Coups de cœur de juin 2021 : J.M.A. Paroutaud, Parpaillote

J ean-Marie-Amédée Paroutaud, Parpaillote et autres contes cruels (1944)

Étant à Limoges, il y a deux semaines, j’ai découvert, lors d’une journée consacrée aux éditeurs limousins, un auteur. Jean-Marie-Amédée Paroutaud (1912-1978) et son livre Parpaillote et autres contes cruels (éd. « On verra bien »).

J.-M.-A. Paroutaud était un avocat et professeur de Droit à Limoges. Il fut également un écrivain rare dont la concise et sardonique noirceur fut saluée en son temps par André Breton et fait de lui l’un des meilleurs artisans de la littérature fantastique d’après -guerre. Il est l’héritier de cette double tradition, celle du conte cruel et celle de l’humour noir. C’est l’humour d’un Lautréamont, Kafka, Buzzati.

Dans cette édition « On verra bien », il faut apprécier une très bonne préface de Yann Fastier, que j’ai rencontré lors de cette journée et qui m’a fait découvrir cet auteur que je citerai pour finir mes propos : « La cruauté s’y manifeste non pas par une intrusion du surnaturel, mais au contraire par l’irruption inattendue d’une nature modifiée, d’une nouvelle modalité du réel, très concrète et sans échappatoire pour qui s’y trouve pris au piège. Dans tous les cas, la cruauté y relève d’une même inquiétude. Le réel, chez Paroutaud, est une falaise dont le bord s’effrite : un gouffre s’ouvre alors sous nos pieds, qui menace de nous engloutir. Mieux : s’y dévoile une sorte de méchanceté des choses où la morale n’a pas de part, qui n’est jamais qu’un poli de surface dissimulant une réalité de proie. »

Juin 2021 coups de cœur :Valérie Perrin, les oubliés du dimanche

Valérie PERRIN, Les Oubliés du dimanche (2015)

Valérie Perrin est née et a grandi en 1967 à Gueugnon (Bourgogne). Petite, elle n’aimait pas l’école et a abandonné le lycée en première, se rendant à Paris où elle vivra de petits boulots. Plus tard elle fondera une famille et partira s’installer à Trouville-sur-mer. En 2006, elle a fait la rencontre du réalisateur Claude Lelouch. C’est alors une véritable opportunité pour sa carrière : elle va devenir photographe de plateau et scénariste. Valérie Perrin a écrit à ce jour 3 romans et 1 nouvelle. Les Oubliés du dimanche est donc son premier roman.

L’héroïne principale, Justine Neige, a 21 ans vit avec ses grands-parents suite à un tragique accident qui a coûté la vie à ses parents alors qu’elle était enfant. L’intrigue se situe dans un EHPAD, « Les Hortensias », où Justine travaille en tant qu’aide-soignante. Elle adore son métier et se lie particulièrement à Hélène, une résidente dont l’histoire la touche beaucoup. Hélène lui raconte les événements tragiques de la Seconde Guerre mondiale et ce qui est arrivé à son mari, tandis que Justine s’ouvre à la vieille dame en lui racontant l’accident de ses parents, sujet tabou avec ses grands-parents, ainsi que ses amours et ses aventures de jeune femme.

Le titre du roman fait écho à ces trop nombreux résidents en attente vaine d’une visite de leurs proches. C’est l’un des autres axes abordés par l’auteure, au travers d’une enquête autour d’un corbeau qui déplore la situation de ces laissés pour compte…

Ce livre est une ode à la douceur et à la délicatesse. Elle évoque avec poésie la transmission entre générations et les liens qui se tissent petit à petit entre elles.

Lectures de l’été, Théâtre, Amour et mariage, conclusion

Conclusion

Finalement, la vision du mariage au travers de ces différents textes est-elle vraiment différente ?

Et n’en retrouvons-nous pas des constantes jusqu’à nos jours, entre mariages de raison et mariages d’amour ? Le plus souvent ce sont les sentiments qui l’emportent dans les pièces évoquées. Les femmes caricaturées ou sublimées parviennent en général à obtenir le consentement paternel, indispensable durant des siècles. Exception faite pour Lorca où la pièce se termine en tragédie.

