaient pris l’initiative de continuer à entretenir leur terrain de jeu …mais il fallait bien leur pardonner. L’ensemble du complexe sportif n’avait toujours rien d’attrayant. De plus, Mazet, un des trois derniers agriculteurs du village, avait remonté du penchant de la Caroube où il était allé faire du bois, quelques éléments de moteurs et autres pièces de ferraille qu’il avait déposés dans son potager en face de chez Lucette. Il avait concédé un carburateur de tracteur à Chassagne qui l’avait mis en évidence dans sa cour. Ce que Lulu n’avouerait cependant jamais, c’est qu’il était chagriné des éclaboussures de boue sur le beau crépi jaune de Sa mairie.

Il ruminait ainsi, ce matin-là, lorsqu’il aperçut deux camionnettes noires équipées d’une parabole devant la mairie : c’était une équipe de télévision qui venant en repérage pour la préparation du concours. Le tournage était prévu en décembre et on était tout juste fin octobre. Une fine couche de brouillard enveloppait le village et lui donnait un air mystérieux presque agréable. Lulu était contrarié mais il n’en laissa rien voir. Il lissa sa grosse moustache grisonnante , ajusta sa veste de velours sur son ventre rebondi, se présenta :  « Lucien, Treignac, Maire de cette charmante bourgade »,et , avec son large sourire franc, il fit entrer obligeamment tout le monde à l’intérieur pour discuter de la suite des opérations.

C’est alors que retentit une joyeuse musique dans la pièce sombre.

– «  Lulu song », vous avez de l’humour, à ce que je vois , Monsieur le Maire,c’est charmant. s’exclama la reportrice avec une pointe d’ironie.

Lui , qui venait de réaliser qu’il s’agissait d’une nouvelle sonnerie du téléphone, ne riait pas du tout de cette nouvelle provocation inexplicable en décrochant .

– Pourrais-je parler à Monsieur le maire ?

– C’est moi

– Treignac ? Ici Sanchez de Cépignac. J’espère que tu es seul, j’ai une information très désagréable…

– Justement, j’ai une équipe de télévision dans mon bureau. Je te rappelle dés que je peux.

Il raccrocha, blême, puis il sentit le rouge lui monter aux oreilles et aux joues ; il crut que son cœur allait lâcher.

Heureusement, le repérage se déroula pour le mieux, même si Lulu inquiet, restait bougon. Le café de Lucette était, comme toujours innommable et Chassagne très inspiré avait fait une déclaration tout à fait inappropriée. Lorsqu’ils sortirent, la brume s’était levée le ciel s’était assombri et ils furent surpris par une courte mais violente averse qui fit claquer les volets et déversa au milieu des ruelles un flot boueux vite chargé des immondices abandonnés dans les caniveaux. Au niveau de la déchetterie les bacs à ordures débordants étaient occupés par la bande des chats errants. Leur chef, un vieux chat borgne, efflanqué, à moitié pelé, particulièrement laid, que le maire qualifia de « mascotte » du village, agressa le cameraman qui s’approchait de trop prés. Tout le monde se replia chez Lucette, dont le bourguignon cramé n’avait rien à envier au café du matin. L’équipe ne jugea pas utile de s’attarder.

Lulu eut enfin le loisir de retourner à la mairie pour avoir le fin mot de l’histoire du matin. Il rappela aussitôt la mairie de Cépignac, mais ce qu’il entendit l’obligea à s’asseoir et le laissa sans voix :

– je tiens les coupables,assena le maire avec une voix guillerette. Nous sommes dans le même bateau et je crois qu’il faut n’en parler à personne : c’est donc notre petit couple infernal, celui que forment nos deux enfants à Limoges, oui, votre Lucile et mon Luchio, comme vous le savez. Ils auraient voulu vous réveiller , ils…

Lulu avait raccroché, sidéré. La secrétaire finit par s’inquiéter de son immobilité et ne put rien tirer de lui. Elle courut chez Lucette où , à cette heure-là, elle était sûre de trouver Fernand et Marcel qui pourraient lui venir en aide. Le temps qu’ils arrivent, le maire avait décampé.

Arrivé chez Lui, lulu s’était effondré, en larmes. Entre deux hoquets sa femme l’entendait murmurer … « non, non, pas ma fille…, pas mon bébé… pas ma toute belle, mon petit… » Sa femme crut le pire. Elle secoua Lulu sans ménagement pour qu’il s’explique. Il répéta les paroles du maire de Cépignac et la colère remplaça l’hébétement. Sa fille, sa chère fille l’avait trahi, elle avait trahi son projet, elle l’avait trahi en tant que père, en s’acoquinant avec Luchio, le fils de Sanchez, son ennemi politique numéro1… Il devait être le seul à ne pas le savoir… Et si elle, sa femme était déjà au courant, il la reniait aussi.

Malgré son habitude des colères de son mari, elle eut beaucoup de mal à le calmer et à le contraindre à appeler directement sa fille au téléphone pour en avoir le cœur net.

Après avoir subi les jérémiades et accusations de son père, Lucile ne nia rien. Il était tellement impliqué dans son projet qu’il avait été impossible de lui parler. Comment pouvait il s’enorgueillir d’avoir le village le plus moche de France ? Comment s’enorgueillir d’une insulte. Elle voulait l’aimer, Son village, celui de tous ses souvenirs d’enfance. Elle reconnaissait qu’elle avait profité de ses accointances avec certains Cépignaquois qui n’attendaient que le moment de se moquer un peu de leur voisin, pour mettre en œuvre son opération d’embellissement du village . Elle connaissait assez bien son père pour savoir qu’il serait sensible au ravalement de la mairie. Elle n’avait pas voulu le blesser, seulement attirer son attention…

Curieusement Lulu l’avait laissée parler…