lu en octobre 2019, la voix des lecteurs, Mathé, prendre et perdre

Jean-François MATHÉ, Prendre et perdre (2018)

Le poète aborde, à travers des textes parfois hermétiques mais qui touchent néanmoins la sensibilité du lecteur, des thèmes existentiels, en particulier la mort et, par ricochet, la question fondamentale de ce qu’on fait de sa vie. L’auteur a un point de vue pessimiste qui semble révéler son impression d’être passé à côté de sa vie

Une partie des lecteurs a avoué sa difficulté à entrer dans cette œuvre poétique et à devoir la considérer dans le contexte du concours de « La Voix des lecteurs » à cause de son genre « différent » du reste de la sélection qui est romanesque.

lu en octobre 2019, la voix des lecteurs, Munn, Le cavalier

 Derek MUNN, Le Cavalier (2018)

Le Cavalier est un récit en 64 tableaux dans lesquels Jean nous raconte sa vie au fil de son voyage sur le dos de sa jument, entre rêves et réalité. Ces textes poétiques sont une véritable ode à la nature. La description des bottes du cavalier, de leur cuir (grain, odeur…) puis de leur usure en fait presque un personnage.

« Ayant en partie écrit Le Cavalier lors d’une résidence d’écriture au Chalet Mauriac en 2014, Derek Munn décrivait ainsi son projet initial : « Une sensation d’abord, l’homme n’y est pas pour l’instant, ou est subsidiaire. C’est sa fatigue qui avance. Une sensation de cuir. Un cuir souple, épais, résistant. On voit son grain. Une paire de bottes. On a envie de les toucher, de les mettre. Mais il y a déjà des jambes. Qui marchent. Qui boitent. C’est un roman qui explore la vie du propriétaire de ces bottes. » Continuer la lecture de « lu en octobre 2019, la voix des lecteurs, Munn, Le cavalier »

lu en octobre 2019, prix la voix des lecteurs, Balthassat, la tristesse des femmes en mousseline

Jean-Daniel BALTHASSAT, La Tristesse des femmes en mousseline (2018)

Jean-Daniel Balthassat est né en 1949, il a étudié l’histoire de l’art, du cinéma et de la photographie

Nous sommes en 1945, à Paris. Paul Valéry a retrouvé le carnet hérité dans sa jeunesse de Berthe Morisot, dont il contemple une aquarelle qu’il affectionne particulièrement puisqu’elle représente pour lui la beauté absolue. Il relit aussi les carnets laissés par l’artiste. Soudain, la sonnerie du téléphone l’arrache à ce moment de sérénité. C’est son amie Mathilde, en larmes, qui vient de découvrir l’horreur des camps de concentration. Continuer la lecture de « lu en octobre 2019, prix la voix des lecteurs, Balthassat, la tristesse des femmes en mousseline »

lu en octobre 2019, prix la voix des lecteurs, Galan, Chafouine

Alain GALAN, Chafouine (2018)

Alain Galan est né en 1954 à Brive, il est à la fois écrivain et journaliste.

Dans Chafouine, nous lisons le récit-journal d’un personnage nommé André Delhot. Ce dernier affirme avoir découvert une nouvelle espèce animale, bien qu’il ne soit pas scientifique. Cet animal est bien particulier puisqu’il s’agit d’un chat à tête de chouette !

Bizarre, vous direz-vous. Notre chercheur est moqué par le comité scientifique de la maison d’édition Naturae à laquelle il adresse ses écrits. Seule Agnes semble intriguée par cette histoire. Elle décide de faire appel à un des auteurs qu’elle a autrefois publié pour tenter de retrouver André Delhot, il s’agit du narrateur, dont on ignore le nom.

Comme le narrateur, nous nous retrouvons embarqués dans cette description de plus en plus minutieuse du chat à tête de chouette. André Delhot remet constamment en doute ses écrits, comme s’il avait rêvé de cet animal ou comme s’il l’avait inventé.

La force du récit réside dans le fait que, comme Agnès, on a envie d’y croire. Un amateur, comme nous, qui découvre une nouvelle espèce animale, cela interpelle ! D’autant plus qu’André Delhot reste introuvable, malgré les recherches du narrateur et d’Agnès. Un livre plutôt intrigant, qui a désarçonné certains de nos lecteurs mais qui possède une écriture captivante.

lu en octobre 2019, prix la voix des lecteurs, Herry, Scalp

Cyril HERRY, Scalp (2018)

Cyril Herry est né à Limoges en 1970 et vit dans la Creuse, en lisière d’une forêt, ce qui a sans doute inspiré son roman.

Scalp peut être considéré comme un huis-clos, se déroulant dans la forêt, durant quelques jours. Teresa annonce à son fils Hans de 9 ans que l’homme qui l’a élevé n’est pas son père. Ils partent donc sur les traces de Stan, son père biologique, parti avant la naissance de Hans. Ils se retrouvent dans la forêt, à chercher des traces de Stan, qui semble avoir disparu. Seule la yourte qu’il avait construite, la barque dont il se servait sans doute pour aller pêcher, restent dans ce décor qui semble abandonné. Continuer la lecture de « lu en octobre 2019, prix la voix des lecteurs, Herry, Scalp »

lu en octobre 2019: Pays du nord, Klimko, les toutes premières choses

Hubert KLIMKO, Les Toutes premières choses (2011)