La deuxième question est l’aptitude du théâtre à être lu. Pour certains c’est difficile, rappelant trop directement l’expérience scolaire ; ils préfèrent franchement la représentation sur scène. D’autres savourent ces lectures. Le texte est dégraissé de toute les digressions. Les dialogues soutiennent l’action, chaque réplique a son importance, dans une langue particulièrement soignée avec de nombreuses nuances de niveaux tout en restant facilement intelligible, parce que la rapidité d’une représentation l’exige.

Lectures de l’été, Théâtre, amour et mariage, Tardieu, Finissez vos phrases

Jean Tardieu (1903-1995), Finissez vos phrases

Jean Tardieu est un écrivain, humoriste et poète qui joue avec les mots.

En plus de 60 ans, il a développé une créativité exceptionnelle, avec une inquiétude métaphysique dissimulée sous l’humour. Ami de plusieurs membres de l’Oulipo, de Raymond Queneau à Jacques Bens, il en est l’invité d’honneur en 1967.

La pièce Finissez vos phrases est à la fois très courte et très efficace. On y décèle une caricature de notre tendance à laisser nos phrases en suspens.

Elle met en scène deux personnages : un homme, « Monsieur A », et une femme, « Madame B ». Ces deux personnages se rencontrent et commencent des phrases qu’ils ne terminent jamais. Mais ce qui est étonnant, c’est que l’ensemble de leur dialogue reste compréhensible pour le lecteur / le spectateur, grâce à la présence également des didascalies.

Le dramaturge montre ici que l’on peut exprimer des sentiments forts avec peu de mots qui ne sont pas essentiels pour bien communiquer.

Cette courte pièce est sympathique à lire en binôme et nous pouvons prolonger le plaisir de lecture en essayant de compléter les phrases des personnages.

Voici un extrait du début de la pièce :

Monsieur A et Madame B, personnages quelconques, mais plein d’élans (comme s’ils étaient sur le point de dire quelque chose d’explicite), se rencontrent dans une rue quelconque, devant la terrasse d’un café.

Monsieur A, avec chaleur – Oh ! Chère amie. Quelle chance de vous…

Madame B, ravie – Très heureuse, moi aussi. Très heureuse de… vraiment oui.

Monsieur A – Comment allez-vous, depuis que ?…

Madame B, très naturelle – Depuis que ? Eh bien ! J’ai continué, vous savez, j’ai continué à…

Monsieur A – Comme c’est ! Enfin, oui vraiment, je trouve que c’est…

Madame B, modeste – Oh, n’exagérons rien ! C’est seulement, c’est uniquement… je veux dire : ce n’est pas tellement, tellement…

Monsieur A, intrigué, mais sceptique

– Pas tellement, pas tellement, vous croyez ?

Madame B, restrictive

– Du moins, je le…je, je, je… Enfin ! …

Monsieur A, avec admiration – Oui, je comprends : vous êtes trop, vous avez trop de …

Madame B, toujours modeste, mais flattée – Mais non, mais non : plutôt pas assez…

Monsieur A, réconfortant – Taisez-vous donc ! Vous n’allez pas nous… ?

Madame B, riant franchement – Non ! Non ! Je n’irai pas jusque-là !

Un temps très long. Ils se regardent l’un l’autre en souriant.

Finalement, la vision du mariage au travers de ces différents textes est-elle vraiment différente ?

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Lectures de l’été, Théâtre, amour et mariage, Marivaux, les jeux de l’amour et du hasard

Marivaux (1688-1763), Le Jeu de l’amour et du hasard (1730)

La comédie en 3 actes Le Jeu de l’amour et du hasard a été représentée pour la première fois le 23 janvier 1730 par les comédiens italiens à l’hôtel de Bourgogne à Paris.

Monsieur Orgon souhaite que sa fille Silvia épouse le fils de l’un de ses vieux amis. Silvia, un peu craintive à l’idée de se marier avec quelqu’un qu’elle n’a jamais vu, demande l’autorisation à son père de rencontrer Mario sans qu’il ne connaisse sa propre identité, faveur qu’il lui accorde.