Né en 1967 en Pologne, Hubert Klimko-Dobrzaniecki a étudié la théologie, la philosophie et la langue Islandaise. D’Amsterdam à Reykjavík (où il a travaillé neuf ans dans une maison de soins pour les personnes âgées) en passant par l’Angleterre, il a voyagé en gagnant sa vie comme il le pouvait, souvent de façon insolite : plumeur de dindes, ouvrier agricole, trafiquant de diamants et de caviar, vendeur d’œuvres d’art, mime… Il a publié deux volumes de poésie en Islandais et écrit régulièrement pour la presse littéraire polonaise. Les Toutes premières choses est son troisième livre traduit en français. Hubert Klimko vit aujourd’hui à Vienne avec sa femme. Continuer la lecture de « lu en octobre 2019: Pays du nord, Klimko, les toutes premières choses »

Lu en octobre : écrivains du nord Grondhal 4 jours en Mars

Jens Christian GRONDHAL, Quatre jours en mars (2003)

Un évènement fortuit fait basculer la conscience qu’on a de sa vie : c’est ce que décortique finement, méticuleusement Jens Christian Grondahl dans Quatre jours en mars comme dans la plupart de ses romans. L’héroïne, Ingrid est une architecte reconnue proche de la cinquantaine, une femme indépendante. Mise en face d’un acte de violence raciste de son fils, elle le gifle, acte inadmissible dans l’éducation danoise qui inverse la culpabilité et amène Ingrid à scruter sa vie avec une nouvelle lucidité. Le romancier entrelace, au rythme de la remontée des souvenirs et des rencontres, la vie de trois générations de femmes « fortes » (Ingrid, sa mère et sa grand-mère). Il en ressort la peinture d’une société où l’émancipation individuelle se paie par une grande solitude, une distance qui déstabilise les relations de couple ou parents enfants et fragilise les êtres.

Certains lecteurs ont beaucoup aimé accompagner cette plongée subjective non linéaire d’un être particulier alors que d’autres, aussi nombreux, l’ont rejeté fermement pour la personnalité des protagonistes ou la construction lente jugée longue et répétitive, la difficulté à avoir un point de vue objectif.

Lu en septembre 2019, Europe du Nord :Collectif, Les Hirondelles

Collectif, Les Hirondelles

Anthologie de nouvelles estoniennes contemporaines (2002)

Cette anthologie de nouvelles nous fait découvrir des auteurs plutôt méconnus, dans un pays tout aussi mal connu pour certains, l’Estonie. Là-bas, la nouvelle est considérée comme un genre noble et prestigieux. Le prix Friedebert Tuglas récompense chaque année aux deux meilleures nouvelles.

Ce livre regroupe 19 nouvelles différentes. Une petite présentation de chaque auteur précède la nouvelle, afin de situer l’univers de celui-ci. Afin de vous mettre en appétit, nous avons ciblé la nouvelle de Toomas Vint, intitulée « Agence de régulation des mariages » (1996). Cette agence s’adresse aux personnes qui s’ennuient dans leur vie de couple. Nous suivons Ando, un homme de 32 ans, à qui un employé de l’agence demande de remplir un questionnaire sur la personne idéale recherchée (le « Meetic » des années 90 !). Suite à cela, différents choix lui sont proposés. Notamment une femme de 52 ans, qui a eu 3 enfants, au physique peu plaisant pour monsieur. Il la trouve « amortie », selon ses dires). Son interlocuteur lui propose ensuite une jeune femme de 27 ans, qui refuse de faire des sorties et exige d’avoir au moins 6 rapports sexuels par semaine, alors qu’Ando en voulait deux. Pas de problème, il va s’adapter, cela paraît trop beau pour être vrai.

Mais, et sa propre femme dans tout cela ? La chute est délicieuse après le terrible portrait d’homme machiste qui vient de nous être fait.

Parmi les autres nouvelles qui nous ont plu, il y a « Motacilla » de Jaan Kross ou « L’homme au sac à dos vert » d’Arvo Valton.

N’hésitez pas à lire les autres, de belles pépites sont à découvrir.

Lu en septembre 2019, Europe du Nord : Alasdair GRAY, James Kelman, Agnes Owens – Histoires maigres (2007)

Alasdair GRAY, James Kelman, Agnes Owens – Histoires maigres (2007)

 Trois écrivains écossais, tous originaires de Glasgow (ils appartiennent à l’Ecole de Glasgow qui a révolutionné le roman britannique) nous livrent par un ensemble de nouvelles un portrait décapant de l’Ecosse des années Thatcher que la désindustrialisation a plongée dans la misère.
Dans un style différent, mais sans pathos, et avec un humour glacé, ils nous dépeignent les déshérités. On peut penser à l’univers de Ken Loach.

Agnes Owens écrit sans fioritures et avec une certaine cruauté un quotidien désenchanté et même sinistre, où règnent l’indifférence et le cynisme (Arabella, l’arrêt de bus). Continuer la lecture de « Lu en septembre 2019, Europe du Nord : Alasdair GRAY, James Kelman, Agnes Owens – Histoires maigres (2007) »

Lu en septembre 2019, Europe du Nord: Thomas ESPEDAL – Marcher (2012)

Thomas ESPEDAL – Marcher (2012)

 Le personnage central de ce roman contemplatif est un solitaire qui quitte tout ce qui faisait sa vie citadine et part à pied, les yeux ouverts sur la nature norvégienne (avant Glasgow, Paris ou Istanbul) et la tête pleine de références littéraires (Lawrence, Rousseau, Sartre, Walt Whitman et de nombreux autres auteurs sont cités). Ainsi il déambule, contemplatif, au seul gré de ses envies.

Sa conception de la marche, voir, sentir, penser, être, se concilier avec soi-même est celle de Rousseau.

Ce livre sobre, original a plu à la plupart des lecteurs qui ont accompagné l’expérience mentale et physique du héros, et se sont abandonnés à son univers. Certains lecteurs, cependant, sont restés imperméables à un texte ressenti comme nombriliste.