S’ensuit alors un jeu de masques : Silvia va se déguiser en Lisette, sa femme de chambre, et vice-versa. Toutes deux sont alors contraintes également de modifier leur langage : plus soutenu pour Lisette, plus argotique pour Silvia. Mais le plus comique est que la même idée vient du côté de Dorante, le futur époux, qui échange lui aussi son identité avec son valet Arlequin !

L’aventure tourne au cauchemar lorsque Silvia se rend compte qu’elle est attirée par un valet : son attitude et son langage, qu’il cherche lui aussi à déguiser, transparaît tout de même. S’ensuivent alors une série de quiproquos, tant du côté des faux maîtres que des faux servants !

Marivaux démontre dans Le Jeu de l’amour et du hasard la sincérité des cœurs, grâce à un jeu ingénieux de travestissements. La pièce est également novatrice dans la mesure où Monsieur Orgon le père ne cherche pas à marier sa fille contre son gré comme c’est le cas dans les comédies classiques. L’inversion des rapports maitres-valets est également surprenante.

Le terme de « marivaudage » a beaucoup été repris depuis la pièce de Marivaux et désigne les propos galants précieux et raffinés qu’échangent les personnages lorsqu’ils tentent de se séduire. Actuellement, il est aussi utilisé pour désigner un badinage spirituel mais aussi superficiel.

Lectures de l’été, Théâtre, Amour et Mariage, Beaumarchais, le mariage de Figaro

Beaumarchais (1732-1799), Le Mariage de Figaro (178)

Deuxième pièce d’une trilogie composée en outre du Barbier de Séville et de La mère coupable, il s’agit de la meilleure selon un lecteur.

Écrite en 1778, elle ne sera jouée à la Comédie Française qu’en 1784, après plusieurs années de censure.

L’argument premier est le mariage de Figaro et de Suzanne, favorisé par le comte d’Almaviva leur maître. Mais au cours d’une « folle journée » (premier titre envisagé par Beaumarchais), il est entravé par une succession d’obstacles : la volonté de Marcelline de faire valoir ses droits à épouser Figaro, et surtout les véritables motivations du comte qui se détourne de son épouse et tente de séduire Suzanne ou d’acheter ses faveurs ; c’est à ce prix qu’il autorisera son mariage. Au milieu de tout cela, Chérubin, page au seuil de l’adolescence, amoureux de toutes les femmes, vient ajouter le trouble.

C’est un jeu de dupes, une succession étourdissante de rebondissements où les protagonistes plus madrés les uns que les autres vont tomber dans des pièges d’où triompheront les femmes alliées entre elles.

Beaumarchais fait le portrait d’une société libertine où le libéralisme montre ses limites.

Figaro, valet de comédie, incarne le goût de la liberté, l’esprit frondeur, et dénonce hypocrisies et abus de pouvoir.

Le comte qui avait renoncé au « droit de cuissage » lors de son mariage en l’honneur de son épouse, non seulement la néglige mais s’apprête à rétablir ce droit pour abuser de Suzanne. Il reste maître tout puissant des gens qui le servent. Il est irrité du libertinage impétueux du jeune Chérubin au point de l’éloigner de sa maison. Le pouvoir et les droits restent basés sur la naissance.

Il dénonce la situation des femmes qui, lorsqu’elles ne sont pas abusées et abandonnées, ne s’épanouissent pas davantage dans le mariage où l’époux se détourne d’elles en restant jaloux. La plus virulente est Marceline :

« Hommes plus qu’ingrats, qui flétrissez par le mépris les jouets de vos passions, vos victimes ! C’est vous qu’il faut punir des erreurs de notre jeunesse » […] « Dans les rangs même les plus élevés, les femmes n’obtiennent de vous qu’une considération dérisoire ; leurrées de leur respect apparent dans une servitude réelle ; traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes. »

Lectures de L’été, Théâtre Amour et Mariage,les bons bourgeois, Obaldia

René de Obaldia (né en 1918), Les Bons bourgeois (1980)

René de Obaldia a choisi d’ouvrir sa pièce à la manière de Molière dans les Femmes savantes, une manière de lui rendre hommage et d’exprimer son admiration.

Sa pièce, en deux actes, se déroule pendant les émeutes de Mai 1968. Tandis que la colère gronde dehors, la famille bourgeoise des Basson d’Argueil, bien installée dans son appartement luxueux du XVIe à Paris, s’apprête à marier leur plus jeune fille à un fils de bonne famille, énarque qui plus est.

Les parents, ce sont Benoît et Dorothée. Leurs filles Philomène et Chantal. Cette dernière est amoureuse d’Alexandre, un écologiste, mais ses parents préfèrent la voir en ménage avec Narcisse, un énarque un peu arriviste. Chantal n’a donc aucun soutien, entre des parents qui dédaignent son amoureux et sa sœur qui vient de rejoindre le Mouvement de libération de la femme et qui exècre les hommes.

Obaldia signe ici une pièce résolument moderne, mélangeant les styles et les époques : en effet la forme en alexandrins mêlée à des propos modernes et le langage argotique plein de verve sortent de l’ordinaire. Il s’agit d’une grande comédie satirique qui vise à dénoncer le pédantisme et les excès d’une société pseudo-intellectuelle.

Lectures de l’été, le théâtre AMOUR, MARIAGE et THÉÂTRE, Les Femmes Savante, Molière

Molière (1622-1673), Les Femmes savantes (1672)

La pièce a été créé en 1672 et est construite selon un schéma habituel chez Molière : deux jeunes gens (ici Henriette et Clitandre) s’aiment et veulent s’épouser mais ils se heurtent à l’opposition des parents qui ont des projets de mariage « arrangés » par intérêt. C’est la peinture sociale et familiale qui fait l’originalité de la pièce.

La famille est divisée en deux clans : les femmes (mère, tante et sœur aînée : addictes à la culture, elles ne jurent que par la philosophie et les sciences qui leur assure l’émancipation et les met en garde contre l’institution du mariage réducteur, mais ce sont des néophytes qui se laissent éblouir et manipuler par de faux intellectuels exhibitionnistes, orgueilleux, pédants, jaloux et sans talent.

Le père, l’oncle, Clitandre, Henriette, et la servante ont des positions plus matérialistes mais très conformistes. Certes l’amour doit présider au mariage et être son lieu d’épanouissement, mais la femme doit y rester à sa place. Ainsi Clitandre affirme :

« Je consens qu’une femme ait des clartés de tout

Mais je ne lui veux point la passion choquante

De se rendre savante, afin d’être savante »

« De son étude, je veux quelle se cache

Et qu’elle ait du savoir sans vouloir qu’on se sache »

C’est à l’opposition d’une sœur mère de fort caractère qu’Henriette se heurte car elle tient à lui faire épouser le « poète » Trissotin qu’elle vénère, espérant éveiller sa fille aux subtilités de la culture. Le soutien de son père paraît d’abord fort dérisoire, tant cet homme est prêt à toutes les concessions pour sauver la paix de son ménage. Pour le pousser au triomphe de la virilité et de l’autorité du père (« vous résoudre une fois à vouloir être un homme »), il faudra la pression de son frère et son stratagème qui mettra en lumière la vénalité de Trissotin. Le suspense est maintenu jusqu’au bout.

C’est par la verve, la capacité satirique de Molière à créer des situations où s’exacerbent les caractères des personnages. Il se plaît ainsi à construire des scènes parallèles très comiques pour l’arrivée de Trissotin et de Valdius où la prolifération des louanges les empêche de produire leur texte qui s’avère d’une totale platitude. Le ridicule culmine dans la dispute entre les deux « savants ».

Le traitement du clan des « savantes » est tellement caricatural qu’on se réjouit du triomphe du conformisme.

Lire la pièce de Molière permet d’entrer plus finement dans ses trouvailles de langage, les ruptures, les subtilités de constructions du texte.

Lectures de l’été, le théâtre AMOUR, MARIAGE et THÉÂTRE, Federico García Lorca (1898-1936) : Noces de sang (1931)

Federico García Lorca (1898-1936) : Noces de sang (1931)

Federico García Lorca est un poète et dramaturge espagnol, également prosateur, peintre, pianiste et compositeur, né le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros près de Grenade et exécuté sommairement le 19 août 1936 entre Viznar et Alfacar par des milices franquistes.

Cette pièce a été peu traduite en français depuis 1933, et souvent de manière incomplète (les parties poétiques ou chantées ne sont pas traitées par le traducteur).

Lorca s’inspire d’un fait divers relaté en juillet 1928. Mais c’est seulement en 1931 qu’il commencera à composer sa pièce. Il la termine au cours de l’été 1932. Créée le 8 mars 1933 à Madrid où elle remporte un grand succès, acclamée pendant des mois à Buenos Aires, elle a fait le tour du monde et malheureusement son triomphe a obscurci tout le reste de l’œuvre de Lorca, en associant durablement pour la majorité son image à celle d’un auteur exclusivement andalou, folklorique.

Les thèmes principaux en sont : la vengeance, la rivalité, l’honneur, la condition de la femme (sa solitude et son enfermement), la fatalité, la passion. Le texte regorge de symboles comme le couteau qui apparait dès le début, la lune qui se lève pour éclairer le duel, la mort personnifiée par la mendiante. L’intrigue simple a été maintes fois traitée au cinéma et en littérature.

Dans Noces de sang, un couple de jeunes gens s’apprête à se marier. Mais la jeune fille a déjà été fiancée dans le passé et l’ancien fiancé rode toujours dans les parages. Le soir de la noce, la jeune mariée s’enfuit avec Leonardo (l’ancien fiancé), écartelée entre sa passion et le poids de la désobéissance… (à noter que Leonardo est le seul personnage nommé dans le texte).

La mère du fiancé, rigide et fière, personnage complexe et pétri de contradictions, est partagée entre le culte de ses morts (mari et fils aîné), sa haine pour leurs assassins, les Félix, sa haine contre un destin implacable qui mène tous ceux que les femmes engendrent à la mort, et son désir de voir son dernier fils assurer une descendance.

Le poids du silence pèse sur ce monde paysan régi par les traditions, où tout est affaire d’argent et de terres lorsque se conclut un mariage. La vie s’écoule lentement entre désir

de vengeance et haines qui font jaillir la passion et le désordre et enfin une grande violence qui se déchaîne à la fin de la pièce.

Noces de sang est un texte moderne qui pose en particulier, la question du choix et de l’engagement.

La pièce se concentre vers cet instant suspendu où le destin bascule. L’écriture ancrée dans le réel, cette région presque désertique d’Alméria joue sur l’onirique et le fantastique.

On peut relever la poésie du texte et l’insertion de chansons populaires, qui allègent un ensemble très « plombé ».

Lu pendant l’été 2020 – poésie- Bernard Noël

Bernard NOËL (né en 1930)

C’est un poète, essayiste, critique littéraire, né en 1930.

Il a animé des émissions sur la poésie à la radio.

Sa poésie explore les liens entre le corps et l’écriture. Bernard Noël souhaite annuler la différenciation entre corps et texte, le poète étant l’initiateur du corps-texte ou texte-corps. Ainsi la poésie de Bernard Noël peut être considérée comme un « parti pris du corps ».

Voici un extrait :

Parfois
ouvert à ce qui s’ouvre
je suis ce que j’écris
mais l’ouvert est trop vaste
pour ma bouche
Parfois
j’écris contre moi
j’écris mon nom sur mon corps
et ma peau voudrait se retourner

Les dieux sont bêtes
ils gardent notre vieille maison
pendant que l’immédiat s’écroule
dans l’idée
Entre les choses et moi
je vois la venue
du là
qui n’est jamais tout à fait là
Chaque mot maintient la distance
et pourtant dans chaque mot
je la mange
Le présent n’a pas de lieu
La source n’est pas dans la source
Je me dénombre
pour dérouiller mes yeux

Revue Les Lettres nouvelles février-mars 1977